Des bacheliers se retrouvent cinquante ans après

Des bacheliers se retrouvent cinquante ans après

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En 1969, c’étaient les premiers ! Les premiers élèves du château des Vaux (aujourd'hui établissements Notre-Dame) à préparer le baccalauréat. En 2019, ils s'y sont retrouvés, cinquante ans plus tard. Interview croisée de Claude Legendre et Gérard Gauin.

Comment avez-vous connu le château des Vaux, actuels établissements Notre-Dame ?

Claude Legendre : Je suis arrivé le 3 janvier 1958, le jour de mes 9 ans. Mon frère, ma sœur et moi, le petit dernier, nous n’allions pas à l’école. Ma mère ne s’était pas remise du décès de mon père dans un accident du travail. Elle ne s’occupait pas de nous. Mais nous l’aimions, c’était notre mère. L’assistance publique nous a cueillis et confiés au château des Vaux. En arrivant, je savais à peine lire et écrire. 

Gérard Gauin
: Orphelin de père depuis l’âge de 9 ans, ma mère ne savait pas trop quoi faire de moi. Un prêtre lui a recommandé le Château des Vaux : « Les jeunes y suivent une excellente formation ». C’était en 1963. J’avais 14 ans et le certificat d’études primaires - obtenu avec de bonnes notes - en poche. Je voulais devenir électricien.

Qu’avez-vous appris ici ?

Claude Legendre : À lire et à écrire correctement ! Quand je faisais des bêtises, on m’expulsait de la classe et j’allais bricoler avec l’agent d’entretien. J’adorais ça. En fait, je n’aimais pas l’école. J’ai tellement fait n’importe quoi que je me suis fait virer.
De 1961 à 1963, je me suis retrouvé dans une famille d’accueil, à l’époque on disait "en nourrice". J’ai réussi le certificat d’études avec seulement deux points de moins que le premier du canton de Saint-Georges-sur-Eure. Cinq ans auparavant, j’étais analphabète ! Le père Barat, directeur du château des Vaux, m’a donné une seconde chance en me réintégrant. Je voulais apprendre la mécanique générale car je m’y connaissais un peu. Résultat ? J’ai obtenu les CAP d’ajusteur, de mécanique générale et de dessinateur industriel, les brevets de mécanique générale et de tourneur ! En réalité, j’adorais le sport, surtout l’athlétisme. C’est grâce au professeur d’éducation physique et sportive du château que j’ai trouvé ma voie.

Gérard Gauin
: J’ai surtout retenu la devise du père Barat : « Vous n’en saurez jamais trop ! ». C’est lui qui, en fonction des souhaits et du niveau des élèves, les orientait vers telle ou telle formation. À l’époque, nous avions le choix entre mécanique générale, bâtiment, cordonnerie, cuisine, jardinage et travaux de la ferme. En quatre ans, nous pouvions nous présenter à deux CAP.
Et puis les baccalauréats de technicien en mécanique générale et en électricité ont été créés. Sur les 17 élèves qui les ont tentés, en 1969, un seul a obtenu des notes honorables pour ne pas repasser toutes les épreuves l’année suivante, 8 ont abandonné et 8 autres ont accepté de se représenter. En 1970, 4 d’entre nous décrochaient le diplôme ! Ce baccalauréat – obtenu ou pas – a noué des liens très forts entre nous. Cinquante ans après, nous nous retrouvons avec joie et émotion !

Quels souvenirs gardez-vous de ces années au château des Vaux ?

Claude Legendre : Je n’étais pas facile comme garçon - j’avais un très mauvais caractère - mais le père Barat m’a toujours fait confiance. Il m’a, par exemple, donné pour mission de m’occuper des jeunes par le sport. Cela m’a passionné. Je n’ai pas voulu m’échapper. Le château des Vaux, c’est, pour moi, une seconde naissance

Gérard Gauin
: Le château des Vaux, c’était une grande discipline, un retour dans les familles pour ceux qui en avaient tous les quinze jours, des prières quotidiennes, la messe du dimanche, une promenade ou un entraînement de foot après le déjeuner, les matchs le samedi après-midi ou le dimanche quelle que soit la météo, un encadrement assuré par les aînés, le quotidien (nettoyage des ateliers et des dortoirs, épluchage des légumes, vaisselle...) confié aux élèves, des professeurs exigeants et entièrement dévoués à leurs élèves, une liberté gagnée avec la confiance qui nous était accordée... au fil du temps. Sans oublier le costume et l’aide financière pour démarrer dans la vie active que le château des Vaux offrait à tous les jeunes en fin d’études.

Quel chemin avez-vous suivi ?

Claude Legendre : Mon service militaire fait à Pau - où j’ai rencontré ma future femme -, je ne savais pas où aller. J’étais sans famille. J’ai lancé un SOS au père Barat : « Est-ce que je peux revenir au château des Vaux pour être prof de sports ? ». Une nouvelle fois, il m’a fait confiance et m’a permis de suivre des formations pour devenir moniteur d’éducation physique et sportive.
Le château des Vaux est la seule maison où j’ai travaillé. J’y reviens régulièrement. Ma fille aînée y travaille comme professeure de mathématiques. Moi, depuis le 1er octobre 2009, je suis en grandes vacances. Jamais je n’oublierai les dix ans que nous, premiers "bacheliers", avons passé ensemble ! 

Gérard Gauin
: Pour moi, le baccalauréat n’était pas une fin en soi. Grâce au château des Vaux qui m’a aidé financièrement à poursuivre mes études, j’ai préparé et obtenu, en 1972, le diplôme universitaire de technologie en génie électrique à l’IUT du Havre puis, en 1975, le diplôme d’ingénieur électricien de l’École d’électricité industrielle de Paris.  Mon "plan de vie" était alors de trouver un emploi, de me marier et d’avoir des enfants. Tout s’est réalisé ! J’ai été recruté, lors de mon service militaire, par une entreprise d’armement à Bourges, j’ai rencontré ma femme et nous avons eu deux enfants.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes d'aujourd'hui ?

Claude Legendre : Pour réussir votre vie, il n’y a pas trente-six solutions : vous devez faire preuve de volonté.

Gérard Gauin
: Quelles que soient les difficultés que vous pourrez rencontrer, le courage, la détermination et la persévérance vous apporteront le bonheur que vous attendez !

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.