Raccrocher les élèves à l'école, l'objectif du lycée agricole Daniel-Brottier de Bouaye
Pour prévenir le risque de décrochage scolaire, le lycée professionnel agricole (LPA) Daniel-Brottier de Bouaye a mis au point un dispositif pour les élèves présentant des troubles des apprentissages ou du comportement, un handicap ou des difficultés psychologiques. Individualisé, l’accompagnement est régulièrement évalué, en lien avec la famille, pour permettre à l’élève de progresser sûrement, à son rythme, et de retrouver le sens de l’école.
Le LPA Daniel-Brottier de Bouaye, situé à quelques encablures de Nantes, scolarise 150 élèves en 4e et 3e de l’enseignement agricole et en CAP élevage équin, horticulture ou jardinier paysagiste. Dans ce lycée pas comme les autres, un dispositif a été déployé pour les élèves les plus en difficulté. Baptisé Coréa pour Confiance Réussite Accompagnement, les trois mots emblématiques de la démarche, il peut accueillir jusqu’à 55 élèves par an, plus d’un tiers des effectifs.
Né en 2022, il a évolué et s’est affiné en fonction des différents profils d’élèves, des observations, des constats. « Il fallait proposer quelque chose pour ces jeunes qui ne tenaient pas en place. C’était urgent, souligne Jocelyne Ribière, la directrice. Nous avons des jeunes hyperactifs qui n’arrivent pas à tenir assis en classe plus de trois minutes, d’autres qui ne gèrent pas leurs émotions, certains chez qui l’école suscite un sentiment d’angoisse, de panique ou de rejet. »
Un dispositif conçu pour chaque élève
Aujourd’hui, Coréa est un dispositif à la carte qui nécessite au préalable une analyse fine des besoins de chacun. Les rendez-vous d’admission permettent de cerner le profil de l’élève. À la rentrée, un diagnostic plus fin est posé grâce à un temps d’observation. Au mois d’octobre, l’équipe propose aux jeunes (et à la famille) qui présentent des troubles de l’apprentissage ou du comportement, des difficultés psychiques, des phobies ou des signes de décrochage scolaire, de bénéficier d’un accompagnement adapté et individualisé. Le dispositif est évalué tous les trimestres et des entrées nouvelles peuvent être effectuées en cours d’année.
« Les problématiques de santé mentale sont très présentes, reconnaît la directrice. Beaucoup ont un parcours de vie difficile, certains souffrent de carences éducatives ou de violence intrafamiliale. Les jeunes se sentent isolés, ils grandissent plus vite que leur âge. L’accès aux réseaux sociaux sans garde-fou a aussi contribué à leur malaise. Au cours de nos trois années d’expérience, nous avons testé plein de choses. Les problématiques changent. Il faut s’adapter. »
Une journée dans la semaine d’un élève du dispositif Coréa, c’est un savant mélange de cours théoriques qu’il suit dans sa classe habituelle (maths, français, histoire géographie, etc.), de cours techniques suivant le CAP suivi pour les plus grands, de temps d’ateliers et d’activités. L’emploi du temps est aménagé en y incluant les ateliers selon ses besoins : bien-être, gestion des émotions, écoute psychologique, accompagnement scolaire avec travail sur les savoir-être et la capacité de concentration, bricolage, etc.
Renouer avec ses émotions
Ce matin, justement, Telsy et ses camarades de 4e s’affairent autour des cabanes à mouton qu’ils doivent améliorer, sous la houlette de leur enseignante, Nancy Gilard. « Je suis là depuis la rentrée, et ça va mieux, confie Telsy. Je montrais beaucoup trop mes émotions. Je peux exploser à tout moment. Ici, on nous apprend à identifier nos émotions et à les gérer. On nous écoute, tout le monde est traité de la même manière. Je suis multi dys et TDA (trouble déficit de l’attention, NDLR), alors c’est parfois compliqué pour moi. »
Maël, en 4e également, a intégré le dispositif en septembre. Son rêve : devenir agriculteur. En cours de maths, lui qui a des facilités et termine vite ses exercices, aime se défouler sur le vélo d’appartement placé en fond de classe et mis à la disposition des élèves. « Nous sommes plusieurs de mon ancien collège à être venus ici, explique-t-il. J’espère m’améliorer sur mon comportement : j’étais très émotif en classe comme sur la cour, et en colère rapidement. Ici, on fait de la méditation, on discute. Ça m’aide. Maintenant, quand je suis en colère, je m’écarte. À la maison, mes parents trouvent que je suis moins énervé aussi. »
En fin d’année, le dispositif est évalué pour chaque élève : rapport à l’école, confiance en soi, relations aux adultes et aux autres, ateliers. Des retours précieux qui permettent de mesurer le chemin accompli. « Pour la plupart, on voit que cela a porté ses fruits, confie Lou Roederer, la coordinatrice. J’ai en tête une jeune qui perdait systématiquement ses moyens en examen et a pu nous dire de son oral : « J’ai pu parler, je n’ai pas pleuré. » Ce sont des belles pépites de réussite. »
Le dispositif Coréa du lycée professionnel agricole Daniel-Brottier de Bouaye bénéficie de financements du fonds social européen.
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