Crise sanitaire : quel impact sur les enfants ?

Crise sanitaire : quel impact sur les enfants ?

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Le professeur Bruno Falissard, pédopsychiatre et directeur d’un centre de recherche à l’INSERM, porte un regard critique sur les conséquences supposées de la crise sanitaire et du confinement sur les enfants.

Que dire des conséquences du confinement sur le bien-être psychique des enfants ? 

Je trouve qu’on en rajoute, à croire que tout le monde a vécu un drame intense. Il faut raison garder et trouver un juste milieu entre cette affirmation et une autre qui consisterait à dire qu’il ne s’est rien passé. Ce que je remarque, c’est que les jeunes ont globalement mieux vécu cette période du confinement que les moins jeunes. Nous avons vécu une rupture énorme dans nos modes de vies. Quand on est plus vieux, c’est plus difficile de l’accepter. Plus on avance en âge, plus on s’est construit un univers. Et plus on s’installe dans une routine de vie qu’il est difficile de briser. Les enfants ont une vie intérieure extrêmement riche. Ils peuvent jouer des heures avec trois legos et deux playmobils. Je l’ai vu avec mes patients en téléconsultation. La plupart sont hyperactifs. Mais quand on leur demande comment ils ont vécu le confinement, ils disent : « Ça va ! Ben oui, on a été enfermés, et alors ! »

Qu’avez-vous remarqué d’autre ?

Ce sont les parents qui ont le plus souffert de cette situation. En particulier, pour suivre l’école et les devoirs à la maison, tout conjuguer. Certains n’y comprenaient rien. Au bout de 20 ans, on ne sait plus comment résoudre une équation du second degré à une inconnue ! Et même le théorème de Pythagore, sans parler des règles basiques d’orthographe pour certains. Mais il y a aussi du bon dans ce confinement que nous avons traversé. Enfants et parents se sont redécouvert. Les gens attendent qu’on leur dise, ça va mal ! Il y a comme un appétit du drame. Mais il faut tout de même souligner que cela ne va pas si mal. En France, depuis un moment déjà, la consommation de tabac, cannabis ou alcool, un indicateur majeur de la santé mentale des jeunes, diminue. 

Cependant, dans ce tableau, il y a aussi des ombres…

Oui, il y a eu des situations dures, à l’évidence. Des enfants ont vécu l’anxiété de leurs parents durant le confinement. La violence intrafamiliale a augmenté. Des enfants ont été abusés, tapés. Certains, qui avaient déjà du mal à l’école, ont vu leurs difficultés scolaires augmenter. Beaucoup d’enfants vulnérables le sont encore plus. Les enfants dont les familles sont en grande difficulté, qui vivent dans des logements précaires, exigus, ont du mal à acheter de quoi se nourrir, ont particulièrement souffert. De même ceux dont les parents ont une tendance à être irritables, ou qui ont des addictions à l’alcool… Vous avez énormément de facteurs de vulnérabilité. L’épidémie a été un facteur supplémentaire. Elle a augmenté les inégalités

Que peut-on retenir ?

Malgré tout, de nombreux enfants vont sortir plus forts de cette crise sanitaire. Et des adultes aussi. J’en entends beaucoup qui me disent qu’ils en ont profité pour faire un point sur leur vie. Certains enfants disent : J’ai vu que je peux apprendre tout seul. Je compare souvent cette crise à la période du service militaire que les jeunes hommes de 20 ans vivaient. C’était stressant, voire traumatisant, certains avaient des idées suicidaires. C’était dur, mais on s’en souvient par la suite en prenant du recul et en relativisant. Cette période est stressante, et il faut souligner que le post-confinement ne l’est pas moins que le confinement. Le principal problème à gérer, c’est la distorsion entre ce qui se passe et la perception qu’on en a, et la difficulté à le verbaliser. 

Comment avancer ?

Sans en rajouter, ni manquer d’empathie, on peut remarquer tout ce qui s’est passé de positif pour pouvoir rebondir. Cette crise nous permet aussi de mieux nous connaître et de mieux connaître la société dans laquelle nous vivons. Les personnes en grandes difficultés ont elles aussi pu vivre quelque chose de constructif durant cette période du confinement. Ceux qui les accompagnent et qui sont sur le front peuvent les aider à discerner cet aspect positif pour pouvoir prendre du recul sur la situation. 

Bruno Falissard est auteur de Soigner la souffrance psychique des enfants, paru chez Odile Jacob 

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.