Créatifs et responsables à l’école

Créatifs et responsables à l’école

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Pas encore suffisamment enseignées, les compétences psychosociales se frayent un chemin à l’école. Elles permettent aux enfants et à leurs professeurs de grandir dans la confiance et dans la joie. Explications.

Savoir s’exprimer, coopérer, apprendre à réguler sa colère, prendre des décisions... Depuis quelque temps, en France, ces aptitudes se font une place dans la liste des compétences que les élèves doivent acquérir, à côté de savoirs plus traditionnels, comme lire, écrire ou compter.

Inscrites dans les programmes scolaires depuis 2013, de l’école primaire au lycée, en passant par le collège, leur place a été réaffirmée en 2015, dans le cadre du socle commun des connaissances.

Changement de paradigme

Dites compétences psychosociales ou socioémotionnelles, elles rendent les enfants plus conscients, créatifs et responsables de leur vie.  De nombreuses études scientifiques l’ont démontré, notamment la méta-analyse de Joseph Durlak : une introduction de ces stratégies à l’école influence en profondeur le climat scolaire et les performances des élèves.

Une assertion partagée par Laure Reynaud, enseignante depuis 17 ans, elle-même transformée par la découverte de ces habiletés. Un changement de paradigme opéré alors qu’elle prépare un diplôme en psychologie positive en Angleterre.

La professionnelle quitte l’Éducation nationale et monte ScholaVie en 2014, un organisme qui propose des formations, "afin d’œuvrer au bien-être des jeunes et de ceux qui les accompagnent".

Avec ses collègues, Laure Reynaud intervient depuis dans de nombreux établissements. "Les compétences psychosociales font désormais partie des apprentissages indispensables, tant à l’école qu’à la maison ou au travail. Il est temps d’agir concrètement, là où nous sommes, pour changer la donne. Tout le monde est concerné. Et en premier lieu, tout éducateur" lance-t-elle avec conviction.

Des enfants sécurisés

 

La plupart des enseignants qui y sont initiés insistent sur la découverte du "savoir-être en relation", qualité de présence qui permet d’embarquer les élèves.

Ainsi en va-t-il de Sébastien Alain, formé durant quatre ans au Cartable des compétences psychosociales de l’IREPS ( Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé) des Pays de la Loire.

L’instituteur-formateur raconte : "En intégrant ces compétences, comme "grandir dans ses  habiletés relationnelles" ou "apprendre à gérer son stress", d'abord acquises pour moi-même, dans le programme de la journée des enfants, j’ai vu un réel changement chez eux. Non seulement sur leur disponibilité mentale et émotionnelle, mais aussi dans leur intuition et leur créativité."

"Sécurisés et mis en confiance, ils prennent plus facilement des initiatives, trouvent eux-mêmes des solutions, se livrent plus volontiers à l’adulte. Ils deviennent aussi acteurs de leurs apprentissages, développent leur esprit critique, etc. Bref, une vraie bascule s'opère !"

Un vrai bouleversement à l'école

Écho semblable chez Marie-Clarté Mougeot, professeure dans un collège privé bilingue à Paris, qui a mis en place des ateliers pour ses élèves de 6e et 5e durant les heures de vie de classe. Certains sont consacrés au bien-être (sommeil, alimentation émotions, gratitude, confiance en soi), d’autres à la résilience (se poser avant de réagir à une brimade, écouter les différentes voix en soi, etc.).

"Je sens les jeunes plus détendus et heureux quand on les prend en compte dans toutes leurs dimensions, et pas seulement en tant qu’élèves", s’enthousiasme-t-elle.

"L’éducation émotionnelle bouleverse la vie à l’école, conclut Catherine Gueguen, pédiatre formée aux neurosciences, spécialisée dans le soutien à la parentalité (1). Les enseignants qui y sont formés regardent autrement leurs élèves et ont moins de conflits à gérer. La confiance, l’énergie la concentration émergent au sein de la classe, et dans le coeur - et le cerveau - de chacun des enfants".

 

(1) dans "Heureux d’apprendre à l’école" (coéd. Les Arènes - Robert Laffont)

3 QUESTIONS À

Rebecca Shankland, professeure des universités en psychologie du développement à l'Université Lumière Lyon 2, à l'origine du diplôme d'université "Développer les compétences psychosociales" de l'IUT 2 de Grenoble

Qu’entend-on par CPS ?

Il s’agit de compétences sociales (écoute, empathie, coopération), émotionnelles (identification, compréhension, régulation des émotions) et cognitives (pensée critique, pensée créative, résolution de problèmes) répertoriées par l’Organisation mondiale de la santé(OMS) comme étant particulièrement utiles pour nous aider à nous ajuster au mieux au quotidien.

Elles agissent comme facteurs protecteurs par rapport à de nombreux troubles ou addictions et favorisent une meilleure résilience face à des situations difficiles.

Elles permettent aussi de prendre du recul par rapport à des informations reçues, en réalisant des choix éclairés. Elles aident enfin à développer des stratégies de résolution de problèmes et à créer des liens de confiance et de solidarité.

Pourquoi les mettre en place dès l'école ? 

Ces compétences peuvent être développées tout au long de la vie. C’est la raison pour laquelle l’enjeu de formation des professionnels, la diffusion des outils, et la réalisation d’ateliers avec les enfants, sont fondamentaux.

Dans la période actuelle, l'enjeu est important pour tous en raison des niveaux élevés de stress éprouvés par les adultes et les enfants. Le recours à ces compétences représente un moyen de diminuer les risques induits par la situation que nous vivons, en termes de santé mentale.

Dans une étude que nous avons menée auprès des parents pendant le premier confinement, nous avons mis en évidence que la compétence la plus importante pour prévenir l’épuisement parental était la régulation des émotions. 

Quelques mots sur votre nouveau DU ? 

La création du DU (Diplôme universitaire) "Développer les Compétences Psychosociales" que j'ai monté au département Carrières Sociales de l’IUT-2 à l’Université Grenoble Alpes, est née d’une forte demande des professionnels de l’Education nationale et de l’Education spécialisée.

Tous souhaitaient être formés à des approches scientifiquement validées, permettant de développer les compétences psychosociales des personnes accompagnées et des familles.

Ce DU comprend deux parcours : un parcours prévention/promotion de la santé et un parcours pour l’accompagnement des personnes concernée par un trouble du spectre de l’autisme. 

Avec la première promotion de ce DU, et en lien avec différents partenaires et associations, nous avons rassemblé de nombreux outils en libre accès sur le site http://covidailes.frà destination des enseignants, mais aussi des parents et des enfants. 

À LIRE

  • "Développer les compétences psychosociales" (Cycle 3)
    Laure Reynaud, éd. Retz
  • "Ces liens qui nous font vivre"
    "Rebecca Shankland (avec Christophe André), éd. Odile Jacob
  • "Pour une enfance heureuse"
    "Vivre heureux avec son enfant"
    "Heureux d'apprendre à l'école"
    Catherine Gueguen, éd. Les Arènes/Robert Laffont
  • "L’éducation émotionnelle de la maternelle au lycée"
    Michel Claeys, éd. Souffle d’Or

À APPRENTIS D’AUTEUIL
  • Former les élèves aux compétences émotionnelles fait partie des engagements des équipes enseignantes et éducatives. Apprentis d’Auteuil a ainsi élaboré la démarche du Développement humain et spirituel (DHS), qui vise à développer toutes ces compétences chez les jeunes accompagnés. Un programme global qui intègre toutes les dimensions de la personne et vise à faire grandir en humanité. Des temps d’arrêt entre jeunes et adultes sont notamment prévus pour relire les événements passés et prendre du recul.

  • La fondation s’inspire également de programmes existants. Comme le Cartable des compétences psychosociales de l’IREPS des Pays de la Loire, mis en place à l’ensemble scolaire Notre-Dame du Bon Accueil (44), ou la discipline positive, enseignée aux établissements Sainte-Bernadette (64).
La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.