La Touline Val d'Oise - Hermine Saligue, coordinatrice est en entretien avec Zain. Ils font un point sur sa situation administrative et professionnelle
Protection de l'enfance
20 juillet 2026

Soutenir les jeunes dans leur passage à l’âge adulte

Pour accompagner les jeunes sortant de la protection de l’enfance et favoriser leur insertion et leur autonomie, la fondation déploie depuis 2016 le dispositif la Touline. Exemple sur le campus éducatif Saint-Jean à Sannois, en région parisienne. Reportage de Laure Naimski.

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La Touline d'Apprentis d'Auteuil accompagne les jeunes sortant de la protection de l'enfance.

Salon lumineux, plantes vertes et fauteuils en osier donnent une ambiance cosy. Hermine Saligue, coordinatrice de la Touline d’Apprentis d’Auteuil, dispositif d’insertion situé sur le campus éducatif Saint-Jean à Sannois (95), dépose deux tasses de thé sur une table basse. Cet après-midi, Zaïn, 22 ans, originaire du Pakistan, est venu parler de l’appartement dans lequel il pourrait s’installer prochainement à Sarcelles. « Tu as pensé à son aménagement ? », lui demande Hermine. « Il faudra que j’achète un lit », répond-t-il. Hermine Saligue, qui a épaulé Zaïn dans sa recherche de logement, croise les doigts pour que le bailleur social sélectionne sa candidature.

La Touline Val d'Oise - Hermine Saligue, coordinatrice est en entretien avec Zain. Ils font un point sur sa situation administrative et professionnelle
Hermine Saligue, coordinatrice en entretien avec Zain. Ils font un point sur sa situation administrative et professionnelle (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

Sortants de la protection de l’enfance

Rattachée à la Maison d’enfants Saint-Jean, la Touline de Sannois, - du nom d’un cordage utilisé pour amarrer un navire à quai -, reçoit 130 jeunes par an, âgés de 18 à 25 ans. Comme les 16 autres Toulines d’Apprentis d’Auteuil réparties sur le territoire français, elle répond aux problématiques très spécifiques de jeunes majeurs récemment sortis de la protection de l’enfance, et qui, sans filet de sécurité familial, doivent assumer seul et brutalement le passage à l’âge adulte. « Nous sommes des couteaux suisses, analyse Hermine Saligue. C’est-à-dire que nous répondons aussi bien aux questions d’insertion professionnelle que sociale : le logement, la mobilité, la santé, les démarches administratives, la vie affective... L’objectif est d’éviter les ruptures dans les parcours de ces jeunes, davantage exposés à la précarité et à l’isolement que les autres jeunes de leur âge. Nous les accueillons jusqu’à trois ans après la sortie de la protection de l’enfance. » 

Aider les jeunes dans leurs démarches

La jeune coordinatrice a notamment aidé Zaïn à renouveler son titre de séjour. Quant au droit au logement social, il lui est acquis, car il occupe un emploi en contrat à durée indéterminée (CDI) depuis plus d’un an en tant que cuisinier dans une chaîne de restauration rapide. « Quand je suis arrivé en France, il y a six ans, je ne savais pas bien parler français. J’étais hébergé à la Maison d’enfants Saint-Jean. Ensuite, je suis venu à la Touline où on m’a conseillé de passer un CAP de cuisine. Ils m’aident aussi pour mes papiers », confie le jeune homme. Pour l’heure, il est logé de façon temporaire en colocation. « Si j’ai cet appartement, je pourrai faire venir mon petit frère le week-end. Il vit ici, à la Maison d’enfants », souligne Zaïn. 

Coup de pouce

Tandis qu’il continue à s’entretenir avec Hermine Saligue, Fabienne Dekydtspotter, chargée d’insertion, reçoit Yassine, 19 ans, dans l’un des bureaux du local. Le jeune homme n’a pas eu le temps d’ôter ses vêtements de travail. Cuisinier dans l’un des lycées du campus, il a poussé la porte pendant l’une de ses pauses. « On va regarder ensemble sur Internet tes comptes de sécurité sociale, d’allocations familiales et d’impôts », lui propose Fabienne. « On avance ensemble petit à petit. Tu seras mieux, une fois que ce sera réglé », poursuit-elle. « Tout ce qu’on fait ensemble, c’est pour que tu apprennes à le faire seul ensuite », explique encore la conseillère. Yassine en convient. 

Ancien bénéficiaire d’un service pour mineurs non accompagnés à la Maison d’enfants Saint-Pie X à Domont, le jeune homme, originaire du Maroc et titulaire d’un CAP cuisine, a aussi besoin d’un coup de pouce pour renouveler son titre de séjour temporaire auprès de la préfecture. « Fabienne m’aide pour mes rendez-vous, pour mes papiers », souligne Yassine, qui repart également muni d’adresses d’associations comme celle d’Emmaüs Connect, qui pourra le former à l’informatique et lui donner un ordinateur pour lui permettre d’être plus autonome dans ses démarches administratives. 

La Touline Val d'Oise - Fabienne Dekydtspotter, chargée d'insertion des Anciens et de la Touline Val d'Oise, fait un point avec Yassine sur sa situation administrative
Fabienne Dekydtspotter, chargée d'insertion des anciens et de la Touline Val d'Oise, fait un point avec Yassine sur sa situation administrative (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

Bonheur partagé

Hermine Saligue se souvient d’un moment de bonheur partagé avec Amy, l’une des bénéficiaires de la Touline, âgée de 23 ans et maman solo. « Nous avons monté avec elle un dossier de demande de chèques-vacances l’été dernier. Elle ne savait pas qu’elle y avait droit. Pour la première fois, elle a pu partir en vacances avec ses enfants âgés d’un et trois ans. Nous avons choisi ensemble un camping en baie de Somme. Sur les photos, les enfants affichent des sourires radieux. » 

La souplesse du dispositif permet aussi aux chargés d’insertion de se rendre sur le lieu de travail du jeune ou de le rencontrer près de chez lui, dans un café, par exemple. « Ce sont les jeunes qui donnent le tempo de nos rencontres, selon leurs besoins, mais nous prenons bien sûr de leurs nouvelles », précise Hermine. « Certains jeunes ne sont pas adaptés aux démarches classiques de suivi social. C’est trop cadré pour eux. Ici, ils viennent nous voir quand ils le souhaitent. Certains viennent une seule fois, d’autres trois fois par semaine. L’essentiel est qu’ils se sentent accueillis, écoutés et en confiance. Ici, nous créons du lien avec eux. Et ça fonctionne, » conclut-elle.

 

La Touline d’Apprentis d’Auteuil : un lieu d’ancrage pour les sortants de la protection de l’enfance

Créé en 2016, le dispositif La Touline d’Apprentis d’Auteuil (en langage nautique, la touline est un cordage servant à amarrer un navire à un quai ou à un autre navire) accompagne les jeunes sortants des structures de protection de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), pour leur donner le temps de construire leur vie d’adulte. À 18 ans, un jeune sans famille, sans réseau, sans repère, ne peut être autonome et responsable sur tous les sujets. Dans chaque Touline, il trouve, s’il le souhaite, un lieu d’écoute et de dialogue. Là, un coordinateur, en lien avec des partenaires locaux (mission locale, entreprise d’insertion, bailleurs sociaux…), répond à ses questions logement, santé, formation, emploi, mobilité… et construit, avec lui, la meilleure solution. En 2026, il existe 17 Toulines d’Apprentis d’Auteuil en métropole et une à La Réunion. Toutes sont soutenues par des institutions publiques (État, départements, fonds social européen) et privées (mécènes).