Sédentarité : attention danger

Sédentarité : attention danger

Partager ce contenu sur :

Les enfants et les ados d’aujourd’hui pratiquent de moins en moins d’activité physique et sont de plus en plus sédentaires. Une situation qui s’est encore aggravée pendant les confinements et qui inquiète les professionnels de santé. Explications.

Ils passent des bancs de l’école au canapé du salon, de la voiture des parents aux écrans. Et leur activité physique est en chute libre... En un mot, les enfants et les ados d’aujourd’hui sont de plus en plus sédentaires. La situation devient même franchement préoccupante. Une récente étude de l’ANSES révèle que 66 % des 11-17 ans passent quotidiennement plus de deux heures devant les écrans et moins d’une heure à pratiquer des activités physiques, le niveau quotidien recommandé par l’Organisation mondiale de la santé. Pire, près d’un jeune sur deux présente « un risque sanitaire très élevé » avec plus de 4h30 de temps d’écran et/ou moins de 20 minutes d’activité physique par jour !
Déjà inquiétant, ce niveau de sédentarité est encore plus élevé chez les 15-17 ans et chez les jeunes issus de milieux défavorisés. Le rapport précise ainsi que, plus le niveau d’études et les revenus du foyer sont bas, plus le temps d’écran est élevé, toutes tranches d’âges confondues. « Nous n’avons jamais eu une association aussi forte d’inactivité physique et de sédentarité, souligne Martine Duclos, directrice de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (ONAPS). Il y a quinze ans, le niveau d’activité physique était déjà trop bas, mais lorsque les enfants sortaient de l’école, ils allaient jouer dehors. Aujourd’hui, ils sont derrière leurs écrans. Ils préfèrent même parfois jouer au foot sur un écran que dehors ! »

Une bombe à retardement sanitaire

Les confinements successifs sont venus encore aggraver la situation qui n’était déjà pas brillante. « Le confinement n’a pas seulement altéré de manière transitoire les comportements, note David Thivel, membre du conseil scientifique de l’ONAPS, il les a ancrés chez les enfants et les adolescents qui sont dans une culture de la sédentarité. Il n’a fait qu’accélérer un phénomène déjà alarmant auparavant. »
Or, les conséquences de cette sédentarité croissante sont bien réelles. « Cette génération présente un risque élevé de développer une obésité, des maladies cardio-vasculaires, du diabète, précise Martine Duclos, également médecin au CHU de Clermont-Ferrand. La sédentarité a aussi un impact sur le sommeil, le niveau de stress ou d’anxiété, le développement cognitif, l’isolement social... C’est une véritable bombe à retardement sanitaire, car les bons comportements se forgent pendant l’enfance et conditionnent ceux que l’on aura à l’âge adulte. La qualité de vie future et même l’espérance de vie des jeunes d’aujourd’hui sont en danger. En tant que directrice de l’ONAPS et médecin, je tire le signal d’alarme et j’alerte les pouvoirs publics sur le sujet. »

Passer de l’intention aux actes

Si le temps passé devant les écrans est un bon indicateur du niveau de sédentarité, ceux-ci ne sont pas les seuls responsables. « Notre société augmente en permanence les activités automatisées, que ce soit pour faire le ménage, monter les escaliers ou aller à l’école, analyse David Thivel. Cette automatisation s’accompagne d’une digitalisation de notre société où les écrans sont partout. Il y a dix ans, peu d’enfants de 11 ans avaient un téléphone portable. Maintenant, c’est la norme. Or, notre corps n’est pas physiologiquement fait pour être assis 8 heures par jour, mais pour marcher 20 km ! Il faut donc trouver des alternatives actives dans notre quotidien. »
Aller à l’école à pied ou en vélo, prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur ou encore, descendre une station de bus ou de métro plus tôt font partie des solutions simples à mettre en œuvre. Des temps en classe plus actifs et une augmentation du temps d'activité physique réel à l'école ou au collège sont aussi suggérés par les spécialistes.  « De leur côté, les parents doivent donner l’exemple et communiquer à leurs enfants le bien être lié à l’activité physique, conseille David Thivel. On peut aussi mobiliser son corps en famille : promener le chien, faire des jeux actifs, limiter l’utilisation des écrans à la maison... Tout le monde sait ce qu’il faut faire, la difficulté est de passer à l’acte. »

Deux questions à Marie Tamarelle-Verhaeghe, députée de l’Eure, auteure d’un rapport parlementaire sur la sédentarité.

Pourquoi avoir consacré un rapport à ce sujet ?
Parce que suis à la fois parlementaire, médecin de santé publique, et que les chiffres sont inquiétants. Aujourd’hui, 17 % des enfants sont en surpoids. En 40 ans, les jeunes ont perdu 25 % de leur capacité physique. Ils présentent un risque très élevé de pathologies multiples : maladies cardio-vasculaires, obésité, maladies mentales… C’est un sujet majeur de santé publique.

Quelles sont vos propositions ?
Nous proposons par exemple d’augmenter le temps réel d’activité physique et sportive à l’école et au collège. Ou encore, de faire régulièrement des tests de capacité physique, aussi simplement que de prendre sa tension ou de faire une prise de sang aujourd’hui. Nous pourrons ainsi plus facilement cibler les populations à risque. Nous allons aussi rencontrer la ministre déléguée en charge des sports, le ministre de l’Éducation nationale et les représentants d’associations sportives pour mutualiser les installations sportives. Dans la perspective des JO de 2024, nous proposons enfin de créer un mois de l’activité physique ou d’en faire une Grande cause nationale. Faire baisser la sédentarité serait bénéfique à la fois aux Français et aux comptes de la sécurité sociale.

Pour en savoir plus

À Apprentis d’Auteuil

Un diagnostic santé a été réalisé en 2017 auprès de 300 jeunes âgés de 11 à 30 ans et d’une centaine d’établissements d’Apprentis d’Auteuil. Dans cette étude, en partie financée par la Fondation Sanofi, 49 % des filles et 19 % des garçons déclaraient ne faire aucune activité physique en dehors du temps scolaire. Six orientations (réaffirmer la place de la santé dans le projet éducatif d’Apprentis d’Auteuil, impliquer les jeunes pour les rendre acteurs de leur santé…) et des pistes d’action (travailler sur le soin de soi, prévenir les comportements à risque...) ont ensuite été prises pour mieux prendre en compte ces questions.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.