La mobilité, un enjeu pour l'insertion sociale et professionnelle

La mobilité, un enjeu pour l'insertion sociale et professionnelle

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Pour des milliers de jeunes et de familles en difficulté, la question de la mobilité est centrale. Comment se rendre jusqu’à son école, son centre de formation, son lieu de stage ou d’emploi, sans transports en commun ou véhicule ? Comment accéder à des services essentiels, prendre soin de soi et de sa santé, pratiquer un sport ou une activité culturelle ? Apprentis d’Auteuil déploie des initiatives qui contribuent à lever les freins matériels et psychologiques empêchant les personnes de se déplacer.

Mediba, 18 ans, en 2e année de CAP plombier-chauffagiste, est accueilli au foyer de jeunes travailleurs (FJT) Jean-Marie-Vianney à la Côte-Saint-André, dans l’Isère, une petite ville située à mi-chemin entre Lyon et Grenoble.
« J’ai un travail à temps partiel au McDo, ce qui me permet d’économiser un peu d’argent pour payer mon permis de conduire et demain une voiture, confie Mediba. J’en aurai besoin pour mes stages et mon travail sur les chantiers, plus tard. Au début, j’allais à pied à mon travail, car il n’y a pas de transports en commun. Mais ça me prenait une heure et c’était dangereux sur les petites routes, car je termine tard le soir. »

La mobilité dans les lieux enclavés

Depuis que le FJT et le lycée professionnel Jean-Marie-Vianney se sont dotés de scooters électriques, la vie a changé pour Mediba et ses camarades. « Aujourd’hui, je mets 15-20 minutes en deux roues. Les scooters m’ont vraiment facilité la vie ! »
Aujourd’hui, les établissements proposent des vélos traditionnels, d’autres électriques, et, depuis septembre dernier, quatre scooters électriques (1), pour lesquels chaque jeune signe un contrat et paie un prix de location symbolique. Un choix qui fait suite à une réflexion menée depuis plusieurs années, comme l’explique Sébastien Ferlin, chef de service du FJT et du service d’accueil et d’orientation Jean-Marie-Vianney : « À La Côte-Saint-André, nous sommes situés à 10-15 kilomètres du bassin d’emploi, mais il n’y a pas de transport public pour que les jeunes puissent s’y rendre. Lorsque les transports existent, ils ne sont pas en adéquation avec les horaires des entreprises dans lesquelles nos jeunes sont en apprentissage ou en stage. La question des transports et de la mobilité est une question clef pour l’accès au monde du travail. »

ZOOM
•    Dans son plaidoyer Prendre le parti des jeunes, 24 solutions pour transformer leur avenir, Apprentis d’Auteuil demande que soient créées des conditions sereines d’insertion, en mettant en place un droit continu à construire son orientation et son parcours professionnel pour les 18-25 ans, droit qui inclut la mobilité.

•    1/3 des jeunes Français sans diplôme a déjà refusé un emploi faute de pouvoir s’y rendre.
Source : Étude « Mobilité et emploi » (Enquête ELABE-LMI, décembre 2016)

•    1 jeune sur 2 ne s’inscrit pas au permis pour raisons financières
Source : Étude OpinionWay pour Osacu/Point


Des transports en commun aux horaires inadaptés

Un constat que partage Nathalie Soares, chargée d’insertion à la Maison d’enfants Saint-Joseph de Blanquefort, à onze kilomètres de Bordeaux. « Nous travaillons sur cette question tous les jours ! Nous avons de belles opportunités de stage ou de signature de contrat d’apprentissage dans des entreprises partenaires, mais les jeunes ne peuvent y répondre, pour ces mêmes raisons. »
La Maison d’enfants a elle aussi opté pour une flotte de trois scooters mise à disposition des jeunes, moyennant un contrat de prêt (2). Ils sont encouragés à passer le brevet de sécurité routière, qui leur permet de conduire un scooter de plus de 50 cm3 ou une voiturette. Et le permis de conduire. « Pour ces jeunes en difficulté, ça n’est pas toujours facile. Ils ont peur de l’échec. Le permis est vu comme un examen supplémentaire à passer. Les équipes éducatives organisent des sessions de révision du code en groupe. Nous devons les accompagner étape par étape. »

Des freins psychologiques à lever

Ces freins psychologiques, l’équipe de la Maison des familles de Montdidier, dans la Somme, les a bien identifiés. Située en milieu rural, dans une région qui a subi de plein fouet la désindustrialisation, la Maison des familles joue un rôle social de premier plan. Alexis, jeune stagiaire et futur travailleur social, et Antoine, consultant en parentalité, font ainsi la navette avec l’utilitaire de l’établissement pour aller chercher les personnes qui, autrement, ne pourrait s’y rendre.

Rompre l'enfermement

Ce jour-là, Magali est heureuse de retrouver une joyeuse assemblée pour le repas mensuel. « Beaucoup de familles ne peuvent se déplacer, confirme Lucile Sessou, la directrice. Un aller-retour jusqu’à Amiens, c’est 15€ et c’est déjà trop. Mais au-delà du coût, certaines personnes n’osent pas prendre le train. Des jeunes s’interdisent des choix professionnels ou d’études qui impliqueraient de quitter leur ville. Derrière ces craintes, il y a des questions d’éducation, des peurs transmises de génération en génération. On observe une reproduction de difficultés et de destins. »
La Maison des familles multiplie les initiatives pour rompre cet enfermement, susciter l’envie et l’ouverture aux autres. Sortie à la mer ou à Amiens, en prenant le train en groupe à partir de Montdidier, parrainage de la Maison des familles du Burkina-Faso, ateliers découverte des métiers avec le responsable insertion en Picardie, pour montrer aux ados qu’il y a d’autres possibles et d’autres ailleurs. Un travail de longue haleine.

LE TÉMOIGNAGE DE MAGALI

Je fréquente la Maison des familles de Montdidier depuis 2006, j'ai été une des premières ! Depuis notre déménagement à Aubvillers, à une douzaine de kilomètres, j'ai de gros soucis de mobilité, car la gare n'est pas facile d'accès. Y aller à pied à travers champs, c'est dangereux. J'avais arrêté de venir. Heureusement, je peux à nouveau aller, car un système de navette a été mis en place. J'ai été soulagée. La Maison des familles, c'est mon pilier, je tiens grâce à elle. Je participe à de nombreux ateliers. J'aime beaucoup chanter, faire des bijoux, peindre... Et je vois le bout du tunnel pour moi et mon fils. Maman d'un garçon porteur d'un handicap, j'étais dépassée. Je me demandais si j'étais une bonne mère, j'avais besoin d'aide. J'ai trouvé un soutien et des réponses à mes questions, en particulier, comment surmonter les crises. Maintenant, mon fils est bien suivi par un orthophoniste et un pédopsychiatre. Il est plus épanoui et heureux et moi aussi. Il a encore du chemin à parcourir pour supporter les frustrations, mais cela va mieux. Il parle mieux, sait lire et écrire. Et il a des copains ici à la Maison des familles. Comme moi. J'y ai des amis, c'est comme une famille.

 

 

Un coup de pouce à l’obtention du permis

Le permis de conduire, sésame pour l’autonomie, est le cheval de bataille de Mob’ and Go (3), à Villeurbanne. Cette auto-école sociale accompagne des personnes en difficulté vers l’obtention du permis pour un coût modique. Orientées par Pôle emploi, la mission locale ou d’autres organismes, les candidats sont d’abord testés sur la lecture, l’écriture, l’orientation dans l’espace pour évaluer le nombre d’heures nécessaires pour le code et la conduite.
« Ces personnes sont déjà dans une dynamique d’insertion professionnelle, souligne Adriane Boyadjian, cheffe de projet. Le permis représente pour elle le dernier pas vers l’emploi. L’avantage que nous offrons, outre le coût modeste, est d’adapter la formation aux compétences, au rythme et à la situation personnelle de chacun. Cela se traduit par des cours non magistraux, les plus pratiques et ludiques possibles. Notre but est que personne ne soit laissé de côté. »

"Mon rêve est d'avoir mon permis"

L’accompagnement correspond en tous points aux besoins de Sekou, 23 ans, employé aux transports en commun de Lyon : « Je rêve de devenir cariste, de conduire des engins pour déplacer des marchandises dans une entreprise. Je dois donc avoir le permis ! Les formateurs me donnent la force de continuer. »
Pour Khadène, maman isolée de 35 ans, le constat est le même : « Je n’aurais jamais pu passer le permis de conduire, c’était beaucoup trop cher pour moi. Mais sans permis et sans voiture, c’est très compliqué de trouver un travail quand on est comme moi seule à s’occuper de ses enfants. J’ai déjà obtenu le code du premier coup. Sans les formateurs leur aide, leur patience, je ne l’aurais jamais eu. Mon rêve est d’avoir le permis, j’y mets toute mon énergie. »

(1)    Financés par la MACIF
(2)    Mécénat Fondation Cassous (avec le service de La Touline)
(3)    Financé par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le Fonds social européen, l’État, la CAF, Apprentis d’Auteuil et chaque candidat.

Adriane Boyadjian, cheffe de projet Mob' and Go : « Le permis de conduire représente le sésame de la mobilité et le dernier pas vers l’emploi »

La mobilité constitue-t-elle une problématique pour les jeunes ?
Certains jeunes que nous accompagnons ont déjà échoué au code et à la conduite. Pour la plupart, ils éprouvent des difficultés d’apprentissage incompatibles avec la méthodologie traditionnelle des auto-écoles. D’autres ne peuvent pas financer le permis. Tous leurs projets professionnels sont empêchés pour des raisons liées à la mobilité.
Un réel accompagnement est indispensable afin de repérer et de lever tous les freins de nos candidats, leur redonner confiance, et les mener vers la réussite. La mobilité est une des clés vers l’autonomie et l’insertion sociale et professionnelle.

 

Quelles solutions leur proposez-vous ?
Dans leur dynamique d’insertion professionnelle, nous leur proposons une formation à la fois ludique et intensive, adaptée aux compétences, au rythme et à la situation personnelle de chacun. Cela se traduit par des cours les plus pratiques et interactifs possibles. Et beaucoup, beaucoup d’aide et de patience ! Notre objectif est que personne ne soit laissé de côté.
Résultat ? Le permis en poche, 80% des jeunes trouvent un stage ou un travail. Le permis de conduire représente le sésame de la mobilité et le dernier pas vers l’emploi.

POINT DE VUE
Pierre Taillant, économiste à l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), membre du Laboratoire de la mobilité inclusive
« La mobilité inclusive est une approche qui invite à améliorer les transports du quotidien dans tous les territoires, afin de les rendre plus accessibles pour les usagers qui éprouvent des difficultés à se déplacer de manière autonome. En facilitant la mobilité des personnes qui en ont le plus besoin, les autorités peuvent notamment réduire les freins à l’emploi et l’insertion professionnelle, chez les 16-30 ans :  un jeune sur deux se dit contraint dans ses déplacements et un tiers d’entre eux sans diplôme a refusé un emploi en raison de difficultés de transport. Plus globalement, une absence de mobilité a un impact sur le travail, mais aussi sur la santé, l'éducation, les relations familiales, la culture, autant d'éléments essentiels pour une vie équilibrée. »

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.