Exposition au porno, attention aux enfants !

Exposition au porno, attention aux enfants !

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Jamais en France la pornographie n’a été aussi accessible. Quelles conséquences sur des jeunes en pleine construction de leur identité ? Éléments de réponse au moment où le gouvernement lance une campagne à destination des parents.

"En France aujourd’hui, un enfant est exposé pour la première fois à du contenu pornographique en ligne entre 10 et 14 ans en moyenne", souligne Thomas Rohmer, directeur de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open). Les chiffres, notamment un sondage IFOP (1) commandé par l’Open, l’attestent.

Depuis quelques années, les adolescents visionnent de plus en plus de pornographie en ligne, alors que la loi l’interdit aux moins de 18 ans. À tel point qu’elle deviendrait leur principale éducation à la sexualité.

63 % des garçons et 37 % des filles âgés de 15 à 17 ans ont déjà surfé au moins une fois sur un site pornographique, l’essentiel de leur consommation s’effectuant via des sites gratuits. Jamais l'accès à des images à caractère sexuel n'a été aussi facile. 

Des conséquences sur la santé des jeunes

 

L'accès facilité à Internet soumet les jeunes sans qu'ils le veulent à des images souvent découvertes accidentellement à l’occasion d’un clic, gratuit et anonyme, sur un téléphone portable. 

Outre la sidération provoquée par la découverte, les images véhiculent chez les ados une conception déshumanisée de la sexualité et une image altérée de la femme. Les garçons pensent qu'ils ont droit au corps des filles et les jeunes filles ayant intériorisé les comportements dégradants véhiculés par la pornographie en viennent à les tolérer... 

Un phénomène préoccupant, comme le constate le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Ce groupement de spécialistes a publié en juin 2018 un rapport alarmanfaisant le lien entre un accès trop facile aux contenus pornographiques et une augmentation des dégâts sur la santé des jeunes filles. Elles viennent, précise le document, de plus en plus nombreuses, dans certains quartiers, en consultation pour des déchirures vaginales (à cause de l'introduction d'objets), grossesses précoces ou autres hymens à reconstruire. Sans parler de viols (par mineurs sur mineures), d'IVG ou d' infections sexuellement transmissibles également en augmentation.... 

Pédopsychiatre à Reims, Thierry Delcourt reçoit, de son côté, de plus en plus de jeunes patients en désarroi. "Les mineurs n’ont pas les armes pour décrypter ce qu’ils voient, constate le médecin. Et comme ils n'ont pas d'expérience, ils pensent que la pornographie donne une image réaliste de la sexualité... Le danger, c'est qu’ils imaginent qu'elle se résume à ces actions brutales. D’autant que ces images sont très addictogènes. Où sont passés le désir, la spontanéité et le respect ?"

Des questions de plus en plus trash

Et Thierry Delcourt de préciser : "Les jeunes touchés par ces addictions risquent notamment des troubles tels que crises d'anxiété, dépression, troubles du sommeil, sentiments de culpabilité et/ou de honte, etc. Sans parler, comme je le constate dans ma pratique, de tentatives de suicide !" 

Une préoccupation partagée par Margot Fried-Filliozat, coach en relations intimes et sexuelles, intervenante agréée Éducation nationale. "Les adolescents d'aujourd'hui sont déstabilisés par Internet. Lors de mes interventions en collège, j’ai des questions de plus en plus trash. La majorité des garçons, souvent très complexés par la taille de leur sexe ou leur capacité à opérer les gestes qu’ils voient se dérouler dans les films, sont très préoccupés par leurs performances. Ils vont sur ces sites pour apprendre à savoir comment faire..."

"Les jeunes filles, poursuit-elle, sont quant à elles plus sensibles à la relation. Du coup, je parle beaucoup du consentement. Et je réexplique à tous que la pornographie n’est que du cinéma, qu'elle fait totalement l'impasse sur les sentiments et les émotions et que les sites qu’ils consultent n’existent que pour faire du profit. Avant d’élargir mon propos sur la vraie sexualité, celle où l’on s’épanouit dans la tendresse et le respect de l’autre, non sans tâtonnements et hésitations. Les jeunes n’attendent que ça !"

Le rôle des parents

 

"Laisser nos jeunes devant cette violence sans les accompagner d’une parole d’adulte n’est pas acceptable, s'insurge Margot Fried-Filliozat. En même temps, trouver la bonne distance pour parler de ces questions délicates avec ses enfants n’est pas évident. Il existe pourtant des solutions. À commencer par des livres à laisser traîner dans la maison. Ou si les parents ne se sentent pas assez à l’aise, des associations à indiquer à leurs jeunes. Voire, si besoin, des spécialistes à les inviter à consulter. À cet âge, une addiction à la pornographie correctement prise en charge se soigne." 

Même écho chez Christiane Behaghel, conseillère conjugale et familiale, déléguée du pôle "Education à la vie" au CLER couple et famille, une association qui œuvre pour l’épanouissement affectif des personnes. Elle pointe : "À l'occasion des rencontres que nous proposons aux adolescents dans le cadre des séances d'information collective d'éducation à la sexualité dans les collèges, les directeurs d'établissement nous proposent souvent de poursuivre avec leurs parents."

"Nous constatons que ces derniers sont parfois démunis, notamment parce qu'ils n'ont pas les bons mots ou qu'ils n'en connaissent pas le sens exact... Ainsi, quand ils entendent le mot "sexualité", ils pensent tout de suite à rapport sexuel. Or, dans ce mot, il y a  des messages comme le respect du corps, l'intimité, la pudeur que nous les invitons à faire passer à leurs enfants dès le plus jeune âge..."

Et la conseillère de poursuivre : "Pour les aider, nous avons mis en place une formation parents-ados à suivre avec leurs jeunes au moment de leur puberté. Vrai temps de complicité mère-fille ou père-fils, il leur permet d'apprendre à communiquer plus naturellement avec leurs enfants sur ces thèmes. Quant aux jeunes, ils découvrent comment mieux comprendre leur corps, les relations fille-garçon ou l'estime de soi, dans un cadre convivial." 

Les trois professionnels concluent : "Il est important que les parents sachent ce qui se passe sur les réseaux sociaux, s’informent de leur évolution et puissent mettre en garde leurs enfants. Mais les adolescents ont avant tout besoin qu’on soit à leur écoute. Une écoute individuelle, en prenant son temps, en sachant accueillir la parole du jeune, sans leçon de morale..."

(1) Les adolescents et le porno : vers une « Génération Youporn » ?, mars 2017 

 PLATE-FORME DU GOUVERNEMENT jeprotegemonenfant.gouv.fr :  

le point de vue d'Alix d'Ornellas, animatrice en pastorale à Apprentis d'Auteuil et conseillère conjugale 

  • "Le point fort de ce site, lancé le 9 février dernier, est de souligner que ce sujet concerne
    toutes les familles. Il propose toute une gamme de contrôles parentaux en fonction de
    son opérateur et accompagne les parents dans leur installation sur les différents écrans
    de la famille. L’installation de système de contrôle parental n'exclut pas la vigilance et le
    dialogue avec son enfant pour lui faire comprendre que ces restrictions sont là pour le
    protéger. Rappelons-leur que la loi interdit l’exposition des mineurs à la pornographie,
    comme le code de la route interdit de passer au feu rouge, pour notre sécurité !"

 

À lire :

  • "Sexpérience", par Isabelle Filliozat et Margot Fried-Filliozat, éd. Robert Laffont
  • "Amour, sexe, les réponses aux questions des ados", par Isabelle Filliozat et Margot Fried-   Filliozat, éd. Pocket (version poche du livre précédent à destination des ados)
  • "Je suis ado et j’appelle mon psy", par Thierry Delcourt, éd. Max Milo
  •  "Parlez du porno à vos enfants avant qu'Internet ne le fasse", par Anne de Labouret et       Christophe Butstraen, éd.Thierry Souccar

À APPRENTIS D'AUTEUIL : DES  OFFRES DE FORMATION À DESTINATION DES PROFESSIONNELS

La fondation enrichit son propre programme d’éducation affective, relationnelle et sexuelle (EARS) à destination des jeunes en difficulté depuis 2004. 

UNE FORMATION LONGUE DIPLÔMANTE
  •  un parcours d’éducateur à la vie réparti sur deux ans (190 heures de cours et 30 heures de stage) a ouvert en 2010. Il est destinée à des personnels identifiés par le directeur d'établissement pour assurer une "mission particulière" dans le domaine de l'éducation affective, relationnelle et sexuelle.
  •  45 personnes sont aujourd’hui diplômées et exercent (notamment) à ce titre au sein des établissements d'Auteuil.
UNE FORMATION COURTE  "REGARDS ET POSTURES PROFESSIONNELS EN EARS"
  •  une formation courte de deux fois deux jours est destinée à toutes personnes s'engageant ou déjà engagées dans des actions d'éducation à la mixité : enseignants, éducateurs, infirmières, psychologues, maîtres et maitresses de maison, surveillants de nuit, animateurs en pastorale.
     Elle les aide à adopter une posture ajustée et à réagir de façon adaptée aux questions des jeunes.
La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.