Elijah Bokeli, un ancien d'Apprentis d'Auteuil, champion du monde de kick boxing !

Elijah Bokeli, un ancien d'Apprentis d'Auteuil, champion du monde de kick boxing !

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Ancien de la Maison du Sacré-Cœur d’Apprentis d’Auteuil à Thiais, Elijah Bokeli a remporté le 18 mai 2017 le titre de champion du monde de kick boxing. Dans la foulée, il ouvre sa propre salle de sport à Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne. Portrait d’un jeune homme dynamique.

 Elijah Bokeli arrive au rendez-vous quelques minutes en retard, boitant bas du haut de son 1,85 m (catégorie moins de 81 kg) et prenant soin de sa jambe blessée par le combat de la veille. Mais, tout sourire, il déclare : "La douleur, c’est notre saveur quand on gagne !" Heureux, Elijah peut l’être. La veille, il a remporté la ceinture mondiale WAKO pro, l’une des plus grosses fédérations reconnues de kick boxing (boxe pieds et poings). Son adversaire ? Un jeune Bulgare à qui il avait décrété lors de la pesée : "J’ai 35 ans, j’ai besoin de la ceinture, alors je vais te la prendre. Toi, tu as toute la vie pour aller la chercher !" Pour toute réponse celui-ci a ri. "…Mais je la lui ai prise ! Un combat très dur, on s’est battu "propre", l’arbitre n’a pas eu à intervenir. Et maintenant, c’est mon ami !"

L’homme est tout entier dans ces quelques mots, détermination, force, relationnel… Et ce titre, "un aboutissement grandiose", ponctue des années de pratique avant qu’il n’écrive une nouvelle page avec l’ouverture de Boma Ye Concept, sa salle de sport à Saint-Maur-des-Fossés.

"Avec lui, les jeunes se calmaient"

1991, le petit Elijah, 9 ans, arrive du Congo-Kinshasa avec sa mère. Celle-ci est expulsée… et l’enfant devient pupille de l’État dans l’Essonne. En 1996, il est envoyé à la Maison du Sacré-Cœur, un établissement d’Apprentis d’Auteuil à Thiais, dans le Val-de-Marne, où il reste 4 ans. "J’allais avoir 14 ans, j’ai découvert un monde assez dur, les jeunes venaient de différents quartiers, il y avait des clans, et les embrouilles du dehors se poursuivaient dedans… Je me suis adapté." Côté études, le bon élève, premier de classe en 4ème et 3ème, est orienté en menuiserie car pour l’Aide sociale à l’enfance (ASE), la priorité c’est de passer un diplôme… Lui voulait devenir footballeur.

Sa chance résidera dans les rencontres d’adultes comme Didier Chausson, un éducateur qui avait été garde du corps. "Didier avait une manière de nous aborder, de nous écouter. Nous avions du respect pour lui parce qu’il était juste. Quand on avait des soucis - en 4ème, par exemple, les plus grands nous grillaient la politesse à la cantine -, il prenait parti sans prendre parti, et avec lui les jeunes se calmaient. Il était top. C’était l’un des plus costauds mais il n’a jamais utilisé sa force. Il avait tout compris. Cela me ferait plaisir de le retrouver !"

La rencontre de Michel Galle, le directeur, l’a également marqué, même si celui-ci l’a exclu deux mois avant son brevet car l’adolescent, devenu très bagarreur, avait une fois de plus, une fois de trop, dépassé les bornes ! "…Je n’aimais pas que les autres insultent ma mère", relit l’adulte d’aujourd’hui. Il se remémore les mots de son directeur lors de l’entretien de départ : "Tu es un garçon intelligent. Avec toi, on peut avoir de vrais échanges… Je te souhaite de réussir." Ainsi que sa présence à 8 h du matin le jour du brevet devant la porte du lycée où se déroule l’examen, auquel Mme Meiffret, prof de SVT avait accompagné l'élève  : "Ce que m’a dit Monsieur Galle juste avant d’entrer dans la salle d’examen a été tellement encourageant que, du coup, j’ai "charbonné" et je l’ai eu !"

"Y a un secret dans ce sport!"

L’été d’après, le jeune homme de 17 ans est envoyé par l’ASE à Albertville, pour l’éloigner de Paris. "Un autre jeune de l’ASE et moi, nous avons remonté le club de foot dans le stade des jeux olympiques. En six mois, tout le monde nous connaissait dans la ville…" Il est en BEP de menuiserie mais les histoires de bagarres le poursuivent et il doit retourner à Paris.
C’est là qu’il essaie les sports de combat. "J’avais connu les arts martiaux par Didier qui m’a toujours dit que j’étais intelligent et que j’arriverais à faire de belles choses. Avec lui, je savais dans ma tête que j’étais un gars bien. Un autre monsieur, ancien judoka, voulait que je fasse de la boxe comme son fils. C’était deux personnes très calmes, alors je me suis dit "Y a un secret dans ce sport, je me bats tout le temps, je vais essayer de me calmer".

Les années qui suivent, Elijah se met à fond dans la boxe française, le combat libre, le kick boxing qui sera sa discipline de prédilection. Christophe Bryssens et Patrick Timbert, les deux coaches de son club à Cergy, le soutiennent, l’orientent et voient loin pour lui. Le premier répétant : "Mon gamin, les coups cela ne nourrit pas." Et le second : "Il faut que la boxe te serve d’ascenseur social." Messages que le jeune homme reçoit cinq sur cinq : "Le sport de combat doit mener à autre chose, aider en tant que personne. J’ai testé mes limites et je me suis découvert en tant qu’être humain. La boxe implique dépassement de soi, abnégation et régularité, des qualités essentielles en famille, dans le travail, partout."

Un état d'esprit gagnant

Pour arriver à vivre de sa passion, le sport, il passe tous les diplômes nécessaires dont celui d’éducateur sportif et travaille à Paris comme manutentionnaire, magasinier, distributeur de prospectus, surveillant de nuit dans les parking… "J’avais un état d’esprit gagnant, il fallait que je m’en sorte." Coach depuis l’âge de 25-26 ans, spécialisé dans le coaching particulier et en salle, il ouvre en juin 2017 une salle de sport à Saint-Maur, Boma Ye Concept, axée sur l’entrainement global, le fitness et le travail mental, pour tous publics.

"Dans mon itinéraire, j’ai croisé des jeunes avec des blessures profondes, des amis qui sont morts de la drogue ou de la violence ou qui sont en prison pour de longues peines, je pourrais écrire des livres à ce sujet ! Aujourd’hui, avec Christophe Bryssens, mon entraineur, et le club de boxe LSK boxing de Pontoise, nous allons à la rencontre des jeunes dans les quartiers ou dans les prisons pour les sortir de la galère. J’essaye d’être le plus "Didier" possible !"

Boma Ye Concept, 9 av de la libération, 94100 Saint-Maur-des-Fossés
boma-ye.com

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.