Covid-19 : Tous mobilisés pour les jeunes de Mayotte

Covid-19 : Tous mobilisés pour les jeunes de Mayotte

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Depuis le 17 mars et le début du confinement, l’ensemble des salariés d’Apprentis d’Auteuil Mayotte se mobilise pour rester en contact avec les jeunes, alors que l’épidémie de Covid-19 progresse et que la précarité demeure extrême. Régine Le Men, la directrice, résume la situation, indique les mesures prises et souligne la mobilisation de tous.

Quatre semaines après le début du confinement, quel état des lieux faites-vous ?

La situation est compliquée. À Mayotte, le département le plus pauvre et le plus reculé du territoire français, plus de 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté et 30% des habitations n’ont pas l’eau courante. Les « bangas », des bidonvilles de tôle, de bois et de terre, rassemblent des dizaines de personnes sous le même toit… sous un soleil de plomb.
Dans ces conditions d’extrême précarité, le confinement et les gestes barrière (se tenir à plus d’un mètre les uns des autres, se laver régulièrement les mains à l’eau et au savon…) sont difficiles, voire impossibles à respecter. Des associations de quartier essayent d’informer en plusieurs langues (shimahorais, malgache ou comorien) les habitants qui n’ont pour la plupart, ni télévision ni radio.
Pour répondre aux besoins vitaux en eau courante, des bornes-fontaines sont installées. Malheureusement, la population peut difficilement, en cette période de confinement, recharger les cartes d’approvisionnement nécessaires.
Les vendeurs ambulants, qui s’installaient au bord des routes, n’ont plus de revenus, en conséquence plus de quoi nourrir leur famille. La préfecture a mandaté la Croix-Rouge pour proposer des bons alimentaires aux familles les plus démunies. Depuis peu, les CCAS distribuent des colis alimentaires. Nous espérons que la jeunesse - 50% a moins de 18 ans - d’une population estimée à 400 000 habitants, pourra préserver Mayotte d’une grosse vague de cas graves.

Quelles mesures avez-vous prises ?

Pour lutter contre la propagation du virus, nous avons fermé tous nos établissements le 17 mars. Que ce soit le lycée d’enseignement adapté (LEA) d’ordinaire ouvert aux garçons et filles de la 6ème au CAP, l’Internat éducatif et scolaire (IES) qui apporte un soutien éducatif et un cadre de vie stable aux filles de 12-20 ans, ou le Centre de formation continue (CFC) en agriculture, restauration, service à la personne et à la collectivité, artisanat et lutte contre l’illettrisme.
 Nous avons également suspendu, dès le 17 mars, nos deux dispositifs : M’Sayidié et Hima Shababi. Le premier intervient auprès des jeunes en danger ou en situation de marginalisation et des mineurs isolés, non accompagnés ou en exclusion sociale.
Le second remobilise les 16-25 ans inactifs, chômeurs, étudiants sans ressources ou en emploi précaire, dans un projet professionnel réaliste et réalisable. Enfin, notre service de prévention spécialisée auprès des 11-21 ans marginalisés ou exclus et éloignés des dispositifs de droit commun, ne fait plus de maraudes. 

Dans ce temps suspendu, les équipes éducatives et pédagogiques maintiennent, dans la mesure du possible, des contacts journaliers avec l’ensemble des jeunes et des adultes accompagnés. Entre les établissements, les dispositifs et les services, nous avons instauré des visioconférences. Avec la volonté d’être pro-actifs, de partager des astuces, des conseils, des initiatives positives vues sur Internet, d’imaginer des «petits bouts de possible ». Un vrai engagement, une authentique solidarité !

Concrètement, comment travaillez-vous ?

Honnêtement, c’est compliqué, car la majorité des jeunes et des adultes n’a pas ou peu d’ordinateur et de connexion à Internet. Quand il y a un téléphone portable, au mieux un par famille, il est impossible de le recharger, au moins régulièrement, dans des habitations sans électricité.
Pour maintenir malgré tout la continuité pédagogique, les professeurs du collège et du lycée ont préparé des livrets. Les éducateurs de la vie scolaire les distribuent sur rendez-vous dans nos différents établissements. Et le professeur principal essaie d’entrer en contact téléphonique avec tous ses élèves. Comme le confinement se durcit, les livrets sont établis non plus pour une mais pour trois semaines. Au collège et au lycée, nous réussissons à travailler avec plus de 80% des effectifs.
Les formateurs du CFC entretiennent par des appels téléphoniques individuels les savoirs de base, le français et les mathématiques essentiellement.
Les éducateurs, les travailleurs sociaux et les formateurs des dispositifs M’Sayidié et Hima Shababi restent en contact téléphonique ou via WhatsApp avec environ 50% des jeunes. Ils les appellent pour leur demander comment ils vont, comment se portent leurs familles, pour les informer aussi et leur rappeler les gestes barrière de manière ludique pour ne pas ajouter l’angoisse à la morosité.

Avez-vous un message à transmettre ?

Restons le plus possible en lien les uns avec les autres pour partager les difficultés rencontrées et trouver les moyens de les surmonter. Condamnés à être optimistes, nous allons sortir du tunnel… et retrouver la lumière. 

Apprentis d'Auteuil à Mayotte

Présente à Mayotte depuis 2008 avec la reprise du Centre de formation continue AGEPAC, Apprentis d'Auteuil Mayotte est une association affiliée à la Fondation d’Auteuil. Sa vocation ? Venir en aide aux jeunes et aux familles qui, à un moment de leur vie, ont besoin d’une main tendue, d’une formation ou d’un soutien.

Apprentis d'Auteuil Mayotte propose ainsi :
- un Lycée d’enseignement adapté (LEA) pour des garçons et des filles de la 6ème au CAP
- un Internat éducatif et scolaire (IES) pour des filles de 12 à 20 ans
- un Centre de formation continue en agriculture, restauration, service à la personne et à la collectivité, artisanat et lutte contre l’illettrisme
- deux dispositifs M’Sayidié et Hima Shababi dédiés à la lutte contre la marginalisation ou l'exclusion et qui œuvrent pour l'insertion sociale et professionnelle
- un service de prévention spécialisée pour les 11-21 ans éloignés des dispositifs de droit commun

Apprentis d'Auteuil Mayotte a fait le choix de s’associer aux pouvoirs publics en charge de l’éducation et de la formation, et de mobiliser la générosité de tous (institutions, entreprises et particuliers).
À ses côtés, entre autres : le conseil départemental, le vice-rectorat et la préfecture de Mayotte, la Ville de Mamoudzou, la diocèse et l’enseignement catholique de La Réunion.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.