Prostitution : la violence faite aux adolescentes

Prostitution : la violence faite aux adolescentes

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Longtemps passé sous silence ou éloigné des feux de l’actualité, le phénomène de la prostitution des mineurs interpelle, inquiète. Qui sont ces jeunes filles principales victimes ? Comment entrent-elles dans le système ? Peut-on prévenir ce phénomène ? Éléments de réponses.

Les faits sont là : en France, entre 7 000 et 10 000 mineurs sont concernés par la prostitution, selon le rapport de la procureure Catherine Champrenault (1). Majoritairement des filles âgées de 15 à 17 ans, parfois bien plus jeunes. S’il est difficile d’établir leur profil, on remarque néanmoins qu’elles sont nombreuses à subir ou avoir subi des violences psychologiques, physiques ou sexuelles au sein de la famille ou à grandir dans des milieux familiaux violents ou dysfonctionnels. D’autres sont victimes de violences dans un établissement scolaire, un club sportif, un conservatoire, une association culturelle, etc. D’autres encore subissent un harcèlement via Internet, appelé cyberharcèlement. « Ces violences non repérées, non prises en charge, rendent les adolescentes plus vulnérables, souligne Claude Giordanella, infirmière-sexologue et formatrice à Agir contre la prostitution des enfants (2). Elles n’ont plus la capacité de discerner et répondent aux sollicitations d’une copine en situation de prostitution ou d’un faux petit ami déjà ou presque proxénète, sans réaliser qu’elles s’engouffrent dans un réel danger. »
Autres réalités : la prostitution concerne les adolescentes de toutes les classes sociales. Depuis une dizaine d’années, elle se développe avec les outils numériques (smartphones entre autres), les réseaux sociaux et la dégradation des conditions de vie de certaines familles. 

Influence et dépendance

« Aujourd’hui, pour être proxénète, il suffit d’acheter un smartphone, de créer un compte Snapchat ou Instagram et de réserver une chambre d’hôtel ou un appartement sur Internet, relève Benoît Kermorgant, sociologue et coordinateur Ile-de-France de l’association Mouvement du Nid (3). Avec les influenceurs en situation de prostitution qui diffusent les images d’une vie dans des hôtels de luxe ou des destinations de rêve, les jeunes en difficulté ou en souffrance peuvent facilement être manipulées. » Elles croient qu’elles ne sont pas victimes, car elles acquièrent une relative autonomie financière, s’imaginent recevoir de « l’affection » et prendre le contrôle de leur vie. « Ces bénéfices qui nuanceraient la souffrance sont un leurre, insiste Claude Giordanella. Le client qui paie et le proxénète qui reçoit l’argent maîtrisent seuls la situation. Ils maintiennent les adolescentes dans un état de survie et les plongent dans la dépendance à la drogue. Ils entretiennent interdépendance entre proxénétisme, trafic de drogue et prostitution. » 

Sensibiliser pour prévenir ce fléau

Pour éviter l’entrée des adolescentes dans ce cercle infernal, des petits signaux doivent alerter. « Du jour au lendemain ou progressivement, la jeune fille se confie moins à ses parents ou à ses ami(e)s, change d’humeur, délaisse son hygiène corporelle pour se couper de ses sensations, de ses émotions, note Benoît Kermorgant. Elle s’offre des vêtements, des soirées, des consommations, sans revenu ni argent de poche… et fugue, de plus en plus régulièrement lorsqu’elle est sous l’emprise d’un proxénète. » 
Informer les adolescentes, sensibiliser et former les adultes (parents, professeurs, éducateurs, psychologues…) est plus qu’urgent. « Souvenons-nous qu’une jeune n’entre jamais seule dans la prostitution, conclut Benoît Kermorgant. Il s’agit de construire avec elle une relation de confiance et un avenir sécurisant, apaisant, épanouissant, sans la questionner, sans la culpabiliser. Cela demande du temps et de la psychologie. »  

(1) “Combattre la prostitution des mineurs, mieux prévenir et mieux accompagner les victimes” lance le premier plan national de lutte contre ce phénomène. Il doit se déployer en 2022.
(2) L’association Agir contre la prostitution des enfants (ACPE) mène un travail d’accompagnement auprès des victimes. 
(3) Le Mouvement du Nid agit sur les causes et les conséquences de la prostitution en vue de sa disparition.

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Pour en savoir plus

À Apprentis d’Auteuil

La fondation s’est emparée de ce sujet, les jeunes vulnérables qu’elle accueille étant particulièrement confrontés à ce risque. Une journée d’information et d'échanges a été organisée en 2021 pour les personnels éducatifs, donnant des pistes pour faire face ce phénomène et le prévenir. Par exemple, bien identifier les signaux, même faibles, qui laissent à penser que le ou la jeune est aux prises avec un réseau de prostitution. Réagir en deux temps : dans l’immédiat, pour le mettre en sécurité ; sur le long terme, pour faire émerger le parcours du jeune et dégager des pistes à suivre, en lien avec des partenaires. La formation, le travail en équipe et en réseau sont essentiels pour bien accompagner les jeunes, en parallèle d’actions de sensibilisation sur la prostitution, mais aussi sur le rapport au corps et à la sexualité. 

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.