Enseignants : ils transmettent la confiance

Enseignants : ils transmettent la confiance

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De l'école primaire jusqu'au lycée professionnel, ils sont 800 enseignants à Apprentis d'Auteuil. Un choix de métier doublé d'un engagement profond qui les a conduits à se tourner vers des jeunes souvent en grande difficulté dans leurs apprentissages. Témoignages.

La vocation est au cœur du métier d’enseignant. Précoce ou plus tardive, elle détermine le choix sur la durée. Car on ne vient pas à ce métier sans raisons, qui plus est auprès de jeunes peu confiants dans leurs capacités, fragiles dans leurs apprentissages, trop envahis par des difficultés familiales ou sociales pour pouvoir se mobiliser à l’école.
C’est ce qu’explique Céline Lunel-Moreau. La prise de conscience s’effectue alors qu’elle démarche des établissements scolaires pour le compte d’un éditeur jeunesse. « C’est là, en classe, que je voulais être ! » se souvient-elle. La jeune commerciale reprend ses études, réussit le concours de professeur des écoles. Lorsqu’en 2016, un poste lui est proposé à l’école Saint-Martin, au Mans, elle n’est pas longue à se décider : « Enseigner là, dans ce quartier à forte mixité sociale, c’était un vrai choix pour moi. Je voulais me sentir utile. En 2e année de master, j’avais travaillé en centre-ville, avec des enfants performants. Avec ou sans moi, ils auraient de toute façon appris. Je voulais autre chose. »

Vocation et engagement

Pour Laëtitia Gauthier, enseignante de français au collège Saint-Pie X, à Domont (95), le choix d’enseigner à des enfants en difficulté s’impose aussi. Forte de son cursus universitaire (Licence en lettres modernes et DEA en sciences de l’éducation) et de ses treize ans d’expérience professionnelle comme éducatrice spécialisée, Laëtitia Gauthier désire s’impliquer auprès de jeunes qui n’entrent pas dans les cases qu’on leur assigne. Les élèves décrocheurs qu’elle accompagne en classe relais passent quelques semaines dans ce dispositif conçu pour les réconcilier avec les apprentissages et leur remettre le pied à l’étrier. « Petite, j’ai été un peu stigmatisée comme enfant différente et en difficulté scolaire. On a découvert assez tardivement que j’avais des problèmes de vue. Un jour, en maternelle, une professeure a dit : « Elle est débile, celle-là ! » Cette réflexion entre en résonance avec ce que les enfants que j’accompagne aujourd’hui peuvent eux-mêmes avoir entendu. »
Un engagement très personnel aussi pour Sylvie Virieux, professeure de mathématiques-sciences au lycée professionnel Jean-Marie Vianney à La Côte-Saint-André (38) : « Enfant dyslexique, je me dis qu’inconsciemment, j’ai eu envie d’aider les jeunes, dont les dyslexiques, pour leur prouver que quand on veut on peut. J’ai mis le doigt dans l’enseignement et je ne l’ai jamais retiré. Les mathématiques m’ont toujours intéressée en tant que « bête noire » des élèves. J’ai voulu les leur faire aimer et développer des stratégies pour enseigner différemment. »

Créativité pédagogique

Pour déclencher l’envie d’apprendre, redonner confiance, les enseignants déploient des trésors d’inventivité et de patience. Et des approches innovantes pour transmettre à tous les élèves les notions inscrites dans les programmes.
Sylvie Virieux : « Une amie zoothérapeute est venue à ma demande en classe avec ses chiens. Un bon prétexte : je demande aux élèves de calculer des rations alimentaires, d’estimer l’apport alimentaire des croquettes, de calculer le coût de revient d’un chien… En fin de séance, je leur permets de prendre des IPad pour jouer aux échecs ou aux dames. Via une application, ils relèvent des défis de mathématiques. Cela les stimule énormément. Sans s’en rendre compte, ils font un tas d’opérations : multiplications, divisions… »
Laëtitia Gauthier, elle, s’appuie sur les centres d’intérêt des élèves : « J’ai proposé par exemple à un élève qui sait à peine lire et écrire, et passionné d’aviation, de devenir le rédacteur en chef du petit journal de la classe relais. Il a cherché des infos sur Internet, a appris le vocabulaire de l’aviation, a écrit l’interview imaginaire du pilote qu’il adore… Et est entré dans la lecture et l’écriture. »

Intéresser les élèves

Dans sa classe à triple niveau CE2-CM1-CM2 de l’école primaire Saint-Martin, Céline Lunel-Moreau fait des différences culturelles des élèves une richesse supplémentaire : « Quand on travaille l’anglais, certains connaissent les mots de la langue de leurs parents. Nous voyons comment ces différents mots « chantent » et les enregistrons dans un livre numérique. »
Pascal Bureau, enseignant en aménagement paysager au lycée agricole Saint-François La Cadène à Labège, est venu à l’enseignement après avoir exercé 35 ans le métier de conducteur de travaux dans une entreprise d’aménagement paysager. Avec l’envie de passer le relais : « Lorsque j’ai quitté l’univers professionnel, je suis parti avec une montagne de photos, de vidéos de chantiers, de réalisations en aménagement paysager. J’essaie d’intéresser mes élèves en leur parlant d’abord de cas concrets, de moments vécus. Je les mets tout de suite dans les conditions réelles du métier. »

Les joies du métier

Si tous les enseignants soulignent l’aspect éducatif du métier auprès de jeunes qui ont besoin de cadre et les difficultés d’apprentissage des élèves, ils mettent aussi en avant leurs joies et leurs satisfactions.
C’est pour Pascal Bureau une émotion particulière quand les jeunes le préviennent par SMS de leur succès aux examens ou quand ils lui avouent sa place déterminante dans leur amour du métier.
Sylvie Virieux confie : « Ma grande satisfaction, c’est de voir ces jeunes évoluer, leurs yeux pétiller, leurs sourires immenses. »
Laëtitia complète : « C’est que le jeune soit content de venir et d’apprendre, qu’il retrouve confiance et plaisir ! Car au début, pour certains, c’est extrêmement compliqué de rester dix minutes tranquilles en classe. »
Dans sa classe à l’école primaire, Céline Lunel-Moreau met l’accent sur l’entraide et la coopération. Et son bonheur est de constater que cela marche : « Je suis si contente de voir un élève se placer près d’un copain en difficulté pour l’aider. Un autre qui ose demander de l’aide à un camarade. Mon idéal serait que chaque enfant parte de l’école plus grand et plus riche des apports de toute la classe. »

Les enseignants en chiffres

LES ENSEIGNANTS À APPRENTIS D'AUTEUIL

  • 800 enseignants
  • 130 établissements scolaires ou dispositifs (13 écoles, 24 collèges, 14 lycées professionnels, 38 internats éducatifs et scolaires, 1 lycée général et technologique, 14 lycées professionnels, 8 lycées agricoles, 1 école de production, 16 centres d’apprentissage, 1 atelier relais)
  • 13 500 jeunes accompagnés dans ces établissements ou dispositifs


Sources : chiffres clés 2020 Direction des Ressources éducatives et Accompagnement métiers d’Apprentis d’Auteuil

Point de vue de Thomas Etourneau

Le point de vue de Thomas Étourneau
Coordinateur du pôle prévention du décrochage scolaire à Apprentis d’Auteuil

"Les jeunes que nous accueillons à la fondation sont, pour la plupart, fâchés avec l’école. Pour les faire progresser, nous devons avoir une approche différente. Nous nous attachons en permanence à trouver la meilleure réponse possible à leurs difficultés. Cela demande un engagement quotidien des enseignants qui sont en perpétuelle recherche d’innovation, d’initiatives.
À Apprentis d’Auteuil, les enseignants ne sont pas seulement des professionnels qui transmettent leurs savoirs. Ils ont également un rôle éducatif très fort à jouer auprès de leurs élèves. Dans nos établissements, ceux-ci sont d’abord vus comme des personnes. Cette dimension de la personne, considérée dans sa globalité, est centrale dans notre projet éducatif. Les enseignants ont la volonté de prendre soin de l’élève et de personnaliser au maximum leur enseignement pour mieux l’accompagner dans ses apprentissages. C’est cette vision que nous portons au Grenelle de l’Éducation (1), auquel nous participons, pour permettre une plus forte autonomie des établissements en matière de pédagogie."
 
(1)    De septembre 2020 à janvier 2021, sous la houlette du ministère de l’Éducation nationale, une concertation de toutes les parties prenantes pour faire évoluer le système éducatif.   

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.