Mathias Romvos, un ancien d'Apprentis d'Auteuil devenu architecte

Mathias Romvos, un ancien d'Apprentis d'Auteuil devenu architecte

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Accueilli aux établissements Sainte-Thérèse à Paris en 1986, Mathias Romvos en garde des souvenirs très vifs. Récit d’un passage fondateur pour l’ancien élève en électrotechnique, devenu architecte.

Un grand entrepôt reconverti en cabinet d’architectes, en plein Montreuil. Aux murs, photos et plans, schémas, maquettes… C’est là que travaille Mathias Romvos, un des cofondateurs de l’agence Graam Architecture, ancien des établissements Sainte-Thérèse d’Apprentis d’Auteuil. Une autre vie, très lointaine, pour le quadra. Il revient aux origines du placement.
Élevé par une maman seule, artiste, dont l’emploi de secrétaire assure le quotidien, le petit garçon se retrouve souvent livré à lui-même. « Je baignais dans la culture. Mais j’étais aussi très seul. » L’année de CE2 marque une première rupture : « J’étais souvent dans la lune. L’instituteur me mettait sous son bureau et me donnait des coups de pied ou m’enfermait la journée entière dans un placard. Pour chaque faute, nous avions un coup de règle sur les mains. Il a été ensuite incarcéré pour attouchements. Cette année de CE2 m’a complètement détruit. »

Premier placement

Après cette année traumatisante, la suite de la scolarité est difficile, Mathias résiste, réplique à chaque geste de violence des enseignants. Il est exclu de son école. « Je n’étais pas mauvais en classe, mais l’autorité n’avait plus prise sur moi. À l’époque, on donnait encore des claques aux enfants à l’école.» L’histoire se répète au collège, où Mathias répond par la violence à celle qui lui est infligée. La mesure d’éloignement est prononcée.
Placé en in institut médico-pédagogique à Saint-Maximin, dans le Gard, le petit Parisien de 11 ans n’a le droit de revenir en famille que 22 jours par an, répartis entre Noël, Pâques, son anniversaire et les congés d’été… « Là-bas, il n’y avait plus vraiment d’enseignement. Les courriers étaient ouverts, et nous n’avions pas le droit d’appeler notre famille. Il fallait rééduquer les enfants comme les parents ! » Adolescent, il intègre ensuite une autre institution dans les Pyrénées-Atlantiques.

Électricien, un métier pour se construire

À 17 ans, sur les conseils de sa mère, Mathias Romvos s’engage dans une formation d’électricien. « Elle m’avait trouvé la Maison Sainte-Thérèse, pensant que cet établissement qui portait son prénom me porterait chance. » Le directeur des établissements Sainte-Thérèse d'Apprentis d'Auteuil, Pierre Sellier à l’époque, l’accueille en ces termes : « Ici, il y a des jeunes de toutes les origines, de toutes les religions, c’est une petite République. Si tu es d’accord, tu y as ta place. »
C’est la surprise. Les jeunes sont éduqués à la responsabilité. Les nationalités se côtoient en bonne intelligence. De nombreux boat-people d’Asie du Sud-Est sont accueillis dans l’établissement. « Nous étions sur un mode autonomie et réflexion collective. Il y avait un autocontrôle fraternel entre nous. Pierre Sellier a été super, et tout le temps. Il était toujours positif avec nous, il suscitait le respect. J’ai toujours dit que Les Orphelins m’ont sauvé. »

Une pause avant de se reprendre

Sur le plan des études, par contre, le bilan de cette première année à la fondation est mitigé. L’adolescent ne veut pas aller en cours, ni travailler. « Pierre Sellier m’a pris à part pour me dire, ce n’est pas le contrat que nous avions passé. Veux-tu aller travailler un temps à l’extérieur ? » Le jeune homme, en contrat jeune majeur, prend, grâce à des amis d’amis, un travail de roadie pour Bernard Lavilliers : il travaille au montage des éclairages sur les concerts du chanteur, revient dormir le soir au foyer. Il tient six mois sur un rythme effréné puis revient à Sainte-Thérèse dire au directeur : « C’est bon ! On a fait un essai, j’arrête ! »

Par hasard, l’architecture

Désormais à fond dans son travail, Mathias Romvos obtient d’excellentes notes à ses examens (19,33 à son CAP, 18,82 à son BEP électromécanicien) ce qui lui vaut un prix décerné par l’Île-de-France. Toujours hébergé à Sainte-Thérèse, il poursuit ses études à l’extérieur en passant un bac F3 qu’il décroche avec la mention bien.
Amoureux d’une comédienne, il se voit entrer à l’école du théâtre national de Strasbourg pour y devenir éclairagiste. « J’étais vraiment à l’ouest. Pour y entrer, il fallait un bac + 2. Je m’étais imaginé que cela signifiait qu’il fallait attendre deux ans après le bac ! » L’architecte pour laquelle sa mère travaille comme secrétaire l’inscrit – pour attendre – en école d’architecture à Tolbiac. « Comme ça, au moins, tu apprendras à dessiner. »

Connaître de A à Z ce qu'on bâtit

La première année est très difficile, tant au plan des enseignements que de l’environnement. « À 99,9 %, c’était des fils de bonne famille. Un milieu très différent de celui que je connaissais. Et rien de la fraternité que j’avais expérimentée. » Mathias Romvos s’accroche, s’y fait une place. Il poursuit à l’ENS d’architecture de Paris-Belleville. C’est au cours de ses études qu’il rencontre la mère de ses enfants. Ils partent un an au Mexique, année pendant laquelle le jeune homme travaille en serrurerie. « Cela reste le leitmotiv de ma vie : quand on bâtit quelque chose, je sais de quoi je parle et comment ça fonctionne. Je sais aussi manipuler ! »

Un métier d'éthique et de générosité

Durant ses années d’études, il fait de belles rencontres, des professeurs exigeants, qui lui demandent de la rigueur, qui lui disent aussi de prendre son temps, de soigner son expression, d’être précis et cohérent. C’est en 1996 qu’il crée une première structure avec des amis, dont il devient gérant en 2006. Aujourd’hui, coassocié de Graam Architecture, il développe des projets autour du matériau bois. À leur actif, des écoles, des logements sociaux, des sièges sociaux, des bureaux. Avec, au cœur, le souci de la qualité et de l’environnement. « Un métier de générosité, d’éthique, où l’on peut donner. »

Pour en savoir plus :

Graam Architecture, 53, rue Marceau, 93100 Montreuil
Tél. 01 83 37 81 80
graamarchitecture.fr

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.