Le logement, un pas vers l'insertion des jeunes

Le logement, un pas vers l'insertion des jeunes

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Alors que vient de s'achever la 7e édition de la Semaine du logement des jeunes, Apprentis d'Auteuil se penche sur cet élément essentiel d’une insertion réussie. En 2016, l'accès au logement représente toujours une difficulté majeure pour les jeunes qui font face à des difficultés scolaires, sociales et familiales.

Pour les jeunes les plus fragiles, ceux dont les parcours scolaires ont été chaotiques et qui ne disposent pas d’un soutien familial ou amical, les débuts dans une vie adulte et autonome s’avèrent encore plus compliqués que pour d’autres jeunes du même âge. Entre 16 et 25 ans, alors qu’ils ont passé le stade de l’obligation scolaire, s’ouvre pour eux une période délicate, souvent marquée par la précarité, les formations courtes, les petits boulots, parfois par l’errance. La question du logement s’ajoute aux difficultés. Comment s’insérer durablement sans logement ? Comment trouver à se loger sans travail ?
Alors qu’Apprentis d’Auteuil a fait de l’insertion des jeunes un de ses axes de travail prioritaires, la thématique du logement s’est imposée dans la réflexion. Pierre d’achoppement dans les parcours de formation ou d’insertion, le logement des 16/25 ans est, pour la fondation, un outil dans l’accompagnement qui leur est proposé.
Actuellement, Apprentis d’Auteuil gère 10 établissements de logement adapté pour les 16/25 ans en situation de précarité, ce qui représente un peu plus de 500 places. Ce sont des Résidences sociales, dont six sont agréées Foyer de jeunes travailleurs (FJT). « C’est pour la fondation un champ relativement nouveau par rapport à notre cœur de métier : les activités scolaires, la formation et protection de l’enfance, précise Marine Tignon, de la direction des Politiques et Ressources éducatives. Apprentis d’Auteuil s’adresse à un public en précarité sociale, économique et familiale. Ce logement adapté est temporaire, et doit favoriser l’accès à un logement autonome de droit commun. »

EN CHIFFRES À APPRENTIS D’AUTEUIL

  • 10 établissements de logement adapté pour les 16/25 ans en situation de précarité (Résidences sociales, Foyers de jeunes travailleurs… )
  • Capacité d’accueil : 500 places
  • 29 % des jeunes ne vivant pas chez leurs parents ont un logement trop petit, contre 16 % de l’ensemble de la population (source : fondation Abbé Pierre, 2015)

Premiers pas vers l'autonomie

« C’est parce que le jeune est en difficulté au niveau du logement (certains vivent dans la rue ou dans leur voiture) que nous l’aidons, note Marie-Françoise Zerbonne, directrice du FJT Frédéric Ozanam (Tournan-en-Brie, 77) Sans logement, l’insertion sociale et professionnelle n’est pas possible, car il faut arriver à l’heure, être propre, avoir une adresse pour le CV. Le logement est crucial pour les 16-25 ans. En Île-de-France, la problématique est encore plus aiguë qu’ailleurs… » « Il ne faut pas confondre une résidence avec une Maison d’enfants, précise d’emblée Timothée Maurice, directeur de la Résidence Jean-Paul II (Liévin, 62). Nous ne sommes pas dans une prise en charge, mais dans un accompagnement vers l’autonomie. L’objectif, c’est l’insertion, c'est-à-dire, un travail décent, pérenne et rémunérateur, une vie sociale et citoyenne assumée, avec des liens noués avec l’entourage, le voisinage… »
C’est tout l’enjeu de l’accompagnement d’Apprentis d’Auteuil. Après examen de son dossier et un entretien pour discuter de son projet et de sa situation, le jeune fait son entrée dans la structure. Il doit disposer des revenus nécessaires pour payer son loyer, si minime soit-il, en fonction des aides qu’il peut percevoir (par exemple, l’Aide personnalisée au logement).
L’accompagnement qui lui est proposé se situe sur une ligne de crête, ni intrusif, ni complètement optionnel. « Nous ne faisons pas des jeunes des assistés, souligne Xavier Crépin, directeur du FJT Jean-Marie Vianney (La Côte-Saint-André, 38). Chacun doit saisir sa chance et prendre peu à peu sa vie en main. Le jeune n’est plus chez ses parents ou en foyer, pas encore seul dans la vie et dans la société. Cette parenthèse doit l’aider à se mettre au clair, notamment dans ses relations, sa gestion financière, ses démarches. » Gestion du budget, santé, repas, loisirs, découverte de ses devoirs et de ses droits… le jeune gagne petit à petit en autonomie. 

Une dynamique d'insertion

À la Résidence Jean-Paul II, les profils sont très divers : certains viennent en raison d’une formation ou d’un emploi proche géographiquement, d’autres, suite à une rupture familiale, d’autre encore, après leurs 18 ans, à l’arrêt de leur prise en charge dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance ou en famille d’accueil. Ainsi, Jordi, 21 ans : « Je m’étais retrouvé à la rue. J’ai vécu chez des tiers pendant six mois. J’ai trouvé un CDI sur Liévin dans la restauration, et il fallait un logement, mais je n’avais pas de quoi payer le premier loyer et la caution. Ici, c’est une stabilité. »
Dans chaque structure, une équipe pluridisciplinaire travaille aux côtés du jeune. Jimmy, 20 ans, du FJT Jean-Marie-Vianney, témoigne : « Ils m’ont beaucoup aidé dans mes démarches. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus sûr de moi. J’ai découvert et appris mon métier (ndlr, Jimmy a obtenu un CAP maintenance de collectivités, option carreleur-mosaïste). Ce que j’ai appris ici me servira toute ma vie. »
À la Résidence sociale Saint-Bruno (Vaulx-en-Velin, 69), chaque jeune a son référent qu’il rencontre de manière informelle pour travailler son parcours personnalisé. Jean-Nicolas Carrelet, éducateur, précise : « Comme tous mes collègues, j'avance avec eux selon quatre axes essentiels : le logement, l’insertion, la santé et la culture. Sans oublier la gestion des budgets. On impulse aussi un accompagnement socio-éducatif : apprendre à tenir son intérieur, son linge, à faire les courses, etc. On ne fait pas à la place. »
Caractéristique du suivi : le cadre n’est pas contraint. Les résidents expérimentent leur toute nouvelle vie d’adulte. Pour ceux qui sortent d’années de placement, il est nécessaire de s’adapter à cette liberté et de faire face à ses responsabilités. « Ce temps est indispensable, complète Jean-Nicolas Carrelet. En entrant ici, les jeunes savent que leur place est conditionnée à leurs démarches d’insertion, qu’ils doivent adhérer à cette dynamique. La finalité est aussi de leur permettre de retisser des liens sociaux. Avec mes collègues, nous attachons beaucoup d’importance à l’échange, l’entraide, ce qu’on appelle communément le vivre-ensemble. »

Le temps de l'envol

Pour les résidences et les FJT, le travail en lien avec le tissu associatif et social est essentiel, entre autres, avec Pôle Emploi et la Mission locale. Le FJT Jean-Marie Vianney bénéficie aussi de la présence sur le site d’établissements de formation d’Apprentis d’Auteuil, autre outil d’insertion.
Dès leur entrée, les jeunes savent qu’ils habitent un logement temporaire et qu’ils devront se mettre en marche rapidement. La durée de l’accueil est fixée à deux ans maximum. Quand l’échéance se précise, la structure mobilise fortement la personne.
Mustapha, 23 ans, vient de quitter la résidence : « J’y suis resté deux ans et demi. C’était une belle période. Je ne connaissais personne à l’arrivée, je me suis intégré petit à petit. On est très entourés par l’équipe. Ils nous donnent de la force. Je ne garde que du positif. On apprend aussi à être de plus en plus autonome : gestion du budget, cuisine, papiers, etc. Aujourd’hui, je suis dans un autre foyer un peu plus grand, pour des personnes plus actives avec un salaire correct. »

Cédric, 20 ans, résident au FJT Frédéric Ozanam (77) 
« Je suis arrivé ici il y a huit mois, car ma mère, ma sœur et moi avons été expulsés de notre appartement. Sans CDI ni garantie, impossible de trouver un logement. Ici on m’a aidé à faire les démarches administratives, parce que ce n’est pas mon fort. Cette année, j’ai rempli pour la première fois ma feuille d’impôt. J’ai également bénéficié du soutien moral de l’équipe car à mon arrivée, j’étais en dessous de tout. La question du logement est vraiment une question cruciale à mon âge, c’est un tremplin pour continuer sa vie. Cela permet de bosser ou de faire des études. »

Le point de vue de Patrick Quinqueton, président de l'UNHAJ (1)

 Pourquoi le logement est-il un élément clé de l’insertion des jeunes ?
Autour des questions de logement se cristallisent aujourd’hui de nombreuses inégalités. C’est un élément essentiel dans le processus de socialisation des individus qui se joue tout au long de la vie, mais de manière déterminante pendant cette période particulière d’apprentissage et d’expérimentations qu’est la jeunesse.

Quels sont les freins auxquels les jeunes les plus en difficulté sont confrontés ?
Du fait de leur mobilité croissante (choisie ou contrainte), les jeunes sont amenés à changer fréquemment de logement. Par ailleurs, ils ont besoin majoritairement de logements de petite taille et accessibles, dont l’offre est insuffisante, donc chère. Enfin, ils peuvent pâtir des représentations négatives parfois associées à la jeunesse, qui font hésiter certains propriétaires.
La fragilité des situations salariales génèrent d’importantes difficultés économiques : les conséquences sont lourdes en matière de logement et au-delà, dans la vie courante, sur la capacité à se projeter, à imaginer son avenir. Pour y répondre, les acteurs d’Habitat jeunes remplissent leur objectif de socialisation par l’habitat en utilisant le logement, mais aussi tous les leviers qui facilitent l’accès à l’autonomie : l’emploi, la citoyenneté, la culture, la santé, la mobilité. Avec comme principes, la mixité et la rencontre, ils permettent à tous les jeunes de se projeter et de  construire leur parcours. 

(1) UNHAJ : Union nationale pour l'habitat des jeunes

 

 

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.