Didier Pleux, psychothérapeute : "Éduquons l'enfant au principe de réalité"

Didier Pleux, psychothérapeute : "Éduquons l'enfant au principe de réalité"

Partager ce contenu sur :

La question de la tolérance aux frustrations au cours de l'enfance est au cœur du dernier livre de Didier Pleux, "Le Complexe de Thétis". Pour le psychothérapeute, trouver un équilibre de vie entre ses désirs et la réalité permet de faire face aux aléas de l’existence.

Pourquoi ce titre, Le Complexe de Thétis ?

Dans la mythologie grecque, la déesse Thétis baigne son fils Achille dans l’eau du Styx pour le rendre invulnérable, mais elle oublie son talon, et c’est par là qu’il devient vulnérable aux aléas de la réalité. Le refus du principe de réalité me paraît une problématique très actuelle. Les gens sont connectés au réel, mais veulent vivre dans un monde quasiment virtuel de plaisir, poussés par une société de consommation très individualiste.

C’est normal que nos objectifs de vie aillent vers le plaisir, mais si on ne les équilibre pas avec des défis, des contraintes, des stratégies qui incluent l’effort, on va dans le mur car la réalité ne vous donne pas tout, tout de suite. Je vois dans mon cabinet des jeunes très vulnérables à la moindre anicroche - chagrin d’amour, difficultés d’apprentissage, relations sociales… Quant aux adultes, beaucoup dépriment, angoissent, sont en colère parce que cette "sacrée réalité" ne correspond pas à ce qu’ils veulent.

En quoi les frustrations sont-elles nécessaires ?

Si trop de frustrations cassent la personnalité comme on l’a vu dans le passé, leur absence donne une hypertrophie de l’ego. Il faut un équilibre, en éducation comme dans la vie de tous les jours. Le déplaisant, le difficile rend l’être humain beaucoup plus résilient. Nous le voyons en consultation, les gens les plus solides sont ceux qui (malheureusement) ont souvent vécu l’adversité.

Attention, la frustration dont je parle et que j’appelle "l’autorité en amont" n’a rien à voir avec un rejet, une maltraitance, une agressivité parentale. On peut très bien éduquer dans la joie, dans la créativité, mais aussi dans le "difficile". Élever un enfant, c’est ne pas faire de fausses paix avec les écrans et la consommation. C’est être un parent "conflictuel", quelqu’un qui transmet, qui interdit ou sanctionne, mais aussi qui partage, écoute et joue avec son enfant.

Qu’entendez-vous par cette expression, autorité en amont ?

L’autorité en amont, c’est vérifier que l’enfant n’est pas le centre du monde. C’est lui demander de tenir compte de toutes les réalités, pas seulement de la sienne, de faire parfois des choses dont il n’a pas envie, de partager avec les autres. C’est le stimuler, mais pas le "sur stimuler", au risque qu’il perde toute forme d’intérêt. C’est ne pas entrer dans une "sur communication" qui donne des enfants "gavés", incapables de créativité.

Vous distinguez la carence éducative de la carence affective ?

Si un enfant n’est pas aimé et reconnu, il aura un vide terrible qu’il tentera de combler toute sa vie. La carence affective est réelle ! Mais s’il n’est pas guidé dans un cadre qui donne des limites et des perspectives, cela relève de la carence éducative. La plupart des enfants et jeunes adultes que je reçois en consultation ont eu leur compte en affection. Par contre, ils disent : « J’étais libre de faire ce que je voulais », « Ça marchait à l’envie »… Leurs difficultés actuelles sont souvent liées à un manque d’éducation plus qu’à un manque d’amour.

Vous distinguez également l’acceptation de soi de l’estime de soi ?

Les gens ont souvent une bonne estime d’eux-mêmes quand ils sont reconnus. Mais alors s’ils sont en échec, ils ne vaudraient plus rien ? Cela me paraît dangereux ! Je travaille beaucoup ce sujet avec les adultes en les invitant à constater la réalité, afin d’agir sur elle et sur eux-mêmes. L’acceptation de soi, c’est savoir qu’on est un être humain avec des failles et des talents. Tant mieux quand on réussit, mais l’échec fait partie du lot. C’est une position philosophique.

Le Complexe de Thétis
Se faire plaisir, apprendre à vivre
Didier Pleux
Éd. Odile Jacob

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.