Société
22 janvier 2019

Samuel Grzybowski, fondateur de Coexister : "Nous avons plus que jamais besoin d’apprendre à vivre ensemble !"

Samuel Grzybowski, entrepreneur social de 26 ans, est fondateur de Coexister, ce mouvement d’éducation populaire promouvant le dialogue interreligieux. Dans son dernier livre, il raconte son itinéraire à la recherche et au service de la fraternité. Interview.

Pourquoi un tel livre ?

Samuel Grzybowski, fondateur de Coexister.
Samuel Grzybowski, fondateur de Coexister.
Photo : Coexister

Les mots me sont venus presque à mon insu l’an dernier, pendant mes dix mois d’arrêt maladie à la suite d’un burnout pour hyperactivité. J’ai fini par tomber un beau jour dans la rue, un malaise vagal dû à une fatigue extrême.
Avec ce livre, j'ai voulu raconter ce que je vivais au sein de Coexister, en écho et en solidarité avec tous les garçons et les filles de toutes confessions que j'ai rencontrés. Mais pas uniquement.

J’ai voulu aussi dire mon histoire plus personnelle, mon enfance dans une école multiculturelle, mes années collège, mes trois frères, ma première tribu, la séparation de mes parents, la musique (piano) que je pratique depuis des années et qui m'accompagne chaque jour et me fait tant vibrer. Comme mon goût pour le rap français, son énergie et sa puissance,

Mais aussi ma foi en l’Evangile, mon amour pour Taizé et ma conversion, mes années de scoutisme et bien sûr cette année de césure qui m’a permis d’éclairer mon chemin…

Comme un message de confiance et d’espoir. J’étais bien placé avec les galères qui m’étaient arrivées. Des blessures plus intérieures me sont revenues en mémoire, mon hypermnésie (qui fait me souvenir du plus petit détail) avec l’hyper activité cérébrale constante qu’elle entraîne…

Même si c’est parfois difficile, voire vu comme utopique ou planant, il est possible de vivre la fraternité

Une conviction qui vous rapproche des jeunes que vous côtoyez ?

Oui, dans ce livre, j’ai aussi voulu parler d’engagement, de jeunesse, d’ouverture à l’autre. Aujourd’hui, croyants ou non, nous avons plus que jamais besoin d’apprendre à vivre ensemble. Sans se prendre la tête et si nous en avons envie. La fraternité n’est pas facile à vivre, mais elle est possible. Oui, cette fraternité que des milliers de jeunes en France font vivre au quotidien, il est possible de la construire et de la re-construire. Et si on veut la vivre, il faut s’en donner les moyens. Et l’apprendre. Pour l’atteindre, comme un point d’équilibre…

Vous avez tout arrêté pendant dix mois. Quelle leçon en avez-vous tirée ?

Même si j’ai eu le choix et la chance de pouvoir le faire, je pense que dans sa vie, professionnelle ou non, qu’on soit croyant ou pas, des respirations régulières et fréquentes permettent de faire taire notre bruit intérieur qui s’apaise, de se reconnecter à l’essentiel, de toucher quelque chose de l’infini pour éviter d’exploser. Pour pouvoir ensuite se recentrer sur l'autre.
Pour moi, une longue pause a été nécessaire. J’en ai profité pour voyager et prendre du temps avec des personnes que j’aimais et qui m’ont aidé à grandir. Tout ceci m’a permis de redécouvrir la gratitude et de me recentrer sur l’autre. Mon frère. Et aller cahin-caha, en me remettant en cause parfois, à sa rencontre. Une aventure qui me fascine ! Parce que l’autre, mon frère, semblable et différent, comme moi, m’enrichit et me fait vivre…
Si chacun d'entre nous prend le temps de s’interroger sur le sens qu’il donne à sa vie, son travail ou ses talents et les met au service de la relation, alors la fraternité ne sera plus seulement un mot sur le fronton de nos mairies, mais une réalité pour chacun d’entre nous.
 

À  lire : Fraternité radicale, de Samuel Grzybowski, Éd. Les Arènes

COEXISTER
un mouvement interconvictionnel de jeunesse et d’éducation populaire

  • Jour après jour, Coexister permet de faire l'expérience qu'il est possible à des hommes et des femmes de convictions religieuses et philosophiques différentes de vivre ensemble et d'agir pour rendre le monde meilleur. 
  • Dirigée exclusivement par des 15-35 ans, elle rassemble aujourd’hui 13 000 jeunes dans 50 villes de France, avec 15 salariés, 400 bénévoles et 70 volontaires du service civique.
  • Ses membres rencontrent chaque année plus de 25 000 scolaires, mènent des actions solidaires communes ou organisent ateliers de sensibilisation, projets et événements pour déconstruire les préjugés, créer du lien et promouvoir de nouvelles formes de vivre ensemble.
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