Au lycée agricole Val de Drôme, l’agroéquipement met les jeunes en mouvement
À Montéléger, dans la Drôme, le lycée agricole Val de Drôme forme des jeunes aux métiers de l’agroéquipement. Entre conduite d’engins, mécanique et technologies embarquées, les élèves découvrent un secteur en pleine évolution et des débouchés variés, en prise directe avec le terrain.
Ce matin de printemps, au lycée agricole Val de Drôme, situé au bout de la commune de Montéléger, à une vingtaine de kilomètres au sud de Valence, le mistral souffle fort, bousculant les branches et faisant claquer les portes.
Moissonneuse-batteuses et tracteurs
Désignés par leur directeur, Arnaud Vauclin, quelques élèves font découvrir les lieux aux visiteurs de passage. Ici, on prépare les jeunes au bac pro agroéquipement, au sein d’un lycée agricole de 150 élèves.
Après les salles de cours et les ateliers, le parcours se termine sous un vaste hangar métallique ouvert sur les champs. Moissonneuse-batteuse, rouleau, presse à bottes et broyeur y sont soigneusement alignés, dans une odeur de gazole. Derrière ces engins de plusieurs tonnes, les élèves apprennent bien davantage que la simple conduite d’un tracteur.
« Je suis ravi d’étudier dans ce lycée à taille humaine, résume Nathan, 16 ans, en classe de seconde. On apprend à conduire, entretenir et nettoyer le matériel agricole. »
« On s’initie aussi à la conduite de chantiers et à la vente de matériel, complète Timéo, 16 ans également. Sans oublier les bases de la gestion d’une entreprise. C’est passionnant, on touche à plein de domaines. » En exploitations, en concessions ou en coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA), les stages confrontent vite les jeunes au terrain.
Au cœur de l’apprentissage
Salle d’atelier, le bruit des outils résonne dans le hangar. Quelques élèves de la classe de première bac pro s’affairent autour d’un tracteur. Clés à molette à la main, ils démontent une pièce mécanique sous l’œil attentif de leur enseignant, Alexis Pascal.
« Ce qui surprend le plus les jeunes lorsqu’ils démarrent leur bac pro agroéquipements, c’est qu’ils pensent tous savoir bien conduire, explique le professeur. Ils découvrent assez vite que les compétences les plus difficiles à acquérir tournent justement autour des règles et des procédures de sécurité à respecter sur le terrain. »
Parmi les évolutions de la formation, la place croissante des systèmes embarqués. « Aujourd’hui, l’électronique est partout dans les machines agricoles, poursuit Alexis Pascal. Les élèves doivent apprendre à comprendre des systèmes de plus en plus complexes, à la fois pour conduire et pour intervenir sur le matériel. »
Un bac pro ancré dans le territoire
Pour le directeur, Arnaud Vauclin, le bac pro s’appuie sur des réalités très concrètes. « Cette formation correspond parfaitement aux besoins du territoire. Les entreprises recherchent des profils capables d’intervenir sur des matériels de plus en plus sophistiqués et les stages débouchent souvent sur des embauches », précise-t-il.
Les métiers accessibles sont variés : conducteur de machines agricoles, mécanicien en coopérative, technicien en concession. Certains choisissent la vente de matériel agricole, où leur expertise technique est un vrai atout. D’autres s’installent comme agriculteurs, en s’appuyant sur les compétences acquises, notamment en gestion.
Des trajectoires en construction
Lynette, 16 ans, est la seule fille de la classe. Après avoir subi du harcèlement au collège, elle a intégré l’établissement dès la classe de 4e puis de 3e de l’enseignement agricole, avant de poursuivre en bac pro agroéquipement. Elle cherchait un autre cadre pour se reconstruire.
« J’ai découvert le lycée lors de ses portes ouvertes, témoigne la jeune fille. J’avais besoin de retrouver un cadre qui me corresponde. Même s’il a fallu trouver ma place dans un univers très masculin une fois au lycée, je me sens aujourd’hui parfaitement intégrée, et je pense avoir trouvé ma voie. La formation me plaît énormément. »
Lynette envisage de poursuivre son parcours avec un BTS technico-commercial, avant de se spécialiser dans la vente de matériel agricole. Gaétan Barnarie a un projet différent. Fils d’agriculteur, il souhaite reprendre l’exploitation familiale de céréales et de fourrage tout en exerçant le métier de chauffeur d’engins agricoles.
« Je ne suis pas le premier de la classe, mais j’aime vraiment le travail en atelier. L’internat et l’ambiance du lycée jouent aussi beaucoup dans mon parcours », conclut-il.
Reprendre confiance par le concret
L’intérêt du lycée Val de Drôme ne réside pas uniquement dans son bac pro. L’établissement forme aussi, pour moitié de ses effectifs, des collégiens en classes de 4e et de 3e de l’enseignement agricole, avec des effectifs réduits et un suivi renforcé pour éviter le décrochage. L’idée est d’aider chaque jeune à se remobiliser par le concret et à construire un projet professionnel cohérent.
« Ce qui fait la force de Val de Drôme, explique Frédérik Javelas, responsable de vie scolaire, c’est la façon dont il accompagne les adolescents en difficulté d’apprentissage. Chaque jeune bénéficie d’un suivi individualisé assuré conjointement par les enseignants et une équipe d’éducateurs. L’objectif est de permettre à chacun de se remobiliser par le concret et de construire un projet professionnel cohérent. »
L’enseignement des classes du collège repose largement sur les mises en situation et des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) portant sur des activités agricoles, des mini-stages ou des heures consacrées à l'accompagnement au projet de formation, en lien avec les métiers de l'agriculture. Ces séquences donnent du sens à leur scolarité. L’internat joue également un rôle central dans le dispositif, en offrant un cadre stable au quotidien. Pour beaucoup d’adolescents, il devient un lieu où ils retrouvent un rythme et des repères et l’envie d’aller au bout de leur formation.
Dans l’atelier, les clés continuent de tourner autour du tracteur. Dehors, le vent souffle toujours.
UNE POURSUITE D'ÉTUDES AU LYCÉE
Depuis trois ans, le lycée agricole Val de Drôme propose également un BTSA Génie des équipements agricoles (GDEA) en apprentissage. Cette formation de niveau bac +2 s’adresse aux jeunes souhaitant approfondir leurs compétences dans les agroéquipements tout en alternant périodes en entreprise et cours au sein de l’établissement.
Les apprentis se forment à la gestion et à la maintenance des matériels agricoles, mais aussi aux dimensions techniques, économiques et commerciales du secteur. À l’issue de leur formation, ils peuvent accéder à des postes de chef d’atelier, technicien en concession ou technico-commercial, ou poursuivre leurs études en licence professionnelle.
Avec ce BTSA, le lycée complète son offre de formation et permet aux jeunes de poursuivre leur parcours dans la filière agroéquipement sans quitter le territoire.
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