L'art, un puissant levier éducatif
Tout au long de l’année, les équipes d'Apprentis d'Auteuil conçoivent des projets artistiques pour les jeunes, leur offrant une ouverture sur des mondes inconnus. À la clé, le bonheur de la découverte, mais aussi un sentiment de fierté qui permet aux jeunes de reprendre pied dans leurs apprentissages et de renouer avec la confiance.
En cette fin d’année scolaire, des élèves en CAPA productions horticoles du campus Saint-Antoine, à Marcoussis, dans l’Essonne, sont réunis au musée Guimet, à Paris, pour un atelier Jardin sur plateau, l’art du bonkei, animé par Hiroko Endo, historienne et paysagiste.
Owen, Manon, Alban, Mathis, Malysse et Zoé écoutent attentivement la spécialiste qui les guide dans leur découverte de cet art japonais ancestral, source d’harmonie et de méditation. « Je vous laisse imaginer librement un jardin, annonce l'animatrice, un endroit dans la nature que vous aimez bien. »
Les arts japonais à l’honneur
Silencieux et concentrés, ces grands ados de 17 à 18 ans répartissent minutieusement le sable sur leur plateau, tracent des traits et des volutes à l’aide du mini râteau, imaginent des paysages. L’animatrice leur explique ensuite la longue histoire du jardin zen depuis plus de 1 000 ans, sa symbolique, l’organisation codée de l’espace et l’utilisation des éléments, avant qu’ils ne se remettent à l’ouvrage, forts de ces nouvelles connaissances.
Ces jeunes qui n’en perdent pas une miette n’en sont pas à leur coup d’essai. L’ouverture sur les arts japonais fait partie intégrante de leur programme, comme l’explique Jenny Bourgeois, professeur de français et porteuse du projet : « Voici dix ans que l’établissement s’est lancé dans cette aventure. L’art est en effet inscrit dans les référentiels du ministère de l’Agriculture dont le lycée dépend. Les objectifs sont de contribuer à construire leur identité sociale et culturelle et de les ouvrir à de nouvelles cultures et pratiques. Le partenariat avec le musée Guimet est pour nous une opportunité formidable. »
Des initiatives soutenues par la Fondation Foujita
Ce projet ambitieux est l’une des 72 initiatives menées cette année dans le cadre du programme Les Arts pour Apprentis d'Auteuil, impulsé par la Fondation Foujita, créée sous égide d’Apprentis d’Auteuil. Titulaire des droits d’auteur de Foujita, artiste franco-japonais majeur de l’École de Paris, celle-ci contribue au souvenir et au rayonnement de son œuvre et finance le programme avec le soutien d'autres partenaires.
2 800 jeunes et familles accompagnés par la fondation en bénéficient chaque année. « L’accès à l’art et à la culture est un droit fondamental, inscrit dans la Convention internationale des droits de l’enfant, précise Carole Boivineau, responsable du programme Les Arts pour Apprentis d'Auteuil. Alors que de nombreux jeunes en sont privés, Apprentis d’Auteuil propose des solutions concrètes pour réduire ces inégalités. »
Parmi les lycéens de Saint-Antoine, certains ne pratiquent aucune activité sportive ou culturelle. Les ateliers sont pour eux, dans un premier temps, une parenthèse bienvenue qui les change des cours magistraux et de leur quotidien avant qu’ils ne suscitent leur intérêt.
Des jeunes qui se révèlent
Durant l’année, l'établissement monte différents projets, toujours en lien avec la nature, avec des intervenants spécialistes des techniques : l’ikebana pour les fleuristes, la gravure sur gomme pour les jardiniers paysagistes, l’origami ou art du pliage, le kokedama, ces sphères de mousse sur lesquelles poussent des plantes, l’encre sur éventail et le manga.
La plupart des jeunes accrochent, certains sont parfois plus en retrait de peur de ne pas y arriver. Accompagnés avec bienveillance, rassurés, ils se lancent. Le succès est au rendez-vous, comme pour les jeunes fleuristes qui ont remporté la médaille d’or au concours Un des Meilleurs Apprentis de France avec leurs compositions d’ikebana. « Nous faisons chaque année avec les jeunes le bilan en photos de tout ce qu’ils ont réalisé. Cela les motive, les fait rire, les rend fiers. Tout un tas d’émotions surgissent, remarque Jenny Bourgeois. On découvre ou on redécouvre des jeunes tous les ans grâce aux ateliers. Certains se mettent à s’exprimer. D’autres se révèlent en dessin par exemple. C’est un formidable levier. »
À l’issue de l’atelier jardin sur plateau, Manon, fan du Japon, note l’effet relaxant des séquences. Alban remarque que c’est un plus dans leur formation horticole. Quant à Mathis, il est très reconnaissant d’une telle opportunité : « Il ne doit pas y avoir beaucoup de lycées à le proposer. C’est une chance pour nous de suivre ces ateliers, de découvrir une autre culture, des pratiques et des métiers différents de ce que l’on fait en Occident. »
Les enfants au cœur de la création à l'école
Autre ambiance à l’école Pier-Giorgio Frassati de Saint-Cyr L’École, dans les Yvelines. En cette fin d'année, les élèves enchaînent les répétitions du spectacle intitulé “L’arbre du temps”. L’objectif ? Être prêts pour la représentation qui aura lieu devant les familles dans une semaine. Un arbre géant, dessiné par les enfants, recouvre tout le mur de la grande salle de l’école. Idriss, qui incarne le narrateur de l’histoire, s’avance sur scène : « Il était une fois un arbre immense... Les habitants du village vivaient en harmonie avec la nature. » S’enchaînent alors une succession de tableaux où les élèves de l’école, de la grande section de maternelle au CM2, jouent tour à tour les villageois ou les membres du gang “La sève noire”. Ce conte écologique coécrit par les enfants a pour thème l’importance de préserver de la nature.
Dans cette école où la plupart des enfants sont fragiles dans leurs apprentissages, en risque de décrochage scolaire précoce, le spectacle de fin d’année revêt une importance particulière. Maxime Michel, directeur de l’école, souligne : « Il fait partie intégrante du projet de l’école et constitue notre fil rouge sur toute l’année scolaire. C’est à la fois motivant pour les enfants et les enseignants peuvent y rattacher des apprentissages : lire, dire, écrire, compter... les apprentissages classiques de l’école. Pour les enfants que nous accueillons, en perte de confiance dans le système scolaire et vis-à-vis d’eux-mêmes, qui entretiennent des relations difficiles à l’école et aux autres, ce projet de spectacle est un vrai plus. »
Une place pour chacun
Les élèves, du plus petit au plus grand, endossent un rôle dans le spectacle, que ce soit sur scène ou dans la préparation des décors, des costumes... Ils mobilisent tous les apprentissages abordés en classe au service de ce projet commun de théâtre qui stimule leur mémoire, la prononciation, la syntaxe. Ils apprennent aussi à mettre leur énergie au bon endroit, à se concentrer sur une tâche, autant d’atouts pour des enfants qui présentent pour certains des troubles de l’attention ou une hyperactivité. Autre avantage majeur, l’accès à l’art et à la culture que peu d’enfants côtoient, dans un quotidien où les écrans prennent beaucoup de place.
Marie Schindler, enseignante, porteuse du projet, enchaîne : « Les élèves sont persuadés de ne pas être capables de grand-chose. Ce spectacle est un moyen de leur montrer très concrètement qu’ils sont capables au contraire de grandes choses. Il faut juste qu’ils fassent partie d’un projet porteur qui les motive, leur donne les moyens de s’exprimer et de croire en eux. »
Pari gagné du côté des enfants. Emma, 11 ans, en classe de CM1, explique : « Je suis dans cette école depuis quatre ans, c’est donc mon quatrième spectacle. Je joue la gardienne de l’arbre. C’est sympa de jouer dans un spectacle, de recevoir des applaudissements, de se sentir aimé. Ça m’aide aussi à travailler la mémoire, à rester concentrée, à articuler, à parler fort. Des choses qui nous servent aussi en classe. »
Le goût du geste
Au collège Sainte-Claire à Dieupentale, dans le Tarn-et-Garonne, Annabelle Bichard, responsable des moyens généraux, a une autre passion : transmettre l’art du beau geste aux jeunes. Cette ancienne des Compagnons du devoir a créé l’Atelier des Compagnons pour que les adolescents s’initient au travail du cuir, du verre, du bois et de la pierre. « En 2021, nous avons eu envie d’éveiller les collégiens et les collégiennes au monde de l’art sous la forme d’ateliers, rappelle Marie Godet, la directrice, Aujourd’hui, elle permet à chacun d’être appliqué et apaisé, sans aucun enjeu et avec, à chaque fois, le même message d’humilité et de persévérance pour pouvoir apprendre. »
Un espace de transmission et de création
Le mardi et le mercredi après-midi, les participants découvrent des matières - cuir, verre, bois, pierre, peinture, ficelle… - et des techniques - gravure, sculpture, chantournage, pixel art, maroquinerie. Chaque semaine, ils fabriquent des objets de A à Z, se découvrent des compétences intellectuelles et manuelles et acquièrent des valeurs fortes : respect des consignes, de la matière et des outils, respect des autres, patience, entraide, rigueur. Résultat ? L’activité remporte un vrai succès. L’atelier est devenu un espace d’apprentissage, de création et de transmission. « Ici, chaque jeune apprend en faisant, conclut Annabelle Bichard. Il choisit la matière et le motif de l’objet qu’il souhaite réaliser, le dessine à main levée, le fabrique et repart avec sa création, fruit de son travail et de sa progression. »
Maëly, 13 ans, en classe de 5e est fière de ce qu’elle a réussi à réaliser : « Je fabrique des choses pour les gens que j’aime, comme un porte-monnaie en cuir, un vase gravé pour la Fête des mères, alors qu’avant je ne savais rien faire de mes mains. C’est un plaisir pour moi. Si je devais donner un conseil à un jeune qui pense ne pas être manuel, je lui dirais : essaie avant de dire ça ! Si tu y mets du tien, tu peux y arriver. Et, tu trouveras toujours quelqu’un pour t’aider. Tu ne seras jamais seul ! »
ZOOM
Le programme Les Arts pour Apprentis d'Auteuil
74 projets artistiques menés en 2025-2026
Un concours artistique et pédagogique en Ile-de-France qui a fêté sa 13e édition en 2026, rassemblant plus de 300 participants (jeunes, familles, anciens d'Apprentis d'Auteuil).
Le Talent Show : des jeunes de la région Nord-Est montent sur scène à Lille et présentent le meilleur de leur talent en chant, danse, poésie, musique...
Évaluation des projets (enquête réalisée par Les Arts pour Apprentis d'Auteuil)
85 % des participants ont aimé créer quelque chose.
71 % pensent avoir amélioré leurs relations aux autres.
69 % se sentent plus à l'aise pour communiquer.
88 % ont appris grâce aux projet
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