Daniel Agacinski : Quelle école pour demain ?

Daniel Agacinski : Quelle école pour demain ?

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Interview de Daniel Agacinski de France Stratégie qui organise un séminaire "Investir dans la jeunesse" le 21 septembre à Apprentis d'Auteuil.

Quel a été votre constat sur la situation de l’école aujourd’hui en France ?

Les résultats du système éducatif français sont bien en dessous des pays les plus performants. Il se caractérise également par une très forte tendance à reproduire les inégalités sociales. Les élèves issus de milieux défavorisés ont ainsi des résultats scolaires nettement inférieurs aux autres. Cette situation a notamment été révélée par l’enquête PISA 2012. Un certain nombre de ses conclusions ont été à l’origine des réformes engagées ces dernières années (la réforme de la formation des enseignants ou la réforme du collège, NDLR). Mais il est encore trop tôt pour les évaluer.

Quelles sont les causes de la sous performance du système éducatif français ?

L’une des causes mises au jour tient à l’investissement global dans l’éducation moins important en France. Notre pays consacre 15% de ressources en moins à l’école primaire que la moyenne des autres pays de l’OCDE. Un chiffre d’autant plus significatif que c’est précisément en primaire que les inégalités peuvent être réduites au maximum. Même si un rattrapage est en cours, notre système éducatif est également en dessous de la moyenne pour la scolarisation des enfants de moins de 3 ans. Enfin, même si ses moyens ont été revalorisés récemment, l’éducation prioritaire bénéficie toujours de moyens globalement moins importants.

Vous souhaitez également faire évoluer la formation des enseignants. Pourquoi ?

Si l’on se projette dans dix ans, il est nécessaire de déterminer ce que les élèves devront apprendre et comment les enseignants pourront les y préparer. Or, les mutations du marché du travail à venir vont nécessiter d’adapter les compétences des personnes, de changer de métier plusieurs fois au cours de sa vie. Il est donc important de doter les futurs actifs de compétences transversales. C’est l’objet notamment de la réforme actuelle des programmes.

Les enseignants travaillent peu en équipe. Et utilisent peu les méthodes pédagogiques différenciées selon le niveau des élèves (1). La façon d’enseigner est-elle aussi à revoir ?

En France, les enseignants travaillent traditionnellement d’une manière très individuelle. Dans les pays où les enseignants coopèrent d’avantage, les résultats des élèves sont meilleurs. C’est donc un enjeu important. La réforme de la formation des enseignants et la réforme du collège en cours devraient faire évoluer ces pratiques. 

En matière de moyens, faut-il continuer à renforcer les salaires des enseignants au primaire ?

Il est effectivement nécessaire de continuer à augmenter globalement les moyens alloués à l’école primaire qui sont toujours en dessous de la moyenne des pays qui nous sont comparables. Mais nous ne proposons pas de dépenser plus pour dépenser plus ! Il faudrait mener au préalable un vrai travail d’évaluation pour déterminer ce qui aurait le plus d’impact sur les résultats des élèves : l’augmentation du revenu des enseignants - un élément important de l’attractivité du métier, car nous avons aujourd’hui beaucoup de mal à attirer les meilleurs étudiants dans l’enseignement – la taille des classes, les dispositifs innovants ou encore le numérique ?

Les conséquences sociales de l’échec scolaire sont souvent méconnues.

Le taux de chômage entre jeunes qualifiés, et jeunes peu ou pas qualifiés, passe du simple au double. Etant donné l’évolution des métiers et des qualifications dans les années à venir, le décrochage scolaire risque de devenir un handicap de plus en plus important. Il faut donc lutter contre celui-ci le plus tôt possible pour éviter que les jeunes ne se retrouvent dans des impasses durables. 

Le 13 juin, vous avez organisé un débat avec différents acteurs du monde de l’éducation pour nourrir cette réflexion sur l’école. Quelles sont les pistes de réformes ?

Des consensus assez forts se sont dégagés sur la nécessité de renforcer les moyens, de donner la priorité au primaire, de continuer l’effort sur l’éducation prioritaire. Nous avons le sentiment que les querelles de chapelle entre les pédagogues et les autres sont d’avantage des obstacles que des pistes de réponses construites.

Beaucoup de choses se jouent également dans la distribution des responsabilités à différents niveaux du système éducatif. Nous avons constaté qu’il existait plusieurs conceptions de l’autonomie des établissements et de ses finalités à l’Education nationale.

Les établissements doivent-ils avoir une autonomie à la marge ? Est-on prêt à laisser les acteurs de terrain faire des choses différentes ? Apparemment, cela ne va pas de soi. Cette question sera certainement un des points de débat des élections en 2017. Cette réflexion de France Stratégie sur les réformes du système éducatif français est une première étape. Nous publierons dans les mois qui viennent un deuxième volet de ce chantier 2017/2027.

Dans le cadre des réflexions prospectives menées par France Stratégie, quelle a été la place des questions d’éducation ?

Pour ce chantier 2017/2027, nous avons mené 12 études sur différentes thématiques : la compétitivité, l’emploi, le climat, le numérique…. Sur l’ensemble de ces enjeux, les besoins de formation et de compétences sont apparus comme centraux et justifient l’appel à un effort en matière d’éducation dans notre pays.

(1) Selon l’enquête TALIS de 2013, 78% des enseignants disent ne jamais observer le travail de leurs collègues en classe, contre 45% en moyenne dans l’OCDE. 

Débat sur la jeunesse le 21 septembre

France stratégie organise, en partenariat avec Apprentis d’Auteuil, un séminaire mercredi 21 septembre prochain sur l’avenir de la jeunesse. Quelles priorités ? Quelles marges de manœuvre ? Quels leviers ? Nicolas Truelle, directeur général d'Apprentis d'Auteuil, ouvrira les débats. Yannick Blanc, Haut-commissaire à l'engagement civique, devrait les clore. Autres intervenants : Daniel Agacinski, Tom Chevalier, Nicolas Charles, Pierrine Robin, Cyprien Avenel, François Sarfati, Antoine Dulin...

Lieu : siège social d’Apprentis d’Auteuil 40 rue Jean de La Fontaine 75016 Paris. Inscription gratuite à : seminaire.jeunesse@apprentis-auteuil.org

France Stratégi

France Stratégie est un organisme de réflexion, d’expertise et de concertation créé en avril 2013 pour succéder au Commissariat général du Plan et placé auprès du Premier ministre. En vue d’éclairer les choix collectifs par des travaux d’étude et de prospective, France Stratégie a engagé le projet « 17/27 » visant à analyser les enjeux de la décennie qui suivra la prochaine élection présidentielle. Des documents thématiques produits par les experts de France Stratégie sont publiés sur un site web spécifique qui accueille aussi des contributions d’experts et d’acteurs de la société civile. Aucun des documents publiés dans ce cadre n’a vocation à refléter la position du gouvernement. 

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.