Dominique Cardinal, entre terre et mer

Dominique Cardinal, entre terre et mer

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Après plus de vingt ans à bourlinguer sur tous les océans, Dominique Cardinal, ancien maître principal des transmissions de la Marine nationale, a retrouvé son foyer à Plouguerneau. Passionné de photos et de rencontres, il raconte ses années Auteuil avec émotion et simplicité.

« J’ai fait partie de la toute première fournée de la maison Saint-Pie X, à Domont, dans le Val d’Oise ! » Dominique Cardinal égrène ses souvenirs d’ancien de la fondation - neuf ans au total – qui débutent en 1973, année où le garçonnet de 10 ans entre en 6e.
Troisième d’une fratrie de quatre garçons, il en été extrait (« Exfiltré ! », précise-t-il) par une tante inquiète du climat familial. « Le souffre-douleur, oui, on pourrait dire cela, reconnait-il a posteriori. Je n’ai jamais compris pourquoi. J’ai eu de la chance d’atterrir aux OAA (1). »
Pour le soustraire à la violence, sa tante le confie à Apprentis d’Auteuil. « Je me suis senti tout de suite bien, et pourtant, l’ambiance était stricte (mais bienveillante !) Je rentrais très rarement chez moi, même à Noël. On était quatre ou cinq dans ce cas-là. J’y ai rencontré des gens super, dont ma professeure de français, Mme Manchevelle. À tout jamais, je lui dis merci. Elle m’offrait des cadeaux à Noël, m’encourageait. Elle m’a beaucoup aidé. J’étais souvent collé le samedi : je faisais partie d’un groupe de garçons toujours prêts à faire les imbéciles. Grâce à elle, de dernier en 6e, je suis passé premier en 5e. »
Dominique se souvient des après-midis dans les bois à chercher des tritons et des crapauds, à grimper dans les cerisiers, des dortoirs à 30 ou à 40, des astuces pour déjouer la vigilance du surveillant, de l’initiation à différents métiers.

Des années d'épanouissement

La situation familiale ne s’améliorant pas, il intègre la Maison Notre-Dame (Saint-Maurice-Saint-Germain, 28) grâce à ses bons résultats. Le choc lui vient, non pas du site du château des Vaux, impressionnant, ni des effectifs, 650 jeunes, mais d’une découverte : « Des filles ! Il y en avait bien trois. Il faut remettre cela dans le contexte de l’époque, les débuts de la mixité. C’était l’inconnu qui débarquait. »
Il s’épanouit dans le sport, pratiqué de façon intensive dans l’établissement, et dont un des professeurs, Robert Jean-Jacques, anime le club photo. Celui-ci l’initie à la composition et au tirage. « Depuis, le virus de la photo ne m’a pas quitté », raconte Dominique Cardinal.
La guitare électrique avec les copains, la musique, Radio Les Vaux ponctuent son quotidien. Et les discussions à bâtons rompus avec le père Favereau, l’aumônier. « Il tient une place à part dans mon cœur, comme Madame Manchevelle. On parlait beaucoup ensemble. Il m’a permis de m’épanouir et de vivre. C’est lui qui m’a montré ce que veut dire le mot « élever ». C’était le bon Dieu sur terre. »

L'engagement dans la Marine

Ses résultats scolaires sont plus mitigés. Dominique redouble sa 1ère, loupe de peu son bac F1 construction mécanique. Il ne le repasse pas : « J’ai eu besoin de voir autre chose après presque 10 ans d’internat, alors je suis parti au service militaire dans la Marine, ce que je voulais, via le concours de la Marine marchande. »
Dès 1983, le jeune homme s’engage. La discipline, le métier dans les transmissions, les voyages, tout lui convient.
Il rencontre Yvette lors du mariage d’un cousin à Plouguerneau, en 1984, et l’épouse deux ans plus tard. Après le mariage, le jeune couple part à la Réunion et y reste deux ans. Yvette a terminé ses études d’institutrice et fait des remplacements. « C’est un très bon souvenir : nous vivions avec les Réunionnais et les différentes communautés de l’île vivaient vraiment ensemble. C’est là que j’ai pris conscience des problèmes qu’il y avait dans le monde, avec l’actualité autour de l’apartheid en Afrique du sud. »
Après cette mission, le couple revient en Bretagne. Dominique reprend la mer, pour de longues ou plus courtes missions, parfois sur des zones de conflit. Il intègre une petite équipe qui s’occupe du réseau. C’est ainsi qu’il assiste aux débuts balbutiants de l’informatique et à son essor, qu’il monte une des premières liaisons rapides informatisées par télex, et sur le Charles de Gaulle, le premier guichet automatique de banque. « Au début, on ne voyait pas quelle révolution l’informatique allait être, on n’imaginait qu’une application militaire. »

Métier, transfiliste

Entretemps, Keven est né en 1988, Gwendolyn en 1992. La vie s’est organisée autour de son absence. Yvette confie : « Je savais à quoi je m’engageais. J’étais entourée. La famille vivait chacun de ses retours avec un bonheur immense. Il ne manquait pas de nous rapporter des cadeaux des pays visités : une tenue traditionnelle, un instrument de musique… » Dominique poursuit : « On se doit à son métier. J’ai pu assister à la naissance de mes deux enfants, aux premiers pas de mon fils. D’autres n’ont pas eu cette chance. J’ai toujours eu des pachas géniaux, très humains (le commandant de bord, ndlr). »
Tout au long de ses 23 ans, 8 mois et 4 jours de carrière (sic), il se forme à Toulon et passe différents diplômes jusqu’au brevet supérieur de transfiliste, l’équivalent d’un BTS. « J’ai complètement changé de vie, moi qui ne voulais pas apprendre ma physique quelques années avant ! »
Les souvenirs les plus marquants ? « Avec la Jeanne d’Arc, la première fois que j’ai posé le pied en Afrique du sud. C’était la fin de l’apartheid, on sentait cette joie immense. Un moment magique, comme la rencontre avec le pape Jean-Paul II à Rome, avec tout l’équipage de la Jeanne d’Arc. Et bien sûr, le passage du cap Horn et du cap de Bonne Espérance ! »

Passion photos

En 2005, de graves problèmes de dos lui font perdre l’accréditation à l’embarquement. Un déchirement.  Dominique intègre la Force océanique stratégique à terre. Mais la mer lui manque trop. Il démissionne. « J’ai postulé pour le poste d’informaticien de la commune : une médiathèque se montait à Plouguerneau. Pour cela, il fallait le bac que j’ai obtenu par une validation des acquis de l’expérience (VAE). Après ma femme, c’est au père Favereau que j’ai annoncé la bonne nouvelle. Il en a pleuré d’émotion. »
Après cette expérience, il enchaîne avec la médiathèque de Plouider durant trois ans, avant de reprendre en septembre 2016, son poste d’informaticien à la mairie de Plouguerneau. Il s’adonne toujours à la photo, son grand plaisir, à ses expositions de paysages, de sportifs, de musiciens de renom pris à Brest, au festival des Vieilles Charrues… 
Ce qu’il retient surtout d’Apprentis d’Auteuil ?  « L’apprentissage d’un métier dans une fondation qui vous ouvrait les portes. Mais au-delà, la rigueur, le sens du collectif, les belles rencontres, et l’accueil, sans aucun jugement. »

(1) Orphelins Apprentis d'Auteuil, nom de la fondation à l'époque

Pour voir le travail photographique de Dominique Cardinal : les sorties de Dom

Florilège de photos...

 

 

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.