Portrait de David Titus, ancien de La Réunion, devenu un entrepreneur engagé

Portrait de David Titus, ancien de La Réunion, devenu un entrepreneur engagé

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Adolescent, David Titus a été accueilli et formé à La Ruche, un établissement d’Apprentis d’Auteuil de l’île de La Réunion. Depuis, l’entrepreneur est toujours resté aux côtés de la fondation, particulièrement attentif aux jeunes et aux anciens.

Septième de dix enfants, David Titus habite avec sa famille au Port, sur l’île de La Réunion, lorsqu’à 15 ans, en 1981, il se retrouve en rupture scolaire : « J’étais un élève timide et posé, jusqu’au jour où j’ai reçu une gifle d’un enseignant devant toute la classe. Ce geste complètement injustifié a provoqué en moi un énorme sentiment d’injustice et beaucoup de révolte… Je n’ai plus voulu retourner en classe. » Après deux mois hors du système scolaire - une éternité à l’époque -, il entre à La Ruche, un établissement d’Apprentis d’Auteuil formant des adolescents aux métiers du bâtiment (aujourd'hui devenu le lycée Saint-François-Xavier).

Un dialogue fondateur

« J’étais là depuis moins de six mois quand un éducateur, Daniel Lapierre, a fait de moi un adulte en une soirée ! » Que s’est-il passé ? Il raconte : « Je finissais mon travail bien avant mes voisins à l’étude et j’avais pris l’habitude de les embêter. » Un soir, l’éducateur l’emmène hors de classe : « David, qu’est-ce que tu vois dans la salle ? » Question étrange ! « Des gars qui étudient ! » « Regarde bien… Et toi, comment tu te situes dans le groupe ? » « Je suis le premier ! » « Et bien je vais te dire, reprend l’éducateur, tes camarades ont une dernière chance de se rattraper, et toi, tu les déranges, tout en étant fier d’être le premier ! »

L’adolescent réfléchit quelques minutes et comprend le message : « J’ai observé mes camarades, j’ai vu leurs difficultés. J’ai eu honte de me vanter d’être le premier, d’un côté, et de les embêter, de l’autre. J’ai réalisé qu’ici, j’avais une nouvelle chance à saisir ! »

Devenu délégué, sa participation à des réunions avec l’équipe éducative lui permet de mieux connaître l’éducateur : « Daniel Lapierre mettait sa maturité et son savoir à notre disposition. Il est devenu comme un père pour moi. Il dégageait une certaine autorité, avec de la sagesse et de la compassion. Pourtant, il avait un caractère bien trempé et savait se faire respecter », apprécie l’adulte d’aujourd’hui, toujours en lien avec son ancien éducateur.

Autre expérience fondatrice, le foot : « J’aimais ce sport, mais j’étais nul ! Avec de la volonté et une aide désintéressée de mes camarades, j’ai progressé et j’ai pu entrer dans un club. On peut croire en soi quand les autres y croient et qu’ils nous font comprendre qu’on a des capacités. »

Du CAP au BTS

À sa sortie, muni d’un CAP de plomberie, David Titus est décidé à poursuivre ses études : « Depuis cette fameuse soirée, j’avais de l’ambition. » Il monte un dossier avec l’aide de ses éducateurs pour intégrer un lycée de Saint-Denis, passe un CAP puis un BEP d’opérateur-géomètre, et vise un bac F4 en bâtiment et travaux publics dans un établissement du Port, où il habite. Mais le jeune homme se retrouve sur le carreau, n’étant pas pris dans cette section très demandée, et n’ayant pas formulé de deuxième vœu. Il se résout à entrer dans la vie active, tout en frappant le lundi de la rentrée scolaire à la porte du proviseur pour solliciter un entretien… et y revenant matin et après-midi pendant trois jours.

Celui-ci finit par le recevoir : « J’avais regardé les statistiques : plus de 20% des inscrits s’en allaient au bout du premier trimestre. Je lui ai assuré que, moi, j’irai jusqu’au bout. Il m’a tendu le dossier d’inscription, c’était la première fois qu’il tombait sur plus têtu que lui ! C’est vrai que je suis tenace, mais c’est nécessaire dans la vie, sinon on n’arrive à rien. » Une note éliminatoire l’empêchera d’avoir son bac… « Cela a été dur. Mais c’était un mal pour un bien et il fallait penser à travailler. J’ai trouvé un emploi tout en étudiant le soir pour passer un BTS par correspondance. Et je l’ai réussi ! »

Cap vers l'énergie

Après quatre ans comme responsable technique d’une société HLM, David Titus crée en 1997 une société de menuiserie industrielle, recevant en 2003 le premier prix de la jeune chambre économique de La Réunion dans le cadre de la création d’entreprise et des projets innovants. Parallèlement, il étudie l’anglais, langue indispensable pour le commerce, puis… le chinois : « Un ami, Chinois d’origine, m’a invité à Shanghai dans le cadre de mon travail. Dès le premier jour, je suis tombé amoureux de ce pays et de sa culture. À mon retour, j’ai décidé de parler et comprendre le chinois en deux ou trois ans. J’ai vu à mes dépens que ce n’était pas de l’anglais ! Mais je n’abandonne pas. »

2009. Le chef d’entreprise doit mettre la clé sous la porte de sa menuiserie, perdant tout ce qu’il a construit en douze ans. « Je n’étais pas préparé aux coups bas qu’on peut connaître dans la vie professionnelle… », évoque-t-il sobrement, précisant seulement : « J’ai pris un an pour me ressourcer. »

Remis en selle, il lance une nouvelle société dans l’import-export, puis une autre dans le domaine de l’énergie. Une troisième, en cours de création, a pour objectif d’accompagner les mesures gouvernementales d’amélioration des logements : « Les familles les plus défavorisées sont directement visées par ces certificats d’économie d’énergie. Mais elles ne sont pas informées et vivent isolées, dans le froid, sans en parler. Comme partout ailleurs, plus on est appauvri, plus on se recroqueville. » Un nouveau défi !

Aux côtés d'Apprentis d'Auteuil

Membre actif du cercle des anciens de La Ruche / lycée Saint-François-Xavier, David Titus revient régulièrement dans l’établissement pour témoigner de son parcours auprès des jeunes et échanger avec eux sur leur avenir. Par ailleurs, le cercle des anciens s’est récemment mobilisé pour lever des fonds en faveur de la restauration d’une chapelle à La Nouvelle, un village très reculé du cirque de Mafate : « Nous l’avions construite à l’époque pour les gens de Mafate. Maçons, métalliers, plombiers, on montait tour à tour sur le chantier. C’était un très grand moment même pour moi qui suis arrivé quand la chapelle était en cours de finition. »

Pour démultiplier ses actions et répondre aux demandes d’urgence, un petit groupe du cercle des anciens a créé en 2018 l’Association des camarades, familles et anciens de la Ruche et de la Réunion (ACFAR), ouverte à tous : « Nous voulons mettre en place des actions immédiates auprès des anciens en difficulté, mais aussi pour toute personne dans le besoin. »

Pour David Titus, époux et père de quatre enfants, sa famille représente « une bénédiction et une grande force ». Il aborde aujourd’hui la cinquantaine, heureux du tournant que sa vie a pris le soir où il a décidé de changer de chemin : « Cela m’a permis dans une période décisive, de m’orienter et de développer une fibre d’entraide, de partenariat et de respect de soi-même et des autres. Ces valeurs que porte Apprentis d’Auteuil, je voudrais les transmettre aux jeunes. »

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.