Yannick Blanc : "L’engagement, l’arme la plus efficace pour lutter contre la fragmentation de la société. "

Yannick Blanc : "L’engagement, l’arme la plus efficace pour lutter contre la fragmentation de la société. "

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Yannick Blanc, président de l’Agence du service civique, est aussi Haut-commissaire à l’Engagement civique. Il sera présent au séminaire « Investir dans la jeunesse » organisé le 21 septembre à Apprentis d'Auteuil. Propos recueillis par Félix Lavaux.

Qu’est-ce que le service civique ?

Le service civique est un dispositif qui permet à un jeune de 16 à 25 ans d’effectuer une mission d’intérêt général (dans un service public ou dans un organisme d’intérêt général) de 6 mois à 1 an pendant laquelle il reçoit une formation civique et citoyenne. Il ou elle est encadré par un tuteur et reçoit une indemnité de 577 euros par mois. Il est important de souligner que le service civique n’est ni un stage ni un job. Son statut est plus poche du bénévolat que du salarié. L’idée est de faire du service civique une phase de pédagogie de l’engagement pour tous les jeunes.

En 2016, 110 000 jeunes devraient faire leur service civique. Celui-ci deviendra universel en 2018. Pourquoi ?

En 2015, le président de la République a souhaité que le service civique devienne universel pour qu’il permette à une majorité de jeunes de s’engager. Une classe d’âge étant composée de 700 000 personnes, on estime que le service civique devrait concerner à terme au moins 350 0000 jeunes. L’idée n’est pas de faire du chiffre mais que le service civique devienne une habitude encrée dans la société française.

Vous êtes également Haut-commissaire à l’Engagement civique. Quelle place l’engagement a-t-il dans la société française aujourd’hui?

L’idée est de s’appuyer sur les capacités d’engagement considérables qui existent déjà dans notre pays : 16 millions de Français, soit le quart de la population, donnent du temps pour du bénévolat. En développant le service civique et en créant la réserve civique (1), l’objectif est de revaloriser les valeurs de la République : la fraternité, la solidarité, l’entraide. L’engagement est probablement l’arme la plus efficace pour lutter contre la fragmentation de la société française

L’engagement, est-ce permettre à l’individu de s’engager dans un mouvement collectif ?

Au XXème siècle, lorsqu’on s’engageait en religion, dans l’armée ou dans le monde ouvrier, l’individu s’effaçait complètement derrière le collectif. Aujourd’hui, une personne qui s’engage le fait par altruisme mais aussi pour elle, comme un élément de son parcours de vie individuel. 

Depuis 2012, vous êtes également président de La Fonda, un laboratoire d’idées sur le monde associatif. Quelle est la particularité du monde associatif français ?

Le monde associatif français est extrêmement vivant. Le nombre d’associations s’est beaucoup développé dans les années 80 et depuis le rythme ne s’est pas ralenti : entre 70 000 et 80 000 associations sont créées chaque année en France. La caractéristique la plus remarquable du monde associatif français, c’est son grand émiettement. Il existe beaucoup de petites associations, mais elles ne souhaitent plus appartenir à de grandes structures institutionnelles où elles seraient dépendantes de procédures, de règlement. En revanche, lorsque les associations travaillent ensemble sur le terrain cela fonctionne bien. 

A La Fonda, vous avez fait un travail de prospective sur le monde associatif. Comment devrait-il évoluer ?

Nous avons identifié les grandes transformations qui travaillent le monde associatif. La première, comme je viens de le dire, est l’affaiblissement des grandes structures fédératives. Et néanmoins la très forte volonté des personnes d’agir via des associations. C’est un paradoxe très fort et cela crée beaucoup d’incertitude sur la forme que prendra l’engagement associatif dans les années qui viennent. Ce qui est sûr, c’est que le fait associatif sera présent car les collectivités publiques et les administrations ont besoin du monde associatif pour développer leurs actions. Aujourd’hui, toutes les nouvelles politiques publiques se font en partenariat avec le monde associatif. Idem du côté du monde de l’entreprise. D’ailleurs, les directeurs des ressources humaines recherchent désormais des salariés qui s’engagent dans le bénévolat. Car quelqu’un qui est bénévole, c’est quelqu’un qui a le sens du collectif, de la responsabilité, qui est capable de travailler en mode projet.

Les attentats en France ont-ils renforcé l’engagement des Français auprès des associations ?

Beaucoup de Français veulent effectivement lutter à leur niveau contre le risque terroriste ou contre les menaces qui pèsent sur notre pays. Les candidatures au concours de gardien de la paix, de gendarme se multiplient. Les candidats à la réserve opérationnelle ont aussi beaucoup augmenté. Les Français veulent aussi s’engager dans des missions qui ne sont pas directement liées à la sécurité, mais qui sont au service de la cohésion sociale et qui agissent sur les causes de la fragmentation sociale, de la radicalisation et du terrorisme. C’est pour ces raisons que la réserve civique a été créée.

(1) La réserve civique, créée dans le cadre du projet de loi « Egalité et Citoyenneté », permet à tous les citoyens de s’engager au service de l’intérêt général et d’apporter ponctuellement leurs compétences à une mission de service public ou d’intérêt collectif. La réserve civique regroupera à terme les réserves citoyennes qui existent déjà dans plusieurs domaines (défense, police, éducation nationale…). 

France stratégie organise, en partenariat avec Apprentis d’Auteuil, un séminaire mercredi 21 septembre prochain sur l’avenir de la jeunesse. Quelles priorités ? Quelles marges de manœuvre ? Quels leviers ? Nicolas Truelle, directeur général d'Apprentis d'Auteuil, ouvrira les débats. Yannick Blanc, Haut-commissaire à l'Engagement civique, devrait les clore. Autres intervenants : Daniel Agacinski, Tom Chevalier, Nicolas Charles, Pierrine Robin, Cyprien Avenel, François Sarfati, Antoine Dulin...

Lieu : siège social d’Apprentis d’Auteuil 40 rue Jean de La Fontaine 75016 Paris. Inscription gratuite à : seminaire.jeunesse@apprentis-auteuil.org

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.