Un beau livre sur l'histoire de la jeunesse en marge

Un beau livre sur l'histoire de la jeunesse en marge

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À l'occasion de son 150e anniversaire, Apprentis d’Auteuil, en partenariat avec les éditions Textuel, publie le beau livre "Histoire d'une jeunesse en marge", préfacé par Marcel Rufo. Interview des auteurs, l’historien Mathias Gardet et la journaliste Fabienne Waks.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce projet ?

Mathias Gardet : C’était de pouvoir suivre, sur un siècle, cette thématique qui m’est très familière de la jeunesse en marge, à travers notamment l’histoire d’Apprentis d’Auteuil.
Fabienne Waks : C’était passionnant de plonger dans deux histoires qui se rejoignent, et de mieux connaître cette jeunesse. L’enjeu était de lui donner de la chair.

Comment avez-vous travaillé ?  

F. W.  Nous avons travaillé ensemble, Mathias, avec son regard d’historien, moi avec un regard plus journalistique.  Mathias a écrit les textes qui ouvrent chacun cinq parties du livre. J’ai écrit de mon côté des zooms en regard d’images et des portraits imaginaires de jeunes, bâtis à partir de faits réels.

M. G.
: J’avais comme fil rouge les archives d’Apprentis d’Auteuil. Tout le reste, nous l’avons puisé à travers les histoires d’autres œuvres, ou, pour des périodes plus contemporaines, de journaux, d’événements qui ont pu être filmés, laisser une trace.

Mathias, vous aviez déjà écrit un livre sur Apprentis d’Auteuil en 2000 ?

M. G. : Je l’avais coécrit avec un collègue et ami sociologue, Alain Vilbrod (1). Le défi de ce nouveau livre était de replacer l’histoire d’Apprentis d’Auteuil dans une histoire plus large. Et de voir comment avait réagi la fondation par rapport aux grandes mutations de la société.

À ses débuts, la fondation ouvre-t-elle une voie  en accueillant les premiers garçons ?

M. G. Elle ouvre une voie différente, et elle s’inscrit aussi dans la continuité de l’histoire, avec la tradition de l’apprentissage incarnée par l’abbé Roussel et les frères de Saint-Vincent-de-Paul. Cette fin du XIXe siècle vit une mutation sociale très forte liée à l’industrialisation du pays et une première urbanisation. Les enfants se retrouvent massivement dans la rue, ils font peur. Il y a une tentation de les renvoyer à la campagne. L’œuvre d’Auteuil s’inscrit de façon vraiment différente. Elle met en place des ateliers de type industriel. Elle prend à bras le corps la naissance de l’industrialisation.
F. W. Recueillir des orphelins, c’est dans l’air du temps. Mais les former pour qu’ils apprennent un métier, c’est vraiment très rare. Il y avait très peu d’œuvres qui recueillaient des petits garçons, on considérait qu’à partir de 12 ans, ils pouvaient se prendre en charge.

Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis presque 150 ans ?

F. W. : Toutes les œuvres qui accueillaient des enfants étaient complètement fermées sur elles-mêmes. Ce qui venait de l’extérieur était considéré comme mauvais jusqu’aux années 1950-60, il en allait de même concernant les parents. La fondation s’est ouverte sur la société et noue aujourd’hui une véritable relation avec les parents qui ne sont plus disqualifiés, mais considérés comme des partenaires.  
M. G. : La fondation a connu des mutations et des réformes ces 20 dernières années tout à fait impressionnantes. Si pendant 100 ans, sa raison d’être est l’internat, avec l’insertion des jeunes presque par absorption et coupure avec leur milieu qu’on jugeait néfaste, ces 20 ou 30 dernières années, elle a complètement changé dans ses pratiques. L’histoire et l’héritage des fondateurs sont très présents, mais aussi la capacité à se reconvertir et à s’adapter à de nouveaux besoins.

(1)    Les Orphelins Apprentis d’Auteuil, histoire d’une œuvre, éd Belin.

Histoire d'une jeunesse en marge

De Mathias Gardet et Fabienne Waks
Préface de Marcel Rufo
Éditions Textuel/Apprentis d'Auteuil
144 p., 29 €

En vente dès le 9 mars, chez votre libraire habituel, sur les sites de vente en ligne et sur le site historique d'Apprentis d'Auteuil, au 40 rue Jean de La Fontaine, 75016 Paris.


La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.