Apprendre aux enfants à réagir au harcèlement à l’école

Apprendre aux enfants à réagir au harcèlement à l’école

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A l'occasion de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire ce 7 novembre, rencontre avec Emmanuelle Piquet, thérapeute et fondatrice d’un centre spécialisé contre la souffrance à l’école (1), qui propose une technique à enseigner aux enfants victimes de harcèlement.

Comment définissez-vous le mot harcèlement ?

Il s’agit "d’une escalade entre un enfant - ou un groupe d’enfants - et un autre enfant ". Avec une souffrance liée à une situation qui se répète et à laquelle l’enfant concerné ne sait pas comment mettre un terme. Un collégien sur dix se dit harcelé et plus de la moitié d'entre eux se taisent. Or, apprendre à se faire respecter est une compétence essentielle. N'importe quel enfant peut être touché par le harcèlement parce qu'il est vulnérable. Cela n'a rien à voir avec la couleur des cheveux, le poids ou le caractère... Dans nos centres, nous entraînons les jeunes à mieux se connaître et s'affirmer en répondant aux attaques en 3 étapes !

Lesquelles ?

On propose d'abord à l'enfant de résister en le persuadant que la situation peut changer. Ensuite, on l'invite à un changement de posture. Dernière étape, on développe sa répartie grâce à des mises en situation et des jeux de rôle. On ridiculise ainsi la posture du harceleur. Le taux d'arrêt est de 80 %. Nous formons également des professionnels de l'enfance

Comment accompagner son enfant harcelé ?

L’enfant en situation de harcèlement doit être soutenu et impliqué dans le règlement de la situation par ses parents. Il faut d’abord le mettre en confiance en lui assurant qu’on ne fera rien sans son accord (en prévenant l’école ou en allant trouver le harceleur par exemple). Sinon, il risque de ne plus vouloir parler. Puis on élabore avec lui une stratégie verbale. On ne fait jamais à sa place. C’est un très gros travail qui demande du temps et a parfois besoin d’être mené avec des professionnels.

Quelles sont les erreurs à éviter ?

Nous pouvons en tant que parents penser bien faire et nous tromper sur toute la ligne, en allant par exemple trouver des adultes ou le harceleur sans en avoir avant parlé à son enfant. Bref, en protégeant trop nos enfants (alors qu'on croit les aider...), on aggrave la situation. L’enfant harcelé exclu de la solution devient une victime et rien n'est réglé. Ce type d'attitude est en fait très dévalorisant pour l’enfant et au lieu de lui rendre service, accentue son insécurité et son manque de confiance en lui. Il faut faire confiance à nos jeunes et se persuader, si on a tendance à trop agir à leur place, qu'ils pourront, même en souffrance,  trouver les ressources nécessaires pour se défendre s'ils sont bien accompagnés.

Comment est née cette vocation ?

C’est une histoire installée en moi depuis onze ans. Formée comme thérapeute à l’école de Palo Alto, je recevais des enfants en consultation pour motifs de conflits dans la fratrie, énurésie, crises d’angoisse, etc. Je les écoutais, on discutait, et un jour j’ai eu l’idée de leur demander comment cela se passait pour eux dans la cour avec les autres. Tous me répondaient immanquablement "très mal" ! A partir de 9 ans et jusqu’au lycée, la popularité est la seule chose qui compte... Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour ces gamins en souffrance !

(1) Chagrin scolaire

A LIRE d'Emmanuelle Payet

Pour les parents et les professionnels de l'enfance :

  • "Le harcèlement scolaire en 100 questions", éd. Tallandier

Pour les enfants :

  • "Je me défends du harcèlement", éd Albin Michel Jeunesse

La question du harcèlement scolaire à Apprentis d’Auteuil

La question du harcèlement est au cœur des préoccupations des équipes éducatives. Si certains établissements mènent des actions spécifiques ciblées avec l’aide d’associations dédiées, la plupart intègrent cette question tout au long de l’année dans leur démarche éducative globale auprès des jeunes. C’est le cas de l’ensemble scolaire Saint-Gabriel de Bagneux (92). "C’est en travaillant en équipe et en co-éduquant que nous parvenons à traiter cette question, souligne Alexia Pellizzoni, responsable de vie scolaire au collège et au lycée. Nous guettons les signaux et recevons les élèves à la moindre suspicion. Toute la communauté éducative dialogue." Echo similaire chez Christiane Mattesini, qui occupe le même poste en primaire. "Pour débattre du harcèlement, nous mettons régulièrement en place avec nos élèves des ateliers de fabrication d’affiches ou des projections de films qui donnent lieu à des échanges et des explications", précise-t-elle. "Nous travaillons aussi beaucoup avec les enfants sur l’empathie pour désamorcer les situations. Pour moi, le lien harcèlement scolaire - climat scolaire est évident. Si le climat est bon, les tensions n'ont plus lieu d'être."

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.