La vie intérieure, c’est… cultiver l’espérance
Approfondir sa vie intérieure, c’est garder l’espérance au milieu de l’incertitude. Une énergie intérieure qui traverse la peur, éclaire la nuit et rappelle que la vie a toujours le dernier mot. Même lorsque tout vacille, un élan demeure.
Le témoignage de Maria, mère de famille, La Halte des parents, Maison des familles de Marseille (13)
« Je suis originaire du Cap-Vert et je fréquente la Maison des familles de Marseille, dans le 4e arrondissement, depuis presque dix ans. J’ai même été hébergée à la résidence sociale à côté, lors de ma séparation. Je vis à Marseille depuis vingt ans. J’ai rencontré mon ex-mari lors d’un voyage entre la France et le Portugal où je rendais visite à des parents. Je suis tombée amoureuse, je suis restée, et nous nous sommes mariés. J’ai ensuite donné naissance à deux garçons.
La plus grande épreuve de ma vie a été la perte d'un de mes fils. J’étais seule, loin de chez moi. Malgré la douleur, je n’ai jamais haï Dieu. J’ai tout remis entre les mains de Marie, elle aussi mère éprouvée. Ma foi m’a portée, une force intérieure que je ne peux expliquer. L’espérance me tient debout dans chaque épreuve. Quand la vie me met à genoux, je prie et Dieu me redonne toujours confiance.
Même récemment, face à de grosses difficultés avec mon adolescent. Le soir où j’ai appris ce qu’il avait fait, j’étais désespérée. Le lendemain, après une nuit de prière, j’avais repris confiance. Dieu est un Dieu d’espérance. Depuis, je prie tous le soirs avec mon fils. J’aide aussi les autres sans attendre, je crois que le Seigneur m’a mise sur terre pour cela. Aujourd’hui, je suis debout. Je remercie Dieu, je me remercie moi-même et même si, parfois, je suis à terre, j’espère envers et contre tout. »
Le regard du père Marc Whelan, délégué de la Tutelle et à la Pastorale d’Apprentis d’Auteuil
« L’espérance ne va pas de soi. Comme un jardin, elle doit être cultivée et travaillée pour porter des fruits dans notre vie. Souvent, ce sont les défis et les difficultés qui affinent notre compréhension de ce qu’est l’espérance. Car l’espérance n’est pas un optimisme naïf qui ignorerait la réalité telle qu’elle est.
Dans son témoignage émouvant, Marie raconte une vie marquée par l’adversité et le malheur. Elle a connu la perte de son fils cadet, une douleur immense qui demeure à jamais inscrite dans le cœur d’une mère. Comme toutes les mamans, elle porte également le souci d’accompagner son autre fils, en espérant qu’il ne s’égare pas en chemin. C’est donc très naturellement qu’elle se tourne vers Marie, la mère de Jésus, pour lui confier ses inquiétudes. Elle reconnaît en elle une mère éprouvée, qui a elle aussi vu mourir son fils.
L’Évangile de Luc nous dit que Marie « gardait dans son cœur » les événements douloureux de sa vie. Elle cultivait ce jardin intérieur qui donne la force et le courage « d’espérer envers et contre tout ». Marie vit cette espérance, parce qu’elle fait confiance à Dieu. Elle croit. Et elle ne fait pas que croire : elle aime. Elle aime son fils, elle aime la vie.
Au moment où j’écris ces lignes, le Moyen-Orient s’embrase à nouveau dans un conflit. Je suis consterné par tant de violence et de déchirements. On ne peut que pleurer devant l’ampleur de ces conflits qui ravagent le monde. Mais nos larmes peuvent aussi nous pousser à ne pas cesser de travailler pour la paix.
Les Maisons des familles, dont parle Marie, sont des lieux d’accueil et de rencontre, de véritables oasis de paix dans des quartiers souvent fragilisés. Ce sont ces rencontres, où des mamans et, parfois, des papas aussi, s’écoutent mutuellement dans le respect, la reconnaissance de leurs limites et de leurs craintes, qui font naître l’espérance. C’est très modeste, sans doute, mais l’espérance naît aussi de l’attention portée à ces petites choses qui pourraient nous échapper et qui, pourtant, sont les signes discrets d’une vie nouvelle. »
« Sans doute se répétaient-ils l’un à l’autre, ces moines gardiens de l’espérance du monde, la question inquiète qu’on posait au prophète Isaïe : « Veilleur, où en est la nuit ? ».
Conscients d’être des sentinelles, ils pouvaient regarder la nuit sans effroi, parce qu’ils avaient au fond d’eux-mêmes assez de lumière pour ne pas douter de l’existence du matin. Sans le savoir, souvent, notre monde nous pose la même question. « Veilleur, où en est la nuit ? ».
Il nous interroge sur notre espérance, et il n’attend pas de nous des discours lénifiants, des théories rassurantes qui prouveront que tout ira mieux demain ; le monde attend de nous que nous vivions dans l’espérance, c’est-à-dire que nous vivions pour l’éternité, que nous vivions pour ce qui compte vraiment et ne passera jamais. »
FRÈRE ADRIEN CANDIARD
Dominicain et théologien français, membre du couvent du Caire, il est connu pour ses conférences et ses livres de spiritualité accessibles sur la foi, la liberté et l’espérance. Il intervient aussi souvent auprès d’un large public, croyant ou non, pour aider à penser le christianisme aujourd’hui.
Le texte est extrait de « Veilleur, où en est la nuit. Petit traité de l’espérance à l’usage des contemporains », paru aux Éditions du Cerf.
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