Aux côtés des enfants des rues menacés par le Covid-19

Aux côtés des enfants des rues menacés par le Covid-19

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Si le domicile est aujourd’hui le principal lieu de confinement à travers le monde pour se protéger et prévenir la diffusion de la pandémie, pour des dizaines de millions de personnes sans domicile, la rue est le seul lieu qui les accueille et leur offre une protection très relative. Parmi eux, des millions d’enfants à la rue, sur tous les continents. Particulièrement vulnérables en temps normal, ils sont aujourd’hui particulièrement menacés par le Covid-19 et ses conséquences socio-économiques.

Depuis un mois, les enfants vivant ou travaillant dans la rue se retrouvent, plus que jamais, dans une situation de vulnérabilité extrême. Sans lieu d’accueil pour se confiner, ils sont davantage exposés aux dangers de la pandémie, au contact des autres enfants et des adultes qu’ils croisent au quotidien. Ces enfants n’ont, en outre, pas accès aux moyens essentiels pour se prévenir du Covid-19 : outre des lieux d’isolement, leur accès à l’hygiène, à l’eau et au savon, est très limité.

Des situations de risques et d’insécurité exacerbées 

La mise en place des confinements génère, paradoxalement, une insécurité supplémentaire. Dans certains cas, les enfants en situation de rue se retrouvent stigmatisés, car dans l’incapacité de respecter les mesures des autorités. L’imposition de couvre-feu et de mesures de confinement, parfois accompagnée de rafles policières, constituent des risques supplémentaires pour des enfants déjà sans ressources et solutions, qui peuvent se retrouver criminalisés. Pour ces jeunes, de l'angoisse et stress qui viennent aggraver leur état psychologique, souvent déjà dégradé.

La situation des enfants en situation de rue est d’autant plus compliquée en ces temps de confinement généralisé, que leurs accès aux biens de base et leurs habitudes sont complètement chamboulés du fait des nombreuses restrictions. Avec davantage d’efforts et de fatigue induite pour trouver de quoi se nourrir au quotidien, boire de l’eau potable, se réfugier dans un lieu sûr… Dès lors, l’accès à l’information constitue un enjeu majeur pour ces jeunes qui doivent savoir comment se protéger et où aller pour se soigner.

B. 15 ans, à la rue à Ségou (Mali)
« Je pense que cette maladie est la pire que j'aie jamais vue de ma vie. Au vu de ce je vois et entends à travers les chaines de télévision, je dirais que c’est plus qu’une guerre, car je ne pouvais imaginer qu’une telle maladie pourrait tuer tant de personne en 24h seulement. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus en insécurité car je n'ai aucun moyen de faire face à la maladie, surtout avec certaines mesures prises par les autorités.
Deux de mes camarades de rue et moi n’avons pas eu pour moment la chance d’être accueillis dans les centres d’hébergement. Pour éviter les policiers la nuit, nous nous réfugions dans les mosquées qui se trouvent dans les gares routières. Mais nous avons été chassés de là. Maintenant c’est sous les dalles des caniveaux que nous nous cachons pour dormir la nuit. Souvent j’ai envie de retourner dans ma famille, mais j’ai peur de la violence qui se trouve là-bas. Je ne sais plus où aller, je suis perdu… »

La mobilisation des acteurs de terrain 

Face à cette crise sanitaire et à l’insécurité supplémentaire subies par les enfants en situation de rue, les acteurs sociaux se mobilisent pour tenter de poursuivre l’accompagnement proposé aux jeunes, en composant avec des restrictions qui affectent passablement leurs capacités à poursuivre leur action. Les partenaires d’Apprentis d’Auteuil et de la Fondation Apprentis d’Auteuil International (FAAI) en Afrique, Asie et Amérique latine s’efforcent de garantir au mieux la protection des jeunes et les liens qui les unissent. Nombre de ces acteurs a été dans l’obligation de se conformer aux mesures sanitaires et, pour certains, de fermer les centres d’accueil de jour, en invitant les jeunes à rentrer dans leur famille, lorsque c’est possible. Malheureusement, dans une grande partie des pays, nos partenaires ont dû suspendre les activités menées en milieu ouvert, telles que les maraudes, les activités de sensibilisation, de soins, d’écoute et d’assistances diverses.

Dans certains cas, les organisations partenaires ont déployé des moyens inédits et se sont mobilisées pour éviter à ces enfants de retourner à la rue et d’être davantage en risque. Comme en France, certains partenaires ont décidé de confiner leurs équipes avec les enfants hébergés.
C’est le cas de certaines associations du REIPER (Réseau des intervenants sur le phénomène des enfants en rupture) au Congo Brazzaville. « Les structures membres du REIPER accueillant des enfants resteront ouvertes pendant cette période, explique ainsi le coordinateur du REIPER, Joseph Likibi. Elles n’abandonneront pas les enfants qui sont déjà parmi les personnes les plus fragiles. Nous essayons de veiller à ce que les droits fondamentaux soient respectés et ne soient pas sacrifiés au nom de la lutte contre la pandémie. »
À Madagascar, le centre Nouveau Relais des Jeunes (NRJ) a fait le même choix, avec une organisation qui a été complètement revue, comme en témoigne le Père Ephrem, responsable du centre NRJ : « Dans la journée, nous diversifions les activités : études, travail manuel, jeux, télé… Nous essayons également de changer de régime alimentaire. Nous mangeons des tubercules, de la banane, de la semoule, du maïs aux haricots, on fait du pain. »

Certains sont même parvenus à élargir leurs capacités d’accueil pour offrir des lieux sûrs à davantage d’enfants. Dans tous les cas, malgré les difficultés, les partenaires font preuve d’un immense dévouement, en veillant à assurer aux jeunes vulnérables un abri, un approvisionnement en nourriture et un accès à l’information.

H. 16 ans, accueilli au foyer d’hébergement Action Enfants de tous (AET) à Ségou
« Le premier jour où j’ai entendu parler du Covid-19, et surtout de la façon dont ça tue, j’ai eu l’idée de m’enfuir pour aller chez mes parents au Burkina Faso. Mais quand j’ai eu l’écho que ça tue déjà là-bas, j’étais angoissé.
Ici, les éducateurs nous rassurent et nous invitent à respecter les mesures d’hygiène : se laver les mains tout le temps, porter des masques, utiliser les gels hydro alcooliques ou rester enfermés au foyer…
C’est vraiment étrange pour moi. J’ai arrêté brusquement d’aller dans les ateliers de formation, je ne joue plus au football… j’ai eu l’impression d’être en prison.
Mais à la fin j’ai compris qu’aujourd’hui, j’ai eu la plus grande chance d’être en sécurité par rapport à d’autres enfants qui sont restés dans la rue. J’imagine déjà comment ils vivent là-bas car je suis ancien de la rue et je sais ce qu’ils vivent dans ces lieux en ces moments difficiles. Mon souhait est qu’aucun d’entre eux n’attrape cette maladie et que les autorités et associations trouvent rapidement une solution pour leur sécurité contre la maladie. »

Journée internationale des enfants en situation de rue : la crise sanitaire rappelle qu’il est urgent de protéger les enfants qui se retrouvent en première ligne face au Covid-19

Cette année, à l’occasion de la Journée internationale des enfants en situation de rue, Apprentis d’Auteuil et la Fondation Apprentis d’Auteuil International (FAAI) se joignent, avec leurs partenaires locaux en Afrique, Asie et Amérique latine, à la campagne internationale initiée par Consortium for Street Children « Espaces sûrs pour les enfants en situation de rue », visant à interpeller les gouvernements sur la situation à laquelle ces jeunes sont confrontés.

A l’occasion de cette journée de célébration, nous souhaitons rappeler aux gouvernements qu’il est urgent de protéger les plus vulnérables parmi lesquels se trouvent les enfants en situation de rue, et nous les encourageons particulièrement à collaborer avec les associations locales œuvrant auprès de ces enfants pour réfléchir ensemble et mettre en place des solutions adaptées pour ces jeunes. Il est, aujourd’hui plus que jamais, temps de s’entraider, de se rassembler et de faire preuve de solidarité pour agir dans l’urgence et combattre ensemble la pandémie du COVID-19.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.