Fany et Julio, de la rue à l’espoir

Fany et Julio, de la rue à l’espoir

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Après avoir vécu dans les rues de Tananarive à Madagascar, Fany, 16 ans, et Julio, 18 ans, reprennent vie et espoir au Centre NRJ, un partenaire d’Apprentis d’Auteuil. Ce 12 avril, Journée internationale des enfants en situation de rue, ils partagent quelques instants de leurs parcours. Leçons de courage et de résilience.

Fany : « Mon image d’enfant des rues me colle encore à la peau. »

« Je suis tombée dans la rue le jour où la femme qui me parrainait depuis la classe de 11e a appris que je devais redoubler ma 8e, se souvient Fany, 16 ans. Elle a tout de suite arrêté son parrainage. J’ai rôdé dans les rues de Tananarive pendant un an environ. Des « amies » m’ont un peu influencée. Elles m’ont conseillé de parler avec des étrangers pour mendier de la nourriture. Je ramassais aussi du fer pour le revendre à des personnes qui le faisaient fondre. En échange, elles me donnaient un peu d’argent. Jusqu’au jour où une amie m’a incitée à aller au Centre NRJ. J’ai été plus que convaincue car j’allais pouvoir retourner à l’école. Je ne pouvais pas imaginer ne plus étudier !
Comme les autres enfants qui arrivent au Centre, j’ai été accueillie, en juin 2020, dans le gîte de nuit et j’ai pu suivre des cours de connaissances de base. En octobre 2020, j’ai commencé des études générales au Centre de formation professionnelle tenu par la Congrégation des sœurs de Marie-Auxiliatrice. Au Centre NRJ, je participe à l’atelier couture. J’ai l’impression de reprendre une vie normale. Mais mon image d’enfant des rues me colle à la peau. Certains l’utilisent encore pour me rabaisser, me faire comprendre que je n’ai pas toute ma place. À chaque fois qu’il y a quelque chose qui cloche, on me désigne souvent comme responsable. 

Je veux dire aux enfants qui sont encore dans la rue de ne pas s’en contenter, de vouloir s’en sortir. De voir plus haut et plus loin pour leur avenir. Je rêve de faire des études en comptabilité pour, un jour, travailler dans une banque. Et avoir de l’argent pour vivre. Bien. » 

Julio : "Je dois faire des efforts pour atteindre mon objectif."

« Je vivais dans la rue depuis trois ans quand je suis arrivé au Centre NRJ, en 2017, confie Julio, 18 ans. Avant de connaître la rue, j’étais en classe de 9e. J’avais passé et réussi le certificat d’études primaires. Je voulais continuer mes études au collège mais ma grand-mère n’avait plus les moyens de me les payer. Pour subvenir à mes besoins, j’ai ramassé des morceaux de fer dans des bacs à ordures pour les revendre. J’allais parfois dormir chez ma grand-mère. Le plus dur à vivre, c’était mes rencontres avec des « bandits » qui me donnaient des idées folles comme la consommation de drogues. J’avais aussi souvent faim. Et puis, une personne nous a fait connaître, à moi et à ma grand-mère, le gîte de nuit. Là, j’ai tout de suite trouvé de l’aide. J’ai appris la poterie, j’ai été accueilli à l’internat… et j’ai pu continuer mes études.
Aujourd’hui, je suis au collège en 3e. Je sais que je dois faire des efforts pour atteindre mon objectif : devenir expert-comptable. J’aimerais rester au Centre NRJ pendant toutes mes études. Je voudrais aussi dire aux décideurs d’aller voir de près les enfants des rues. Car, parmi eux, beaucoup veulent aller à l’école pour apprendre, faire des activités manuelles, suivre de bonnes formations générales ou professionnelles. »

Le Centre NRJ en quelques mots
Dirigé par le père Ephrem Rakotonirina, spiritain, le Centre NRJ (Nouveau Relais des Jeunes) s’adresse, en priorité, aux enfants et aux adolescents qui vivent et dorment dans les rues de Tananarive à Madagascar. Il offre un lieu d’accueil avec des ateliers de formation professionnelle, de production et de vente (ouvrages métalliques, menuiserie, poterie), un gîte de nuit où une trentaine d’enfants trouvent un toit, une écoute, un repas et des sanitaires. Le Centre dispose également d’un internat d’une vingtaine de places.
Grâce au Centre, près de 200 enfants bénéficient d’un programme d’alphabétisation pour intégrer une école primaire ou acquérir les connaissances de base. De nombreux autres enfants et adolescents peuvent participer à des activités éducatives, manuelles, sportives et culturelles

Tous ensemble ! 
Fidèle à la mission d'Apprentis d'Auteuil, Apprentis d'Auteuil Océan Indien soutient quatre associations et congrégations locales - Centre NRJ, Manda, Hardi et Graines de bitume - qui viennent en aide aux enfants en situation de rue à Tananarive. Dans le respect de l'environnement, des traditions et des cultures des jeunes et des familles accompagnés. En partageant le savoir-faire et l'expertise de chacun dans un enrichissement mutuel.
Depuis 2016, le projet "Sandratra" (promouvoir la dignité, en malgache) reçoit le soutien de l'Agence française de développement (AFD) et de la Direction de la Coopération de Monaco. 

Ce 12 avril, Journée internationale des enfants en situation de rue, retrouvez, ici, l'interview d'André Altmeyer, directeur général adjoint d'Apprentis d'Auteuil. 

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.