Décrochage scolaire, des collèges en première ligne

Décrochage scolaire, des collèges en première ligne

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Pour remotiver les jeunes décrocheurs ou en risque de décrochage scolaire, Apprentis d'Auteuil renforce son offre de collèges sur mesure. Une nécessité, alors que la crise sanitaire a aggravé les difficultés scolaires des plus fragiles.

« J’étais dissipé, je répondais aux profs, j’avais des pics de colère, j’ai été exclu de mon collège. Et puis, je suis arrivé dans ce collège magnifique. » Un collégien fan de son collège, qui utilise spontanément des adjectifs aussi positifs, il faut l’entendre pour y croire ! Ilian, 15 ans, revient de loin. Avant d’être admis au collège Nouvelle Chance du Mans, cet adolescent multipliait les provocations, les sanctions. Ne s’investissait plus dans son travail scolaire. En un mot, décrochait.
Avec l’accord de ses parents, son établissement a constitué un dossier pour qu’il intègre le collège Nouvelle Chance, en lien avec l’inspection académique. 30 jeunes y sont scolarisés de façon temporaire, le temps de se remobiliser, et peuvent y arriver à trois moments clés de l’année : septembre, après les vacances de la Toussaint ou celles de Noël. 

Des dispositifs innovants

Chaque année en France, 98 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme (source : ministère de l'Éducation nationale). Confronté à ces difficultés depuis une quinzaine d’années, Apprentis d’Auteuil a suivi l’évolution de ce phénomène de société, réfléchit et expérimente. En créant tout d’abord des dispositifs innovants dédiés aux décrocheurs, qui se sont développés.
Le collège Nouvelle Chance, premier du genre, est né en 2014. D’autres collèges ont vu le jour pour tenter d’enrayer cette spirale infernale, qui impacte, et pour longtemps, l’avenir de ces adolescents. Les derniers en date se sont ouverts à la rentrée 2020 en proche banlieue de Rennes, à Cesson-Sévigné (35), et à Dieupentale (82), près de Montauban. Des « collèges des les réussites » d’Apprentis d’Auteuil répondant aux besoins multiples de ces élèves.

Comprendre les raisons du décrochage

Le premier, La Hublais, s’adresse aux jeunes « qui ne trouvent pas leur place dans le système scolaire ordinaire », selon les mots de son directeur, Gabin Brouard. Outre la prise en charge pédagogique et éducative, et un internat attenant, l’établissement s’est doté de deux outils majeurs pour lutter contre le décrochage : un sas pour sortir l’élève de sa classe, lui proposer une prise en charge individualisée par une équipe pluridisciplinaire (enseignant, éducateur, psychologue, responsable de vie scolaire, animateur pastoral), avec l’objectif de « comprendre les obstacles à sa progression », ajoute le directeur. Et des ateliers, en fin d’après-midi, qui allient pédagogie et éducation, en lien avec les enseignements en classe.


Le deuxième collège, Sainte-Claire, déjà dédié aux jeunes en risque de décrochage, est doté d’un dispositif renforcé. Grâce à des binômes éducateur-enseignant, le jeune décrocheur est pris en charge durant 3 semaines pour travailler son projet personnel, prendre du recul, découvrir des métiers grâce à l’association L’outil en mains. Le collège table aussi sur une section Jeunes sapeurs-pompiers, un atelier drones et une agora pour échanger et participer à la vie commune.

LE DÉCROCHAGE SCOLAIRE
Selon le ministère de l’Éducation nationale, le décrochage scolaire est le processus qui conduit des jeunes à quitter le système scolaire sans baccalauréat ni diplôme à finalité professionnelle du type CAP. Il se caractérise par un désintérêt progressif de l’élève pour l’école. Parmi les causes, des difficultés scolaires et/ou cognitives ou comportementales, l’environnement économique, social et/ou familial de l’élève, des problèmes d’orientation...
Pour lutter contre le décrochage scolaire, les collèges des réussites d’Apprentis d’Auteuil tablent sur un accompagnement individualisé et global du jeune, à la fois pédagogique et éducatif, la coconstruction de son parcours en lien avec sa famille, un contenu pédagogique adapté, qui respecte son rythme et ses besoins.

Des apprentissages reliés à la vie

Caractéristique de ces établissements, leur fonctionnement et leur pédagogie entièrement repensés pour ces adolescents en mal d’école. Au Mans, pas de classe, mais des groupes qui travaillent, comme au collège Sainte-Claire, autour de projets portés par des enseignants pluridisciplinaires et des intervenants extérieurs. Une rupture nécessaire pour que l’adolescent retrouve rapidement de l’intérêt pour les apprentissages.
« Notre objectif est que ces élèves réintègrent le plus vite possible leur collège ou trouvent une autre orientation, précise Chantal Delafosse, la directrice. Le versant éducatif est lui aussi primordial. Céline Roquet, professeur de mathématique et de physique chimie depuis les débuts du collège, il y a six ans, enchaîne : «  Notre mission va bien au-delà de l’enseignement. Nous faisons des sorties avec les jeunes, nous discutons, partageons les repas, nous essayons de raccrocher les wagons scolaires et éducatifs. Cela n’est facile, ni pour eux, ni pour nous. Mais quand je constate qu’ils sont retournés sur les rails, avec le sourire, c’est mon plus grand cadeau. »
Ces établissements atypiques misent sur la souplesse de leur organisation pédagogique, leur cadre éducatif, des thématiques concrètes et incarnées pour remotiver les élèves et faire le lien entre les savoirs et la vie de tous les jours. Exemples ? Au collège Nouvelle chance, français, histoire et géographie sont travaillés autour des lettres de poilus, l’idée étant de clore la séquence en écrivant sa propre lettre « à la manière de ». Physique et chimie s’incarnent dans la cuisine, en étudiant comment les blancs d’œufs montent en neige ou comment du sucre cuit devient du caramel.

Un regard positif sur chaque élève

Autres points forts, le respect du rythme de l’élève, et surtout, un regard positif et bienveillant sur chaque jeune. Benoît Content, directeur du collège Sainte-Claire, précise : « Nous pointons les forces plutôt que les faiblesses, mettons en avant ce que les élèves réussissent, et évaluons les compétences et les progrès sans notes chiffrées. Chaque jeune est accompagné au quotidien pour réussir au maximum de ses capacités avec des dispositifs individualisés. »

« Au collège La Hublais, enchaîne Gabin Brouard, notre philosophie est l’exigence bienveillante. On place un cadre pour rassurer les jeunes, les remettre dans une dynamique positive vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres. La bienveillance est essentielle, car ils ont besoin d’être écoutés, compris et de se voir proposer un accompagnement adapté. »

 

 

Un temps pour rebondir et avancer

Outre l’adhésion de l’élève, condition sine qua non, le lien avec les parents est essentiel. Le collège Nouvelle Chance les appelle toutes les semaines pour faire le point sur le jeune, et aborde aussi la question de l’orientation. « Ils sont souvent très démunis socialement et dans leur lien avec l’école », explique Chantal Delafosse. Au bout du parcours, l’espoir que chacun se remobilise et trouve sa voie.

Salhya, 14 ans, s’apprête à retourner au collège Nouvelle Chance : « Je suis contente et mes parents aussi, car j’apprends bien et je me comporte mieux. » Quant à Ilian, après une belle progression, il a fait sa rentrée en 3e dans un autre collège : « Nouvelle Chance m’a beaucoup aidé. Cette année, je sais que cela va être compliqué, mais que je suis capable de m’adapter. »

LE POINT DE VUE DE Rémi Casanova, professeur en Sciences de l’éducation et de la formation à l’université Lille 3
« La difficile et vaste question du décrochage scolaire, qui recouvre de multiples réalités,  invite la société toute entière à redevenir capable de valoriser l’idée éducative au sens large, et chacun d’entre nous à trouver sa juste place vis-à-vis de l’éducation.
L’institution qui s’interroge sur des dispositifs spécifiques à mettre en place pour accompagner ces élèves doit dès le départ penser « passerelle », c'est-à-dire, penser à l’après, au retour dans le système éducatif. Apprentis d’Auteuil est déjà une passerelle en soi, avec des collaborateurs portés par les valeurs de l’institution. Ce préalable posé, pour amener tous les enfants vers la réussite, il faut leur donner des responsabilités, inventer des activités adaptées, créer des espaces d’expression, etc. Et valoriser chaque jeune au sein de sa classe, en réfléchissant à la place de chacun dans le groupe. »

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.