Le couperet des 18 ans : le CESE rend son avis sur l'accompagnement des jeunes en protection de l'enfance

Le couperet des 18 ans : le CESE rend son avis sur l'accompagnement des jeunes en protection de l'enfance

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Pour la plupart des jeunes accompagnés par les services de la protection de l’enfance, 18 ans est un âge couperet, celui où toutes les aides s’arrêtent. Or, ces grands adolescents sont souvent loin de l’autonomie. Afin de prévenir les ruptures de parcours, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) vient de rendre publiques ses préconisations auxquelles Apprentis d’Auteuil a contribué. Les explications d’Antoine Dulin, vice-président du CESE.

Quelle est la situation des jeunes sortants des dispositifs de la protection de l’enfance ?

Nous n’avons pas de données claires sur leur situation, seulement quelques chiffres : plus de 330 000 jeunes bénéficient de mesures de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), dont 20 900 majeurs (de 18 à 21 ans). Leur accompagnement dure en général de trois à six mois. 1 % d’entre eux seulement bénéficie d’un accompagnement de plus d’un an, ce qui est très peu. Mais plus grave, nous ne savons pas précisément combien de jeunes majeurs sortent tous les ans des dispositifs de l’ASE… 90 000 ? Moins d’un tiers bénéficie d’un suivi. Ce manque de données chiffrées est un problème.
Nous constatons de plus une grande disparité dans les politiques des Départements. Nous alertons l’opinion publique sur l’urgence d’agir pour ces jeunes qu’on somme d’être autonome à 18 ans : c’est un terrible gâchis humain et financier, qui recèle beaucoup de souffrances. Avec des conséquences : un quart des sans domicile fixe est un ancien des services de l’ASE, 30 % des utilisateurs des services d’hébergement temporaire ou de restauration gratuite sont aussi des anciens de l’ASE…

Quelles sont les principales préconisations du CESE concernant ces fins de parcours en protection de l’enfance ?

L’urgence est de garantir une aide à ces jeunes tout justes majeurs. Nous avons deux options : tout jeune de 18 ans sortant ou non de l’ASE, sous condition de ressources, pourrait bénéficier d’un parcours vers l’insertion assorti d’une garantie de ressources (il faudrait modifier le droit commun). Cette option a l’avantage de ne pas les stigmatiser. Sinon, il faudrait créer un fonds spécifique, qui permettrait leur prise en charge jusqu’à la fin de leurs études ou jusqu’au premier emploi durable, fonds financé par l’État et les Départements.
Autres préconisations : simplifier les démarches administratives (avec l’ouverture d’un compte bancaire avant la majorité), structurer le réseau affectif et social (grâce au parrainage citoyen de proximité ou un parrainage d’une personne issue du monde de l’entreprise).  (pour le consulter, texte intégral, synthèse)

Quel regard portez-vous sur la contribution d’Apprentis d’Auteuil à ces préconisations ?

Apprentis d’Auteuil nous a apporté son expérience et son expertise sur ces sujets, en nous présentant par exemple le dispositif La Touline. Il était aussi fondamental pour nous d’entendre de jeunes majeurs issus de ses établissements s’exprimer, dire ce qu’ils vivent. Ce sont les premiers concernés. Ils nous ont montré l’urgence d’agir. 

La contribution d'Apprentis d'Auteuil

Consulté lors des travaux préliminaires à cet avis, Apprentis d’Auteuil a pu apporter son expertise d’opérateur de terrain sur la question de l’accompagnement des sortants de l’ASE. La fondation a mis en avant la pédagogie des équipes dans la préparation du passage à la majorité, et a présenté différents dispositifs : Les Toulines pour les jeunes majeurs issus de l’ASE, les Maisons des familles, lieux de ressources et de soutien pour les parents, en insistant sur la nécessaire articulation de tous les acteurs concernés : familles, école, professionnels du secteur social et du monde économique.
Enfin, la fondation s’est inquiétée de la réduction massive du nombre de contrats jeunes majeurs, outil indispensable à l’accompagnement des publics fragiles, mais de moins en moins mis en place par les Départements.
Apprentis d’Auteuil se félicite de l’avis du CESE qui met en lumière un sujet peu évoqué dans les politiques publiques et les médias, et sur lequel il se mobilise fortement. La fondation espère ainsi que les recommandations portées dans cet avis soient entendues par le Premier Ministre et qu’elles s’inscrivent à la fois dans le cadre de la stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, annoncée en juillet et dans celui de la stratégie nationale de protection de l’enfance, attendue pour l’automne.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.