Crise sanitaire à Mayotte : un éducateur de rue témoigne

Crise sanitaire à Mayotte : un éducateur de rue témoigne

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Éducateur de rue à Mayotte, Chamsiddine Foulera partage son quotidien avec des jeunes et des familles marginalisés ou exclus. Dans le territoire ultra-marin le plus touché par la Covid-19, toujours confiné. Une vocation professionnelle.

En quoi consiste votre métier d'éducateur de rue ?

Depuis l’ouverture du Service de prévention spécialisée d’Apprentis d’Auteuil Mayotte à l’automne 2019, je vais au contact des jeunes et des familles marginalisés ou éloignés des dispositifs de droit commun, à Mamoudzou (chef-lieu de Mayotte) et dans les communes de Petite-Terre. Pour les aider et les accompagner dans tous les domaines, en particulier l’insertion socio-professionnelle, la lutte contre les addictions (alcool, drogue…) et la prévention santé.
Mais les priorités sont autres. Pour les jeunes : aller à l’école, sous-entendu : apprendre le français car beaucoup ne parlent que le shimahorais, le malgache ou le comorien. Pour les adultes sans-papiers : régulariser leur situation. Pour les familles : manger à leur faim.
Au début, les uns et les autres étaient totalement désorientés : ils ne savaient pas comment se situer par rapport aux autres habitants, aux institutions, à la société. En allant régulièrement à leur contact, en leur expliquant ce que nous pouvons leur apporter, ils ont osé partager leurs difficultés, leurs angoisses, quitter leur quartier pour venir à notre rencontre, trouver un réconfort, un accompagnement, un loisir (danse, théâtre, sortie…). En sachant qu’ils ne sont pas jugés, les jeunes et les familles viennent de plus en plus nombreux, via le bouche-à-oreille. Ils reprennent peu à peu confiance en eux, en nous, en l’autre. Ils s’ouvrent davantage à la vie et au monde.

Avec le confinement toujours maintenu à Mayotte, comment votre mission a-t-elle évolué ?

Au début, je restais en lien avec les jeunes et les familles, par téléphone, pour prendre de leurs nouvelles. Et leur rappeler les consignes sanitaires et les gestes barrières. Beaucoup me répondaient : « On entend ce que vous nous dites ! Mais comment voulez-vous que nous restions à la maison, les bras croisés ? Nous devons trouver de quoi nourrir nos enfants ! »
 Du jour au lendemain, on a demandé à des familles qui, pour la plupart, vivaient de l’économie informelle, de rester chez elles. Elles vendaient des gâteaux et des jus de fruits, par-ci, par-là, le long des routes ou aux abords des établissements scolaires, pour gagner quelques euros et acheter un petit kilo de riz ou de bananes plantains. Subitement, elles se sont retrouvées sans moyen de subsistance, dans le département le plus pauvre de France.
Beaucoup vivent dans les « bangas », les bidonvilles de tôle, de bois et de terre, sans eau courante ni électricité, avec des dizaines de personnes sous le même toit ou sous un soleil de plomb ! Sans oublier la menace de l’épidémie de dengue. Dans ces conditions, le confinement et les gestes barrières sont, aujourd’hui encore, difficiles voire impossibles à faire respecter. Depuis trois semaines, avec d’autres associations de quartier mandatées par la préfecture, nous distribuons des bons alimentaires pour les familles les plus démunies. Elles peuvent ainsi acheter de quoi se nourrir dans les magasins.

Avez-vous un message à transmettre aux jeunes et aux familles de Mayotte ?

En premier lieu, je voudrais les remercier. Les remercier d’être, même en cette période de grandes difficultés et de grosses angoisses, très solidaires. Beaucoup de jeunes et de familles qui vivent dans une extrême pauvreté, n’hésitent pas à m’appeler pour me dire : « J’ai un(e) ami(e) qui n’a rien à manger ! ». Ils m’aident ainsi à repérer les familles dans un besoin vital. Nous devons tous garder espoir. Car, comme on dit en mahorais : « Wassi Apprentis d’Auteuil Mayotte rahachiri n’a wagnou malagoni ! » Apprentis d’Auteuil est de toutes ses forces et de tout cœur avec vous ! 

Apprentis d’Auteuil à Mayotte

Présente à Mayotte depuis 2008 avec la reprise du Centre de formation continue AGEPAC, Apprentis d’Auteuil Mayotte est une association affiliée à Apprentis d’Auteuil. Sa vocation ? Venir en aide aux jeunes et aux familles qui, à un moment de leur vie, ont besoin d’une main tendue, d’une formation ou d’un soutien. Le Service de prévention spécialisée accompagne ainsi les jeunes et les familles en souffrance, marginalisés ou exclus, dans leur insertion sociale et professionnelle.

Pour en savoir plus sur Apprentis d’Auteuil Mayotte durant cette pandémie, cliquez ici 

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La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.