Rebondir dans les épreuves

Rebondir dans les épreuves

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La résilience permet de traverser le malheur pour donner sens à sa vie. Un chemin qui prend du temps, mais reste ouvert à la plupart des individus.

Mère de deux jeunes adultes de 18 et 20 ans, Anette Caumont a été pendant de longues années victime de violences psychologiques de la part de son conjoint. Désormais divorcée, elle a lancé son entreprise de bijouterie. "Nous avons tous été confrontés à des traumatismes plus ou moins graves, mais nous avons aussi au fond de nous la capacité de nous en sortir et de réagir, affirme-t-elle. "Il faut avoir le courage de quitter ce qu’on connait." Aujourd’hui, face aux difficultés et à la peur qui reviennent parfois, elle ne s’effondre plus, mais fait face. Anette est une résiliente.

Vivre malgré tout

Surmonter une période particulièrement difficile de la vie et se reconstruire, c’est cela, la résilience. Environ une personne sur deux subit un traumatisme au cours de son existence, qu’il s’agisse d’un inceste, d’un viol ou d’une violence subie, de la perte d’un être cher, d’une séparation, d’une maladie grave, d’une guerre... "La définition de la résilience, souligne Boris Cyrulnik, c’est la reprise d’un nouveau développement après une agonie psychique traumatique. Un grand malheur m’est arrivé. Je suis anéanti. Mais je décide de me battre et de me remettre à vivre." Et ceci, à tout âge.
À l’origine, la résilience désigne en physique la résistance d'un matériau au choc. En psychologie, c’est la capacité à vivre et à avancer en dépit de l’adversité. Dans les années 1950, des psychologues américains commencent à s’y intéresser, sous l’influence de John Bowlby et Emmy Werner, deux psychiatres spécialisés dans le domaine de la petite enfance qui étudient la façon dont des enfants se reconstruisent après des premières années difficiles.
En France, c’est le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, lui-même survivant de la Shoah, qui popularise le concept dans les années 1990, observant des enfants roumains laissés à eux-mêmes dans les orphelinats mouroirs de l’ère Ceausescu, puis revenus à la vie au contact de familles d’accueil sécurisantes. L'idée s’impose peu à peu en psychologie, les enfants traumatisés ayant été longtemps pensés comme perdus à jamais dans la France de l’après-guerre.
Aujourd’hui, de nombreux auteurs et praticiens contribuent encore à interroger les apports et les limites de la résilience. La plupart tendent à considérer que tous les individus sont dotés d’un potentiel
leur permettant de traverser le malheur.

Les étapes de la résilience

La résilience comporte des étapes. C’est un processus (et pas une capacité) évolutif, qui peut s’arrêter et repartir, une dynamique de projet, de construction… "Ce qui fait un des intérêts majeurs du concept, souligne Maria Anaut, psychologue clinicienne professeur à l’Université Lumière-Lyon 2, c’est qu’il apporte de l’espoir. Cette approche positive, qui ne dispense pas pour autant des épreuves, change la donne. Et elle permet au thérapeute, qui s’intéresse aux troubles et aux aspects pathogènes du trauma de son patient, de faire aussi attention à ce qui va bien chez lui. Bref, de changer son regard et la manière dont il travaille."
Une conviction partagée par Ariane Calvo, psychologue clinicienne et psychothérapeute, spécialisée en psychotraumatisme, résilience et transitions de vie, qui parle plus volontiers "d’élan vital". "Une notion très proche de la résilience, explique-t-elle. Selon elle, cette capacité de survie peut se travailler tout au long de la vie. "Même si la personne traumatisée ne redevient pas celle qu’elle était avant et que le choc subi laisse des traces."

L'élan vital

Pour autant, malgré les apparences, faire résilience n’est pas si facile, nombre de pseudo résilients cachent leur souffrance derrière un comportement hyper adapté. Si les épreuves permettent très souvent de s’en sortir grandi et renforcé, elles peuvent aussi laisser des traces. "Le processus de résilience naturel et spontané n’est pas si fréquent, souligne encore Marie Anaut. Tous les individus ne sont pas dotés du même potentiel."
Selon Boris Cyrulnik, il existerait en effet trois principaux facteurs qui pourraient aider à faire résilience : le tempérament de l’enfant, le milieu affectif dans lequel il baigne au cours des premières années, un environnement soutenant ou non. Autre facteur déterminant, les fameux tuteurs de résilience et leur attitude à la fois empathique et recadrante, ces personnes clés - amis, famille d’accueil, éducateurs, professeurs ou adultes compréhensifs, thérapeutes ou communautés - auxquelles s’identifier.
Pour Ariane Calvo, l’élément principal pour faire face aux grands drames de la vie, c’est bien cet élan vital qui signifie "j’ai le droit de vivre ". Marquée, au cours de sa carrière, par la manière dont des bébés ou des personnes âgées faisaient le choix de vivre ou de mourir, elle décide de faire de cette pulsion de vie le thème d’une recherche. "J’ai connu moi-même un  démarrage de vie délicat, explique-t-elle. La bonne nouvelle, c’est ce que nous ne dépendons de rien ni de personne pour nous relier à notre élan de vie. Il se fixe avant l’âge de 18 mois. Nous le possédons tous au fond de nous. Je travaille chaque jour avec mes patients pour les aider à retrouver cet élan perdu, à devenir eux-mêmes élans et à renaître à la vie. L’essentiel est d’avancer, porté par la question du sens de ce qui nous arrive."

À LIRE

  • Un merveilleux malheur  et Les Vilains Petits Canards par Boris Cyrulnik, Éd. Odile Jacob
  • L’humour entre le rire et les larmes. Traumatismes et résilience, par Marie Anaut, Éd.Odile Jacob
  • Trouver son élan vital. 10 clés pour rebondir après une épreuve, par Ariane Calvo, Éd. First
La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.