Un livre pour raconter son histoire de déracinement à ses enfants

Un livre pour raconter son histoire de déracinement à ses enfants

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A la Maison des Familles de Grenoble, des parents issus de l'immigration transmettent leurs histoires de vie à leurs enfants sous forme de petits livres brochés, avec l'aide d'un écrivain.

 

D’origine algérienne, marocaine, congolaise ou albanaise, ils sont arrivés en France dans des conditions difficiles, parfois pour sauver leur vie. Avec comme seule pensée, celle de protéger leurs enfants, de se nourrir, de se loger. Leurs récits de vies sont aujourd’hui consignés dans des petits livres brochés, destinés à un usage personnel. Leurs histoires singulières sont recueillies par Béatrice Ménétrier, écrivain, éditorialiste. Au départ, l'idée de la directrice de la Maison des Familles de Grenoble, Elisabeth Michel, sensibilisée à la question de la transmission et de l’exil, notamment grâce aux travaux de Marie Rose Moro, psychiatre et psychanalyste, pionnière de la consultation transculturelle pour les enfants de migrants et leurs familles. L'initiative est financée par la fondation Foujita, sous égide de la Fondation d'Auteuil.

Des petits livres pour transmettre son histoire de vie


"Toute l’année dernière, explique-t-elle, nous avons travaillé ce thème de la transmission, avec des ateliers cuisine ou des défilés de mode. Raconter son histoire de déracinement sous la forme d’un vrai petit livre écrit par un professionnel me semblait une expérience pertinente à vivre pour plusieurs habitués de la Maison. Ils pourraient ainsi mieux comprendre certains aspects de leur vie pour les mettre à distance et surtout, laisser une trace de leur parcours à leurs enfants, aujourd’hui trop jeunes pour comprendre."
"Je n’avais encore jamais écrit de récits de vie, j’étais d’autant plus heureuse de démarrer cette aventure avec les parents volontaires", s’enthousiasme de son côté Béatrice Ménétrier, qui travaille avec chacun en les rencontrant à domicile. "Avec l’accent mis sur les forces déployées pour avancer et la prise de conscience que c’est la foi en la vie qui permet la résilience, et non la honte ou la culpabilité, il y avait vraiment matière à se mobiliser et à concevoir de beaux ouvrages, continue-t-elle. L’enjeu de ce projet résidant, pour moi, dans l’art de trouver les mots et le ton justes, d’arrondir parfois les angles, pour relater certains épisodes plus douloureux de la vie de ces pères et de ces mères."

Les mots pour se dire


Une fois la proposition faite à l’ensemble des parents, une première volontaire se présente. Au fil des semaines et des rencontres, en compagnie de la jeune femme, l’écrivain sonde, tente de comprendre, cherche, questionne, rédige…
Safa raconte : "L’idée du livre m’a tout de suite plu. J’ai vécu quelque chose de formidable avec Béatrice Ménétrier, une femme pleine de sensibilité. En participant à ce défi, j’ai souhaité raconter pourquoi j’ai quitté mon pays, la Tunisie, d’abord seule avec mes deux petites filles avant que mon mari ne nous rejoigne, en laissant les miens derrière moi. J’ai failli plus d’une fois tout abandonner. Mais je suis aussi tellement fière de ce que j’ai réussi à construire ! Je ne supportais plus cette vie où on a peur de tout, à cause des traditions et du qu’en dira-t-on, et où il y a toujours un homme plus âgé, oncle ou beau-père, qui vous commande. J’allais de plus en plus mal. En France, j’ai trouvé la liberté et j’ai appris à me défendre et à dire non. Ce travail m’a permis de trouver les mots pour dire cette réalité."

Une nouvelle approche sur sa vie


Écho similaire chez Wahiba, dont le livre est en cours de rédaction. "Le travail que je mène avec Béatrice Ménétrier est extraordinaire. J’étais une femme pleine de tristesse et je gardais pour moi ma souffrance d’avoir eu un bébé mort-né à la naissance. À chaque rencontre, je vide mon sac. Je me sens moins lourde ! Quel bonheur et quel soulagement ! Je mesure la chance que j’ai de pouvoir ainsi me libérer. Ce travail d’écriture me donne chaque jour plus confiance en moi."  

Un papa témoigne 

Originaire de la République du Congo et contraint de quitter son pays en 2004, Léonard a décidé de centrer son récit sur son enfant de 9 ans, né en France. "Écrire, c’est un projet que j’avais après la séparation d’avec la maman de mon fils. La proposition d’Elisabeth Michel est arrivée à point nommé. Je voulais que mon enfant ait ma version de l’histoire et surtout qu’il sache qu’il est, malgré la situation actuelle, le fruit de l’amour. Désormais, j’ai le sentiment d’avoir dit ce que j’avais à dire. Un vide s’est comblé. Je suis dans la sérénité."
L’exil peut engendrer angoisse et regret, mais aiguiser aussi son regard sur le monde. Ce qui a été laissé derrière soi peut inspirer tristesse et mélancolie, mais permettre aussi une nouvelle approche sur sa vie. Chacune à leur manière, ces histoires transmettent un message à la fois singulier, mais aussi tellement universel.

Témoignage d’Emmanuela

"Je suis originaire d’Albanie. Je n’ai pas encore commencé mon travail d’écriture, mais je suis prête. J’ai un garçon de 16 ans, aujourd’hui au lycée, avec lequel je vis seule. J’ai perdu mon mari en Albanie quand mon fils était tout petit. Ce n’est pas facile d’élever un enfant seule, encore plus dans un pays étranger. Je veux raconter mon histoire, les raisons qui m’ont fait quitter ma patrie et venir en France. Grâce à ce travail que je vais entreprendre, mon fils comprendra, plus tard, que j’ai essayé de lui donner le meilleur."

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.