Accompagnement des parents
08 mars 2022

Sébastien Perrocheau, un écoutant au service des familles

Ancien professionnel de l’animation, Sébastien Perrocheau, 41 ans, est écoutant à Écoute info familles, le service d’écoute téléphonique d’Apprentis d’Auteuil. Un métier riche en émotions. Portrait.

Établissements Saint Philippe, Meudon, Hauts-de-Seine. "N’hésitez pas à nous recontacter si besoin. Nous sommes à votre disposition." En ce milieu d’après-midi de début d'année, casque sur les oreilles, Sébastien Perrocheau indique au téléphone la marche à suivre à une maman pour sa fille de 17 ans qui a fugué de la maison et dont elle n’a plus de nouvelles depuis deux jours.

Un peu plus tôt, il a renseigné le père d’une jeune en terminale à la recherche d’associations pouvant l’aider à affiner son choix d’orientation. Puis un travailleur social en quête d’une Maison d’enfants qui pourrait accueillir un adolescent en urgence…

Accueillir ses émotions

Les écoutants du service bénéficient depuis septembre dernier d'une nouvelle installation qui leur permet de travailler si besoin à distance. (c) Igor Lubinetsky/Apprentis d'Auteuil

"Définir mon métier n’est pas chose aisée, affirme l’écoutant, qui exerce une profession mal connue du grand public. Pourtant, depuis le début de la pandémie notre utilité n’est plus à démontrer. Les différents  confinements ont isolé beaucoup de personnes en demande de liens, d’appuis ou de conseils !"

La plateforme Ecoute info familles, qui reçoit environ 3000 appels par an, a ouvert en 2001 pour répondre à une demande grandissante d'accompagnement de la part des familles. Elles appellent de manière anonyme avec  l’assurance de pouvoir parler sans être jugées.

"Avec mes collègues, une équipe de professionnels pluridisciplinaire formés à l’écoute, poursuit-il, je prête une oreille attentive aux parents en recherche de solutions pour la scolarité ou l’orientation de leurs enfants.

 L'objectif est d’aider les familles à cheminer dans leurs questionnements, de les accompagner et de leur apporter les informations les plus adaptées."

3000 appels anonymes par an

Sébastien Perrocheau continue. "Des professionnels nous contactent également, en majorité de la région parisienne. Ce sont principalement des travailleurs sociaux en recherche de maisons d'enfants pour des jeunes ayant une mesure de placement, mais aussi des psychologues ou des assistantes sociales scolaires."

Une fois les personnes écoutées et leurs problématiques éclaircies, l'écoutant leur donne des pistes d’orientation, notamment vers des établissements d’Apprentis d’Auteuil, en fonction du profil du jeune pour lequel elles appellent. Les situations plus difficiles sont évoquées lors des réunions d'équipe hebdomadaires et les écoutants bénéficient de temps de relecture de pratique professionnelle réguliers.  

"On n'exerce pas ce métier par hasard, admet le travailleur social. Pour avoir connu certaines de ces situations au même âge, je me retrouve dans les histoires des jeunes pour lesquels les parents appellent... Si c’est gratifiant de tendre la main, c’est aussi exigeant. Il faut poser le cadre de l'échange, être à la fois délicat et clair, parfois ferme, apprendre à rebondir, accueillir les émotions de l'appelant mais aussi les siennes, reconnaître ses limites... Certains appels mettent à rude épreuve !"

Un métier qui ne s’improvise pas

Sa vocation à l’écoute, Sébastien Perrocheau la découvre à son entrée dans la vie adulte, lorsqu’il se lance comme animateur en banlieue parisienne, son bac pro commerce en poche obtenu après des études secondaires compliquées.

"Je venais de démarrer une licence d’histoire et je cherchais un travail pour m’aider à financer mes études. Celui d’animateur m’a vite séduit, ayant moi-même été marqué par tout ce que j’avais reçu plus jeune en camps d’été ou le soir après l’école."

Au fil des mois, le jeune homme s’investit dans la mission, propose des ouvertures culturelles, artistiques ou sportives aux jeunes dont il a la charge et leur fait découvrir la nature, la montagne ou des séjours à l’étranger. Rapidement, des adolescents lui ouvrent leur cœur.

Touché, l’animateur sent que quelque chose de plus profond se joue pour lui. Une manière de vivre autrement son métier, bref d’écouter véritablement ces jeunes.

Une posture qui se peaufine 

C’est tout naturellement qu’il pose sa candidature lorsqu’il apprend qu’Apprentis d’Auteuil, dont il connaissait les valeurs et le savoir-faire, cherche à agrandir son équipe d’écoutants en téléphonie sociale. Une nouvelle vie démarre pour lui, au service des parents cette fois.

Il valide en même temps un master en Sciences de l’éducation. "On ne s'improvise pas écoutant, précise-t-il encore. Il s’agit d’une posture qui se peaufine. Au fil du temps, on apprend à être plus attentif, à poser un regard différent sur les situations, à rester si besoin silencieux... "

Les familles qui téléphonent sont essentiellement des parents – surtout des mères – d’enfants d’âge collège qui n’arrivent pas à se projeter dans l’avenir.

Beaucoup d’appels tournent également autour de la problématique des écrans, de mauvais choix d’orientation ou de solutions à trouver pour de jeunes adultes déscolarisés sortis sans diplôme du système scolaire. 

Avec un regard bienveillant

L'équipe se réunit tous les mardis matins. Elle a rejoint depuis octobre dernier Ecoute parentalité, un portail réunissant des acteurs de soutien aux parents. (c) Igor Lubinetsky/Apprentis d'Auteuil

Fort de dix années d’expérience comme écoutant, Sébastien Perrocheau demeure aussi enthousiaste qu’au premier jour. Et pratique le vélo et la natation en club à ses heures, pour se recharger en énergie.

"Rendre ainsi service me rend heureux, lance-t-il avec détermination, tout en insistant sur la qualité du regard intérieur à poser sans relâche sur les personnes qu’il accompagne jour après jour.

"C’est essentiel. Tout comme leurs enfants, nous considérons les familles qui nous appellent comme des personnes qui ont la capacité et les outils pour rebondir. Leurs interrogations ne sont qu’une part d’eux-mêmes et il n’est pas facile d’être parent. Le fait qu’ils décident de nous joindre au téléphone ne montre-t-il pas qu’ils sont en chemin ? Les choses peuvent bouger très vite ! "

Téléphonie sociale, un service complémentaire et une réponse rapide

La crise sanitaire a mis un coup de projecteur sur la téléphonie sociale. Les dispositifs existants ont été pris d’assaut et d’autres ont vu le jour, mettant en évidence l’importance du contact humain et du lien social.

Pourtant, la téléphonie sociale n’est pas une nouveauté. Elle s’est développée en France à l’initiative des associations. Ligne pionnière, SOS Amitié est créée en 1960, suivie par les Inter service parents, ligne d’écoute des EPE (Ecoles des parents et des éducateurs) au début des années 70. Les plateformes spécialisées se multiplient à partir des années 1990. La pertinence de l’aide à distance demeure, avec le développement d’internet dans les années 2000.

Sans se substituer aux acteurs de terrain, cette forme d’aide constitue un service complémentaire quand les structures de prise en charge ne sont plus assez nombreuses pour faire face aux besoins. Elle permet d’apporter une réponse fiable et rapide à un questionnement qui ne nécessite pas forcément la rencontre avec un professionnel.

ÉCOUTE INFOS FAMILLES

  • Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 18h, le mardi de 14h à 19h - tél : 01 81 89 09 50
  • La démarche est confidentielle et anonyme.
  • Le service fait partie de plusieurs collectifs en lien avec le métier d’écoutant. Comme, le collectif Téléphonie sociale et en santé (TeSS) qui existe depuis dix ans ou Ecoute parentalité, un portail réunissant des acteurs de soutien aux parents.