Des compétences pour traverser les défis de la vie
Confiance en soi, gestion des émotions, écoute et collaboration, capacité à demander de l’aide ou à s’adapter : les compétences psychosociales (CPS) aident les jeunes à apprendre, à construire leurs relations et à faire face aux difficultés. Cofondatrice de ScholaVie et membre du collectif CPS, Vanessa Duchatelle explique pourquoi elles constituent un levier de réussite scolaire, de santé et d’égalité des chances.
Comment définiriez-vous les compétences psychosociales ?
J'aime les définir comme les compétences qui nous aident à traverser les défis de la vie. Réparties en trois grandes familles - les compétences cognitives, les compétences émotionnelles et les compétences sociales - elles sont très proches de ce que l’on appelle communément le savoir-être ou les « soft skills ». Je les compare souvent à un sac à dos de ressources que l’on construit dès le plus jeune âge et qui nous accompagne tout au long de la vie.
Que trouve-t-on dans ce « sac à dos » ?
Des ressources essentielles : apprendre à se connaître, gérer ses émotions, avoir confiance en soi, communiquer, résoudre des conflits, prendre des décisions... Les CPS ne relèvent pas uniquement de la personnalité ou de la famille : elles s’apprennent et se développent tout au long de la vie grâce à la pratique et à l’entraînement.
Pourquoi est-il si important de renforcer les CPS dès l’enfance ?
Les travaux de recherche mettent en évidence les effets positifs des CPS dans trois domaines : la réussite scolaire et professionnelle, la santé physique et psychologique et la réduction des inégalités. C’est pourquoi elles doivent trouver toute leur place dans les apprentissages scolaires, au même titre que les savoirs fondamentaux. Elles ne sont pas un complément de l’éducation : elles en constituent le socle.
Concrètement, qu'est-ce que cela change pour un enfant ?
Un enfant qui apprend à réguler ses émotions, à maintenir son attention, à demander de l’aide lorsqu’il rencontre une difficulté ou à communiquer de manière constructive accède plus facilement aux apprentissages. Il réussit mieux à l’école, s’oriente plus sereinement et, plus tard, s’insère plus facilement dans la vie professionnelle.
Les effets des CPS sont-ils démontrés scientifiquement ?
De nombreux travaux menés depuis plusieurs décennies, notamment dans les champs de l’éducation et de la promotion de la santé, mettent en évidence leurs effets positifs. Les recherches soulignent également que les programmes les plus efficaces sont ceux qui s’inscrivent dans la durée, avec une pratique régulière et un accompagnement adapté.
Quel rôle les adultes jouent-ils dans leur mise en œuvre ?
Ils sont les premiers modèles des enfants ! Si un adulte parle de gestion des émotions sans être lui-même capable de les réguler, son message perd une grande partie de son efficacité. Nous défendons une idée simple : il faut d’abord accompagner les adultes dans le développement de leurs propres compétences psychosociales, pour qu'ils les transmettent ensuite aux plus jeunes à travers leur manière d'être.
Cela ne concerne pas uniquement les enseignants. Les professionnels du périscolaire, de la petite enfance, les éducateurs et les parents ont eux aussi un rôle à jouer. Plus les messages sont cohérents entre les différents environnements de vie de l’enfant, plus leur impact est important.
Pourquoi les CPS restent-elles encore insuffisamment connues ?
Beaucoup pensent que la confiance en soi, la gestion du stress ou la capacité à coopérer relèvent de la personnalité et ne cherchent pas à s'y intéresser, à les apprendre ou à les travailler.
Notre école a aussi longtemps privilégié les savoirs scolaires, en considérant que sa mission principale était de transmettre des connaissances et des compétences académiques. Les émotions, la confiance en soi, la gestion du stress ou encore les relations avec les autres étaient souvent perçues comme relevant davantage de la famille ou de la vie personnelle que de l’éducation.
Observe-t-on malgré tout des évolutions ?
Oui, et c’est une raison d’être optimiste. On parle de plus en plus des CPS dans le monde éducatif et l’on reconnaît davantage l’importance de développer ces compétences dès l’école : de plus en plus d' établissements commencent à en proposer la découverte, tant aux jeunes qu'aux adultes qui les accompagnent.
La création en 2023 du Collectif CPS, qui vise à favoriser le dialogue entre les acteurs et à encourager une meilleure intégration des CPS dans les politiques éducatives montre aussi que l'intérêt pour ces questions grandit.
Comment cette évolution se traduit-elle dans les politiques et les orientations de l’Éducation nationale ?
Une prise de conscience importante s'est faite. Les compétences psychosociales occupent désormais une place explicite dans plusieurs textes de référence de l'Éducation nationale. Elles sont aussi de plus en plus prises en compte dans les pratiques éducatives et enseignées aux élèves.
Le défi est maintenant de passer d’initiatives encore ponctuelles à un déploiement durable, grâce à la formation des adultes et à une intégration des CPS dans le quotidien des établissements.
Quand vous dites que le système éducatif français repose sur « une seule jambe », qu'entendez-vous par là ?
Nous utilisons souvent cette image. L’école française s’est historiquement construite autour des savoirs académiques. Cela ne suffit plus. Les compétences psychosociales constituent, selon nous, la deuxième jambe des savoirs fondamentaux du XXIᵉ siècle. Sans elle, les élèves rencontrent davantage de difficultés et les inégalités se creusent.
Au fond, quel est pour vous le message essentiel à faire passer sur ces outils ?
Si nous donnons à chacun les moyens de les découvrir et de les mettre en pratique, cela peut changer beaucoup de choses. Les CPS constituent, selon moi, un enjeu éducatif majeur dans notre pays, à l’heure où les jeunes générations doivent faire face à de profondes transformations. C’est une très bonne nouvelle, car cela signifie qu’aucun enfant n’est condamné par son histoire ou son caractère.
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