L'intégration en France passée au crible

L'intégration en France passée au crible

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Des chercheurs de l’Ined et de l’Insee ont mené une vaste enquête sur l’intégration et l’expérience des discriminations vécues par les immigrés et la seconde génération. Une grande première qui met à jour les blocages et les réussites de la société française. Zoom sur les résultats en matière scolaire et d’emploi.

Au-delà des clichés et des représentations, que sait-on vraiment de la situation des immigrés et de leurs descendants en France ? Quels parcours scolaire, professionnel, matrimonial, quel accès au logement ou à la santé ? Et surtout, comment leurs origines impactent-elles  leurs trajectoires ?

Une enquête unique en son genre

22 chercheurs de l’Institut d’études démographiques (Ined) et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) ont mené une enquête unique en son genre, dont les résultats sont parus dans « Trajectoires et origines, enquête sur la diversité des populations en France ».
Les données ont été collectées entre septembre 2008 et février 2009 auprès de 22 000 personnes appartenant à trois groupes : les immigrés (personnes nées étrangères à l’étranger), les descendants d’immigrés (personnes nées en France, dont au moins un des parents est immigré) et la population majoritaire (des personnes qui n’ont pas de lien direct avec l’expérience de l’immigration en France métropolitaine, soit 76 % de la population).

L'école et la réussite

L’enquête met à jour plusieurs moments critiques, dont les années collège, qui déterminent largement l’obtention d’un diplôme. Elle mesure ainsi les effets bruts de l’origine des parents sur le risque de n’en avoir aucun au-delà du  brevet. Cette situation, considérée comme un « abandon scolaire prématuré », concerne 15 % des 18-35 ans qui vivaient en France pendant la période étudiée et 16 % de la population masculine.
Des écarts importants sont remarqués concernant les garçons d’origine extra-européenne (35 % des fils d’immigrés turcs, par exemple, n’ont pas de diplôme au-delà du brevet). On remarque aussi des différences importantes entre les filles et les garçons : les descendantes d’immigrants ont des performances scolaires équivalentes ou meilleures que les filles de la population majoritaire, à une exception près.
Les effets de l’origine des parents disparaissent presque complètement à la fin du secondaire, avec quelques différences selon le sexe. Les descendants d’immigrants ont autant de chances d’avoir le bac que les garçons de la population majoritaire, quand les filles d’immigrants ont plus de chance de l’avoir que les autres filles, exceptées celles dont les parents viennent de Turquie ou d’Algérie. 

Emploi et chômage

L’étude a analysé les effets nets de l’origine des parents sur l’obtention d’un emploi dès la 1ère année de vie active. Et mis à jour des disparités selon les origines. Ainsi, les descendants d’immigrés peinent plus à trouver un emploi que les hommes de la population majoritaire. Leurs difficultés sont par exemple accrues de 20 % quand ils sont d’origine maghrébine. 
Du côté des femmes, alors que leurs performances scolaires sont égales voire meilleures que celles de la population féminine majoritaire, les descendantes d’immigrants ont un risque accru de 40 à 70 % de ne pas trouver un travail un an après la fin de leurs études. Difficultés qui amènent certaines à se retirer du marché du travail.
On note aussi un sur-chômage quasi généralisé chez les descendants d’immigrants extra-européens, en particulier pour ceux originaires d’Afrique et de Turquie (27 % de chômeurs, contre 8 % dans la population majoritaire). Mêmes disparités dans la population féminine, avec une sur représentation des descendantes d’Algériens et de Turcs chez les chômeuses. Des données qui ne sont expliquées qu’en partie par un cumul de handicaps sociaux.


L'enquête, qui compte 600 pages, est la première du genre menée en France. Elle explore également les modalités de l'ascension sociale, les problématiques en zones urbaines sensibles, les langues parlées pendant l'enfance, la mixité des couples... Une multitude d'entrées et d'analyses qui en fait un ouvrage de référence sur les questions d'intégration en France. Elle note en conclusion des progrès en matière de capital scolaire et social, mais des difficultés importantes sur le marché du travail, ainsi que des expériences de discrimination et de racisme pour les minorités visibles.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.