Comment prévenir le burn-out parental ?

Comment prévenir le burn-out parental ?

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Longtemps limité au domaine professionnel, le burn-out n'épargne pas non plus la sphère familiale. Ce syndrome d'épuisement pourrait toucher jusqu'à un parent sur quatre. Un phénomène encore mal connu, mais lourd de conséquences, qui s’est encore accentué avec le confinement. Par Félix Lavaux.

« Je n'y arrive plus », « Je m'énerve sans arrêt », « Je me sens aspiré comme dans trou noir », « Si j'avais un accident et que j'étais morte, mes enfants seraient mieux sans moi ! » Les confidences des parents au sein du cabinet de Valérie Duband sont sans équivoque. « Je reçois beaucoup de parents qui me disent qu'ils n'en peuvent plus, qu'ils adorent leurs enfants mais qu'ils se sentent mal dans leur rôle de parents, analyse la coach professionnelle auteure de Parents épuisés. Ils sont abimés, cabossés, et surtout usés, comme érodés intérieurement. » 
Bien identifié lorsqu'il est d'origine professionnelle, le burn-out, littéralement, un "épuisement qui consume", est encore mal connu lorsqu'il touche la sphère familiale. « Le burn-out parental est un syndrome qui survient quand un parent a été exposé à trop de stress dans son rôle de parent, pendant trop longtemps, en l’absence de ressources suffisantes pour compenser l’effet du stress », explique Moïra Mikolajczak, professeure à l'université de Louvain (Belgique) qui dirige un laboratoire de renommée internationale sur le sujet.

De graves conséquences

Selon la chercheuse belge, qui co-dirige le Parental burnout Research Lab, ce phénomène d'épuisement toucherait entre 5% et 7% des parents dans les pays développés, soit pas moins de 900 000 parents en France rien qu’en France aujourd’hui. Mais le phénomène étant étudié seulement depuis quelques années, il en concernerait en fait un nombre beaucoup plus important (1), et ce, sans distinction d'âge (parents et enfants) ou de classes sociales. Une réalité qui s'est encore aggravée avec le confinement lié au coronavirus lorsque parents et enfants se sont retrouvés "enfermés" sous le même toit 24h/24. Et que les premiers ont dû jongler entre le télétravail, les devoirs scolaires et les tâches ménagères. Ainsi, 43 % des Français se sont déclarés « anxieux ou stressés » pendant le confinement et 9 % ont indiqué « que le climat familial s’était détérioré ». (2)
 
Les conséquences du burn-out sur la famille, confinée ou non, sont multiples : « Les études ont montré que le burn-out parental a les mêmes conséquences que le burn-out professionnel, souligne Moïra Mikolajczak : troubles du sommeil, problèmes de santé, augmentation de la consommation d’alcool, idées suicidaires. Elles sont accentuées dans le cas du burn-out parental, probablement parce qu’on ne peut pas démissionner de son rôle de parent ! Il provoque aussi une augmentation drastique (pas seulement lors du confinement, ndlr) des comportements de négligence et de violence parentale sur les enfants. »

Alors que faire ?

« Pour commencer, il faut que les parents essayent d’être plus à l'écoute de leurs propres besoins, conseille Valérie Duband. Et c'est une vraie difficulté, car la plupart d'entre eux ne voient pas comment ils vont pouvoir se consacrer du temps dans des journées déjà surchargées. » Cela peut prendre en premier lieu des formes très simples : s’isoler pour lire, faire du sport, prendre un bain ou regarder sa série préférée. Le but étant de cultiver son jardin personnel et de prendre soin de soi… pour pouvoir mieux prendre soin de la famille ensuite. Autre piste au long cours : ne plus courir après le mythe du parent parfait. « Aujourd'hui, les parents reçoivent des injonctions multiples de la société, constate la coach : les enfants doivent consommer 5 fruits et légumes par jour, faire du sport, avoir de bons résultats scolaires... On demande énormément aux parents qui se trouvent en difficulté pour correspondre au mythe du parent parfait. Or, la perfection n'existe pas ! » « Avant de traiter le problème, il faut commencer par écouter, propose de son côté Moïra Mikolajczak. Offrir une oreille empathique, bienveillante et non jugeante. Cela va déjà avoir un formidable effet thérapeutique. La suite du traitement dépendra des parents. Selon les cas, on va travailler sur le perfectionnisme parental, les compétences émotionnelles, la pratique parentale, la coparentalité…. » Une écoute que les parents peuvent trouver auprès des associations spécialisées dans ce domaine comme L'école des parents ou Les pâtes au beurre

(1) Le Baromètre des parents 2018 élaboré par la Ligue des familles estime ainsi que 26% des parents « ressentiraient cette pression souvent, voire en permanence ».
(2) Sondage Odoxa réalisé entre le 25 et le 30 mars 2020 pour France Info et France bleu.

Deux questions à Moïra Mikolajczak, docteure en psychologie

Quelles sont les étapes du burn-out parental ?

Le parent a d'abord le sentiment d'être épuisé, vidé, au bout du rouleau. Cet épuisement peut se manifester au niveau émotionnel, cognitif et/ou physique. Puis, il ne prend plus plaisir dans son rôle de parent. Dans la troisième étape, le parent ne s'investit plus affectivement dans la relation avec ses enfants, il leur prête moins d'attention qu'avant. Ce qui enfin génère un sentiment de culpabilité et de honte, le parent ne se reconnaissant plus dans l'image du parent qu'il est devenu.

Les raisons du burn-out sont-elles différentes d'un parent l'autre ?
Ce qui « stresse » le parent dans son rôle parental peut effectivement être très différent d’un parent à l’autre. Certains seront excessivement stressés parce qu’ils ont des enfants difficiles ou en difficulté scolaire et peu d’aide du conjoint ou de la famille. D’autres ont des enfants hyper faciles, mais sont excessivement stressés parce qu’ils mettent la barre trop haut. Avoir des standards parentaux trop élevés est un gros facteur de risque par rapport au burn-out parental. Mais c’est aussi dangereux pour les enfants car un parent parfait met, sans le vouloir, une pression incroyable sur ses enfants… Le parent doit être suffisamment bon (pour reprendre les termes de Winnicot) mais pas parfait !

En pratique à Apprentis d'Auteuil

Ecoute infos familles (EIF) est une plateforme téléphonique d'Apprentis d'Auteuil animée par des professionnels (éducateurs, psychologues) qui accompagnent toute l'année des familles en difficultés comportementales, relationnelles, éducatives ou scolaires avec un enfant ou un adolescent. Pendant le confinement, la plateforme a été très sollicitée notamment par des parents et des familles monoparentales qui vivaient mal la promiscuité avec leur enfant dans des petits logements. Anonyme et gratuite, cette écoute permet aux parents de partager leurs difficultés avec un tiers neutre et de prendre du recul par rapport à leur situation. Ecoute infos familles (EIF) est ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 18 h. Contact EIF : 01 81 89 09 50 ou par mail : eif@apprentis-auteuil.org

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.