Salon du livre jeunesse 2019, carte blanche à Claude Ponti

Salon du livre jeunesse 2019, carte blanche à Claude Ponti

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On reconnaît ses albums d'un seul coup d’œil, ses trouvailles lexicales, ses poussins malicieux, ses créatures sorties de nulle part... Rencontre avec le grand Claude Ponti, illustrateur et inventeur de mots, à l'occasion du Salon du livre jeunesse 2019.

Claude Ponti, comment naissent vos livres ?

Je publie en général un album par an. Avec des formats qui changent : grands ou petits, larges ou étroits. Mes histoires sont comme des contes, nourries des thématiques qui m’habitent, de mes ressentis du moment, de mes interrogations… Un univers foisonnant de monstres et d’animaux bizarres, avec des personnages cachés ou délirants. Des mondes qui n’existent pas forcément dans la vraie vie, mais qu’importe. C’est une description du réel à ma manière… Quand je démarre un nouvel album, je laisse venir. J’accepte que des mondes et des personnages sortent de ma tête. L’idée germe, elle se développe, et étonnamment, l’histoire se construit. Je monte ensuite un chemin de fer, en découpant des petits rectangles de dessin que je remets dans l’ordre. Et c’est seulement à cette étape que j’écris le texte définitif sous les images. Un autre exercice passionnant mais difficile, vu le peu de place restant sur la page… Mes petits lecteurs m’accompagnent en pensée tout au long du processus.

Vous semblez bien vous amuser ?

C’est certain ! Je m’amuse et je ris souvent seul dans mon coin. Et plus le sujet est grave, plus je ris…  Sans doute la manière que j’ai trouvée de ne pas me laisser faire. Quand on est un peu différent, on a tendance à faire des blagues douces amères pour compenser. Comme un mode de survie…
Quant aux mots, étant par nature un peu dyslexique, j’ai toujours entendu de travers. Du coup, des jeux de mots, j’en fais à longueur de temps… et sans le faire exprès ! J’adore ces subtilités de langue. J’imagine aussi des nouveaux mots en m’inspirant de ceux mal prononcés ou inventés par les enfants, d’autant plus quand je les vois s’impliquer lorsqu’ils lisent mes albums à haute voix. Même si des choses leur échappent, ils se régalent, tout comme moi !

Qu'est-ce qui vous anime dans votre métier ?

Lorsque j’écris ou que je dessine, je vois en permanence des enfants en train de se construire. La vie est parfois bien compliquée et ils le savent bien. C’est pour cela qu’en les embarquant dans mes épopées - même si les aventures de mes albums se terminent généralement bien - j’aime qu’ils se confrontent aussi aux difficultés de la vie, au deuil, à la peur, à la perte, avec d’affreux monstres qui surgissent en chemin ou des grandes personnes pas vraiment dignes de confiance. Sans doute à cause de mon histoire, je refuse de leur cacher la réalité parfois cruelle de la vie. Non pas pour les traumatiser, mais pour leur montrer qu’ils peuvent s'en sortir eux aussi. Bref, je crois qu’avec mes albums, je les aide à grandir. Mais ils me le rendent bien. Certains m’ont même dit que je leur avais sauvé la vie…

Vous êtes né un crayon à la main ?

Pas tout à fait mais presque… J’ai commencé très tôt dans ma vie à dessiner des poussins. Et de la main gauche. Un don des fées à ma naissance, qui m’a littéralement sauvé. Cadet d’une fratrie de trois garçons, j’ai eu une enfance difficile. À 3 ans, mon père et ma mère m’ont mis en pension chez une tante qui avait fait une fausse couche : j’étais l’enfant de remplacement. Et quand je suis rentré chez mes parents 18 mois plus tard, j’avais un nouveau petit frère et je n’ai pas reconnu le grand. Puis, vers l'âge de  6-7 ans, j’ai été violé par mon grand-père jusqu'à mon entrée en sixième. J’ai ensuite tout oublié - ma méthode de survie - jusqu’à l'âge de 20 ans et je n’ai pas pu parler de ces événements pendant des années. Ce qui est pénible, c'est la famille qui ne vous croit pas. Ma mère en tête, c'était son père... Même si la blessure demeure, je vais mieux et j’en parle ouvertement. Avec le temps, on surmonte quand même les choses...

Notamment grâce au dessin ?

Oui, c’est un fait, je dessinais tout le temps. Ma soupape. Après des années de petite enfance à Lunéville, 25 000 habitants, ma famille a déménagé dans les Vosges, à la campagne. J’avais 8-10 ans. Un autre paradis ! Dans le village où j’habitais, il y avait deux fermiers, leurs vaches et leurs chevaux… Je passais beaucoup de temps dans la nature, les champs, les bois, ou encore en haut des arbres. C’est magique, un arbre ! Rien de tel pour lire seul, tranquille et dans son coin. Contemplatif, j’observais tout. La nature est si belle. Et quand on la fréquente, on a des rapports directs à plein de choses tellement étranges…
Mes années de maternelle dans une école expérimentale mixte, avec une maîtresse formée aux méthodes de Germaine Tortel, une pédagogue géniale, ont été d’autres très beaux moments. Nous étions quinze dans la classe. On nous laissait peindre et dessiner avec les mains sur de grands rouleaux de papier accrochés aux murs. Et, très présent, le mari de notre instit’ nous proposait des spectacles de marionnettes, des séances de cinéma le jeudi, du basket… Toute cette ouverture et ce foisonnement d’ateliers m’ont énormément aidé dans ma construction et mon rapport aux autres. Du coup, je me suis dit que personne ne m’empêcherait d’être ce que je voulais être. J’avais décidé que je serais peintre. Je suis devenu illustrateur et auteur de littérature jeunesse.

Comment cela s'est-il passé ?

J’ai trouvé ma place dans cet univers à 37 ans, après avoir évolué dans le monde de la peinture, des galeries, de la direction artistique et du dessin de presse. Je souhaitais faire un cadeau de naissance original à ma fille Adèle, qui venait de naître. Alors, je lui ai dessiné un imagier de mon cru qui lui présentait le monde, "L’album d’Adèle". Mon premier album ! J’ai rencontré dans la foulée Geneviève Brisac, éditrice chez Gallimard, pour lui présenter mes planches. L’album lui a plu, elle l’a aussitôt publié et je l’ai suivie à l’Ecole des Loisirs. Tout en continuant à raconter plein d’histoires à ma fille et à composer de nouveaux albums pour les (autres) enfants ! Une nouvelle vie commençait...

Claude Ponti au Salon du livre jeunesse

Le Salon du livre jeunesse a ouvert ses portes hier mercredi 27 novembre à Montreuil et il les refermera le lundi 2 décembre au soir. Si vous souhaitez rencontrer Claude Ponti, il sera en séance de dédicaces, avec notamment son dernier album "Mouha" sorti à la mi-novembre, le dimanche 1er décembre de 17h à 18h30, sur le stand de l'Ecole des Loisirs (K4).

La lecture à Apprentis d’Auteuil

L’amour du livre et de la lecture est à l’honneur dans les établissements d’Apprentis d’Auteuil. Parmi eux, le collège Saint Jean Saint Sulpice, dans le Tarn, en a même fait une de ses activités phare, en mettant notamment en place, en lien avec l’association "Silence, on lit !", des temps quotidiens de lecture pour tous.
Depuis l’an dernier, tous les jours de la semaine, à 13h 50, tous les élèves et adultes de l’établissement commencent ainsi leurs après-midi par 15 minutes de lecture silencieuse, là où chacun se trouve. Par ailleurs, un club lecture se retrouve le lundi, des "siestes littéraires" sont régulièrement organisées, une nuit de la lecture est prévue à l’internat en janvier et des séances de lecture de contes à haute voix sont préparées plusieurs fois dans l'année par des élèves de classes SEGPA à l'attention d'enfants de l’école Jeanne d’Arc voisine. "Le livre est un objet d’inclusion très fort, souligne Hélène Mulot, documentaliste à l’origine de  ces projets. Depuis la mise en place de "Silence, on lit !" notamment, nous avons constaté une amélioration générale de la qualité de l’attention des élèves et la lecture semble s'ancrer peu à peu comme une nouvelle habitude dans leurs vies. Sans oublier les prêts au CDI, qui ont augmenté de manière significative !"


La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.