Emotions des bébés : l'accompagnement attentif des crèches

Emotions des bébés : l'accompagnement attentif des crèches

Partager ce contenu sur :

Depuis dix ans, Apprentis d'Auteuil accueille des tout-petits dans ses crèches et ses multi-accueils. Un accompagnement essentiel pour leur permettre de grandir dans les meilleures conditions possibles, à un âge clé de leur développement. Avec une place particulière faite aux émotions du bébé et du petit enfant.

 

En ce début d’après-midi, les « moyens » de la crèche L’Envol, à Pierrefitte (93), âgés de 2 ans environ, se réveillent de leur sieste et vont s’asseoir dans la pièce commune pour prendre leur goûter. Chacun enfile facilement son bavoir grâce à un lien élastiqué. Après avoir débarrassé ses petits bols de compote et de céréales sur la desserte, Djenna prend posément le gant de toilette humide dans la boîte que lui tend Samia, l’animatrice petite enfance, et va se débarbouiller toute seule devant le grand miroir. Calmes et posés, les enfants sont visiblement heureux de prendre en main leur goûter et leur toilette. Le besoin des enfants de faire par eux-mêmes, dès le plus jeune âge, est respecté et encouragé.
« Dès qu’ils ont la possibilité de faire tout seul, ils sont ravis, commente Samia. Les parents sont souvent surpris : il ou elle commence à débarrasser à la maison, veut manger à la cuillère !  » Pendant ce temps, Lucille Allouïs, la directrice, s’occupe d’un plus petit en phase d’adaptation, qui pleure par intermittence. Placé dans un porte-bébé sur son dos, rassuré par cette présence chaleureuse, l’enfant ne tarde pas à se calmer et à s’endormir. 

Auteuil Petite Enfance

• Filiale d’Apprentis d’Auteuil, dédiée aux tout-petits de 2 mois ½ à 6 ans

• Objectifs : réduction des inégalités sociales, prévention

• 16 crèches, micro-crèches ou multi-accueils (accueil possible à la journée ou la demi-journée)

• Environ 400 places 

• Implantation dans des quartiers prioritaires ou mixtes de villes

• 70% d’enfants issus de familles bénéficiant des minima sociaux

• Crèches à vocation d’insertion professionnelle (AVIP) avec accompagnement des parents vers la formation ou l’emploi

Au cœur du sentiment de soi

Être à l’écoute des besoins et des émotions des enfants, les aider à grandir harmonieusement, tels sont les objectifs d’Auteuil Petite Enfance (APE), filiale d’Apprentis d’Auteuil dédiée aux tout-petits. « Nos crèches pratiquent la bienveillance et l’éveil, en veillant en particulier au développement du langage, précisent Valérie Moulinier et Charlotte Maunoir, directrices d’APE. Apprentis d’Auteuil a pour conviction qu’il est nécessaire d’agir au plus tôt auprès des jeunes et des familles. À l’âge préscolaire, la garde en collectivité permet un développement émotionnel, relationnel et comportemental de qualité. D’autant plus pour des familles au capital social et culturel plus faible, qui y trouvent l'appui nécessaire pour offrir ces atouts à leurs enfants. » 

Au cœur du travail des professionnels, l’attention aux émotions des enfants. « Ce sont les premiers moyens d’expression du tout-petit. Elles sont au cœur du sentiment de soi. Elles donnent à chacun la conscience « d’être », souligne Laetitia Ambata, directrice de la crèche Arc-en-Ciel à Vaulx-en-Velin (69). C’est pourquoi elles sont si utiles : il est essentiel pour le petit enfant de pouvoir les exprimer, car son existence est pleine de frustrations, de questions, de peurs, de colères… Pleurer, crier, trembler sont des remèdes aux inévitables tensions de la vie. Tous les bébés ont besoin de pleurer, aussi bien accompagnés soient-ils. L’émotion permet de se récupérer. »

Identifier ses émotions

Frustration, pleurs, moments de joie et de plaisir, tensions nées des interactions entre les enfants, toute la palette des émotions rythme le quotidien des crèches. Le travail des professionnelles, formées à l’observation et au développement de l’enfant, est de les accueillir, qu’elles s’expriment par le langage verbal ou non-verbal, et de les expliquer.
« Par le rire et par les pleurs, l’enfant verbalise ! souligne Adeline Ducognon, éducatrice de jeunes enfants à la crèche Arc-en-ciel. Il est donc très important pour les professionnels qui le suivent, lui et ses petits camarades, d’apprendre à les reconnaître pour répondre à ses besoins. » Cela passe par les échanges individuels au moment du change, des repas, des soins, mais aussi lors des activités en groupe, lors des lectures, des chansons, des jeux... Ou encore, les moments libres où les enfants s’inventent des jeux, découvrent le plaisir de jouer à plusieurs. 

À L’Envol, justement, c’est le moment de s’aérer. Après avoir enfilé anoraks et bonnets, les petits filent dans le jardinet attenant à la crèche. Léa, un an, petite puce déjà très véloce sur ses deux jambes, tombe et se met à pleurer. Lucille Allouis la prend dans ses bras et lui dit calmement : « Tu es tombée, tu as eu peur ? »  L’enfant se console immédiatement. 

« Nous verbalisons beaucoup, mettons des mots là où les enfants ne peuvent pas encore en mettre. Nous parlons sans stress, sans dramatiser, souligne la directrice. Il est vrai que dans ce contexte de crise sanitaire, le masque a un peu compliqué les échanges et la communication… Les plus petits ont tendance à tirer dessus pour voir notre visage. Mais tous ont une grande capacité d’adaptation. »

Le langage, élément clé du développement

À Toulouse, la crèche Le Phare a créé un cadre calme et chaleureux, propice à l’épanouissement. « Les enfants, surtout les tout-petits, sont très perméables à leur environnement, d’autant plus lorsque celui-ci est nouveau, expliquent Agnès Chatelard, la directrice adjointe, et Mathilde Perroud, éducatrice de jeunes enfants. Nous avons aménagé l’espace pour limiter le bruit, la promiscuité, et favoriser les petits groupes. »
Autre élément clé, le langage. En crèche, l’enfant apprend à décoder ses émotions, mais aussi celles des enfants qui l’entourent. Un véritable apprentissage de la vie, hors du cadre familial, dans une micro-société avec ses codes et ses rituels. « Nous incitons les enfants à verbaliser, à dire « non » ou « stop » en cas de conflit, poursuit Agnès Chatelard. Cela leur permet de mettre des mots sur des émotions plutôt que de pousser ou de mordre pour exprimer leur désaccord. Nous utilisons pour cela des livres, des jeux qui mettent en scène des petits personnages pour rejouer ces situations. » La bienveillance reste le maître mot pour toutes les professionnelles, investies dans leur mission. 

Laetitia Ambata conclut : « Face aux pleurs d’un petit, on ne le laisse pas pleurer. On l’accompagne par la voix, le geste. On multiplie les temps de câlins. On veille à assurer des temps individuels. Que chacun se sente accueilli en tant qu’être humain. Ces cheminements des enfants avec leurs émotions ne sont pas instantanés. Ils prennent du temps. » 

LE POINT DE VUE DE BORIS CYRULNIK, neuropsychiatre, président de la Commission des 1 000 premiers jours de l'enfant 

"Nous devons agir pour que les 1 000 premiers jours de l'enfant soient les plus constructifs et structurants possible. Car si l'enfant ne connaît ni stabilité ni richesse affective, du quatrième mois de grossesse (plus largement, du début de la relation de ses parents) à ses 24 mois, il est probable que son développement physique, intellectuel et affectif ne soit pas optimal. Nous pouvons agri en permettant, notamment, à une mère seule, victime de violence conjugale, en précarité économique, d'être disponible pour son enfant. Dès l'instant où une mère se sent rassurée par son conjoint, son entourage, des professionnels de la petite enfance, elle prend plaisir à vivre avec son enfant et lui donne la confiance en soi indispensable à la socialisation et à l'exploration du monde."

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.