Europe : les voyages insèrent la jeunesse

Europe : les voyages insèrent la jeunesse

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Comment favoriser la mobilité des jeunes et leur insertion dans le monde du travail grâce à l’Europe ? Leur donner le goût de l’ailleurs, leur permettre d’ouvrir leur regard ? A l’occasion des Erasmus days des 13 et 14 octobre, témoignages de jeunes et d’adultes pour qui l’Europe rime avec ouverture et formation professionnelle.

Erasmus+


Budapest, York, Valence, Vilnius, Vérone, La Valette, Palerme… Ces destinations où la jeunesse se presse ne sont pas seulement des lieux de villégiature. Ce sont quelques-unes des villes où des jeunes accueillis à Apprentis d’Auteuil ont effectué un stage Erasmus+ (programme d’échange et de formation financé par l’Union européenne), dans les domaines de la restauration, de l’horticulture, des industries graphiques… Une expérience pour la plupart fondatrice : beaucoup n’avaient jamais voyagé. Et encore moins travaillé à l’étranger. « Pour les jeunes que nous accueillons, le programme Erasmus+ est une nouvelle zone de découverte, une chance, s’enthousiasme Nicolas Raveneau, coordinateur des stages Erasmus+ pour les jeunes à Apprentis d’Auteuil. C’est pour eux la possibilité de découvrir d’autres traditions, d’autres techniques, de rencontrer également des professionnels, des maîtres de stage, des entreprises, de nouvelles équipes. »

Ouverture au monde


L’ouverture au monde est pour Apprentis d’Auteuil un objectif majeur : afin de renforcer l’accompagnement des jeunes les plus fragiles, la fondation souhaite leur offrir une expérience internationale. Parmi les axes éducatifs visés : l’autonomisation du jeune, le développement de son sens de l’engagement, de la solidarité et de la relation. C’est toute l’idée du projet mené depuis trois ans par le lycée Daniel Brottier (Bouguenais,44). Organisé avec des partenaires en Finlande, en Autriche et en Turquie, son objectif était d’étudier les flux migratoires à travers la cuisine de chaque pays et leur influence sur la cuisine locale. Sept jeunes ont visité les pays partenaires, travaillé en cuisine et en service dans un lycée hôtelier du pays, suivi des cours de langue. « L’Europe, c’est un mélange de cultures, souligne un des jeunes. C’est l’unification, la collaboration et la paix. Et une chance de découvrir la culture des autres.» Le 16 mai, le projet prenait fin autour d’un événement festif avec un menu européen réalisé par les jeunes. Bilan des échanges ? Un beau livre de recettes réalisé en commun. « Grâce à ce projet, ils ont découvert des techniques de travail et se sont ouverts à d’autres réalités explique Nicolas Rossi, enseignant au lycée. Tout cela en communiquant entre eux en anglais. Les jeunes ont pu voir qu’il ne fallait pas avoir peur de l’autre et des différences. Et que les pays étrangers offrent des possibilités d’emploi, notamment dans les domaines de la restauration et du service. »

De nouvelles techniques professionnelles


Point fort des séjours européens, l’axe professionnel. Les stages s’adressent à tous les jeunes en lycée professionnel, soit 17 filières. Ainsi, sept jeunes en 1ère Bac pro productions horticoles du lycée Saint-François-La Cadène (Labège, 31) sont partis à Derry, en Irlande du Nord, dans une exploitation maraîchère en culture biologique pour participer à la vie de la ferme et mettre en pratique des techniques durables. Huit jeunes lycéens en productions graphiques de Saint- Michel (Priziac, 56) sont partis à Malte en mars dernier. A la clé, quatre semaines entre stage professionnel et découverte du pays. Des jeunes en formation soigneurs d’équidés au lycée Daniel Brottier sont partis au Portugal.

Du stage Erasmus+ à l’embauche

Le programme européen Erasmus+ favorise-t-il l’insertion professionnelle des jeunes ? Ronan Bevan, professeur de pâtisserie au lycée professionnel Saint-Michel en est convaincu : « Les stages sont presque toujours suivis de propositions d’embauche. C’est ainsi qu’une jeune fille de chez nous a été embauchée à Amsterdam chez Petit Gâteau. Mais les jeunes ne saisissent pas toujours cette chance, question de maturité, ils ont un peu d’appréhension. Je les rassure, cela se passe toujours très bien. J’aurais aimé avoir cette chance quand j’étais lycéen ! »

Des jeunes embauchés à Londres

 

Le grand pas a été franchi par Rémy et Mélanie, tous deux 21ans, installés à Londres, embauchés en CDI par l’entreprise Paul. Ces deux jeunes, titulaires d’un bac pro boulangerie pâtisserie au lycée professionnel Notre-Dame, ont tout d’abord effectué un échange européen. Rémy est parti en juin 2012 en stage Leonardo (ex Erasmus) à Catane en Sicile pendant un mois. « Je manquais d’expérience, mais j’avais de bonnes bases grâce à ma formation à la fondation. On faisait des génoises, des biscuits, des crèmes… Les Italiens étaient très doués pour les décorations en pâte d’amande que je n’avais encore jamais faites. Au-delà du professionnel, j’ai appris aussi à me débrouiller tout seul. »

Mélanie, elle, est partie en stage Erasmus à Foligno en Italie en 2014 : « J’ai travaillé dans une grande pâtisserie. J’ai beaucoup appris avec le chef : on faisait des tiramisu, toutes sortes de gâteaux que je n’avais jamais faits. C’était la première fois que je partais à l’étranger.» Grâce à leur professeur, M. Massellucci, Rémy part en stage de trois mois chez Paul. « Comme le patron était content de moi, il m’a proposé de m’embaucher. Je travaille avec Kevin, autre ancien de Notre-Dame, et d’autres jeunes Européens à l’atelier de boulangerie central qui fournit les 35 boulangeries Paul de Londres. On fait des baguettes, des flûtes, des pains de campagne…que des pains français. » « Et moi, ajoute Mélanie, je fais des fraisiers, des framboisiers, des éclairs, des mille-feuilles… toute la pâtisserie typiquement française. J’adore ce que je fais, l’entreprise nous donne rapidement des responsabilités.»

« Ces échanges sont formateurs, non seulement sur le plan de la pratique professionnelle, mais aussi au plan personnel, conclut Nicolas Raveneau. Les jeunes gagnent en confiance et en estime d’eux-mêmes en s’apercevant qu’ils ont réussi à vaincre leurs appréhensions et à se débrouiller tout seuls. Ils élargissent leur horizon.»

Interview de Laure Coudret-Laut, directrice de l'agence Erasmus+ France

Quel est l’intérêt du programme Erasmus + pour l’insertion professionnelle des jeunes en difficulté ?

Depuis 2014, le programme Erasmus +, ouvert à tous les publics, mieux doté financièrement, a permis à des jeunes plus éloignés de la mobilité de bénéficier de stages en Europe dans des entreprises, dont celles de l'économie sociale et solidaire. Entre 1995 et 2017, ce sont plus de 160 000 lycéens professionnels, apprentis, stagiaires de la formation professionnelle qui ont bénéficié d'une telle expérience. Ils ou elles en retirent un gain d'autonomie, de maturité, d'ouverture, des progrès en langue étrangère, une confiance en soi renforcée, une perception positive de leur employabilité. Leur projet personnel et professionnel a muri, certains (1) envisagent de poursuivre leurs études afin d'obtenir un niveau plus élevé de compétences pour de meilleures rémunérations.

Comment promouvoir ces mobilités auprès de ces publics ?

Les établissements - avec les jeunes déjà partis - doivent en faire connaître les bénéfices auprès des convaincus comme des hésitants et bien les préparer. Il faut rassurer, encourager. Pour l’établissement, c’est une carte maîtresse : une offre de formation qui sort du lot,  des encadrants motivés et ouverts à l'innovation pédagogique.  A l’occasion des trente ans d’Erasmus +, l'agence Erasmus+ France/Education Formation multiplie les initiatives en particulier les ErasmusDays les 13 et 14 octobre 2017.

(1)    Etude d’impact nationale : Mobilité européenne et valorisation de l’apprentissage

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.