Un déconfinement progressif pour les établissements d'Apprentis d'Auteuil

Un déconfinement progressif pour les établissements d'Apprentis d'Auteuil

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A Apprentis d’Auteuil, les établissements du Nord-Ouest organisent progressivement le déconfinement, avec une grande vigilance dans le contexte de pandémie du Covid-19. Les explications d’Isabelle David-Lairé, directrice régionale.

Quel est le bilan du confinement dans le Nord-Ouest ?

Des contacts que j’ai eus avec les uns et les autres, on peut dire que cette première période s’est passée au mieux. Nous avons eu peu de malades. Le taux d’absentéisme élevé au début du confinement (dû à l’absence de mode de garde pour les enfants du personnel) a pu diminuer à 13 % environ.
En protection de l’enfance, toutes les activités se sont poursuivies. La continuité de l’accueil de la majorité des enfants et des jeunes a pu être assurée. Une belle solidarité s’est créée entre établissements, les équipes des Internats éducatifs et scolaires, dont les activités étaient suspendues, sont venues en renfort dans les Maisons d’enfants à caractère social. 

Pour les jeunes dont les parents ont pu bénéficier d’une extension des droits d’hébergement, ou pour les jeunes hébergés en autonomie, un suivi éducatif très régulier a été maintenu via des appels plusieurs fois par semaine. Lorsque cela a été nécessaire, les jeunes en difficulté dans leur famille ont été accueillis à nouveau en Maison d'enfants. Nous avons été attentifs aux mesures de prévention sanitaire. Les mineurs non accompagnés, nombreux dans notre région, ont pu se confiner dans leurs appartements grâce aux visites de leurs accompagnants. Les éducateurs intervenant au domicile des familles ont maintenu une grande proximité avec elles, via des communications téléphoniques régulières et WhatsApp… Des visites, quoique plus rares qu’habituellement ont été aussi maintenues, en respectant les gestes barrières. 

Comment les équipes ont-elles vécu ce confinement ? 

Cette période a été très dense pour tous, éducateurs comme jeunes. Je suis très consciente de la fatigue importante qu’elle a générée et d’autant plus touchée par cet engagement. Les équipes ont été très mobilisées, très actives et inventives dans les adaptations proposées sur les situations qui se tendaient. En retour, les jeunes ont adressé de très beaux témoignages de remerciements à leurs éducateurs. Les équipes ont éprouvé le bonheur de la solidarité entre elles.

Pendant cette période, nous avons aussi été sollicités pour accueillir au Bercail, à Chartres, davantage de femmes victimes de violences, un phénomène de recrudescence qui aura marqué ce confinement. 

Et en ce qui concerne la scolarité ? 

Les activités ont été maintenues à distance grâce là aussi à l’investissement des enseignants et des équipes de vie scolaire. Des permanences sur site ont parfois été organisées pour que les familles et les jeunes en manque d’outils informatiques puissent récupérer les cours, les devoirs. Cette fracture numérique a vite été un gros souci. Des tablettes ont pu être récupérées, via le mécénat et nos partenaires. Les équipes ont déployé des trésors pour maintenir le lien avec les jeunes et les familles. Les directeurs d’établissement ont justement observé que le maintien de ces liens est le fruit du travail accompli depuis la rentrée scolaire par tous : les liens ont été maintenus car ils étaient déjà forts auparavant. 

On note peu de décrochage, sauf dans une de nos structures dédiées aux grands décrocheurs. C’est pour nous un point d’attention. Au sein de nos dispositifs d’insertion, un travail remarquable d’accompagnement à distance a aussi été réalisé. Les jeunes étaient très demandeurs. En Loire-Atlantique, le Potager de Saint-Julien a continué, avec une organisation adaptée respectant les gestes barrières, à fournir ses délicieux légumes, il fallait continuer à produire et à récolter.  

Comment les jeunes accueillis ont-ils réagi globalement ?

Il a fallu un apprentissage en accéléré de cette nouvelle manière de vivre. Les jeunes ne comprenaient pas très bien les enjeux au départ. Nous avons eu des fugues. Mais ils ont assez vite compris l’importance de rester en sécurité. 

Pour les équipes, c’est l’accompagnement des jeunes « à problématiques multiples », ceux qui nécessitent des soins, qui a été le plus compliqué car les structures de soins n’étaient plus accessibles. Par ailleurs, certains jeunes ont particulièrement souffert de la suspension des visites des parents. Suivant les départements et les besoins, certains droits de visite ont été rétablis et organisés, pour pouvoir alléger cette souffrance.  

Comment s’organise le déconfinement ?

Aujourd’hui, il faut réapprendre à vivre ensemble, différemment, à sortir de chez soi, de sa Maison d’enfants, tout en continuant à respecter les gestes élémentaires de sécurité sanitaire. Nous avons préparé la transition en travaillant secteur d’activité par secteur d’activité. Nous allons continuer à protéger les jeunes tout en les laissant sortir, permettre à nouveau les visites de famille, accueillir d’autres jeunes, en lien avec les services de protection de l’enfance.
Nous ré accueillons progressivement les élèves dans les établissements scolaires. Le défi sera de parvenir à respecter les mesures de distanciation et les gestes barrières. Il y a beaucoup de lien à faire aussi avec les parents.

Notre projet qui valorise la relation prend vraiment tout son sens quand on observe la façon dont les équipes ont trouvé l’énergie pour adapter leurs pratiques sans rien lâcher dans l’accompagnement des jeunes. Chapeau ! Il est important dès maintenant de prendre le temps de parler de tout ce qui a été vécu, de poursuivre les bonnes pratiques, d’interpeller aussi nos partenaires sur ce qui a bien marché et qu’on souhaiterait conserver. 

Quelles sont les leçons à tirer de cette période ? 

 Cette pandémie et le confinement qui s’est imposé à nous ont boosté le recours au numérique. Nous devons capitaliser sur cette expérience qui a permis de lever des freins et des inquiétudes quant à son utilisation dans notre organisation et les apprentissages scolaires. Nous nous sommes aperçus que l’on peut rester en lien les uns avec les autres sans forcément se déplacer. Et que de nouvelles mesures d’accompagnement pouvaient être valorisées. Nous avons vu aussi que des modalités d’apprentissage à distance pouvaient être bénéfiques pour certains jeunes. 

Cette période a révélé des forces, plus encore que des faiblesses qui ont pu apparaître ponctuellement. Je note qu’elle a pu renforcer globalement la confiance des uns envers les autres. Elle n’a pas freiné la réflexion. Pendant cette période, des travaux suspendus ont repris progressivement : la rénovation à la Maison d’enfants Daniel-Brottier de Bouguenais, par exemple,  et le projet de déménagement en septembre du collège Saint-Michel près de Rennes.

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La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.