La jeunesse en difficulté gagne le grand écran

La jeunesse en difficulté gagne le grand écran

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Du 25 au 28 juin, la Fête du cinéma offre à chacun la possibilité de voir ou revoir des films événements, des coups de cœur. L'occasion de découvrir également ceux où les cinéastes s’emparent de thèmes liés à la jeunesse en difficulté. Phénomène de mode ou de société ? Éléments de réponse.


Dans La Tête haute (2015) d'Emmanuelle Bercot, une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver Malony, entre ses 6 et 18 ans. Ma vie de Courgette (2016), le film d’animation de Claude Barras met en scène un petit garçon qui vient de perdre sa maman et se croit seul au monde, avant de nouer de vraies amitiés dans un foyer pour enfants. Avec De Toutes mes forces (2017), le réalisateur Chad Chenouga raconte sa double vie d’adolescent orphelin, balloté entre un foyer de la protection de l'enfance et un grand lycée parisien…
Ces trois films, parmi d’autres, mettent en lumière, d’un côté, des enfants maltraités ou en danger, à la vie chaotique et, de l’autre, des acteurs de la protection de l’enfance (travailleurs sociaux, psychologues, familles d’accueil, personnels administratifs…). Coïncidence ? Ces trois films sont sortis au cours des trois dernières années. "Il y a vingt ans, l’adolescent en difficulté (en réalité, l’adolescent tout court) existait à peine en fiction, rappelle Mikaël Ollivier, auteur jeunesse et scénariste de Box 27. Aujourd’hui, il est devenu un personnage à part entière de la littérature, de la télévision et du cinéma." "En 2012, lorsque j’ai commencé à écrire 3xManon (le portrait d’une jeune fille en Centre éducatif fermé (CEF), ndlr), poursuit Jean-Xavier de Lestrade, scénariste et réalisateur, on ne parlait pas de la jeunesse un peu déboussolée, marginalisée, traversée par des douleurs, animée par la violence. On la voyait très peu à l’écran. La télévision et le cinéma pouvaient-ils faire de ces jeunes fragiles socialement, psychologiquement et affectivement, des héros porteurs ? Les (télé)spectateurs s’intéresseraient-ils à ces garçons et filles qui, parfois, se montrent désagréables, violents et refusent toute forme d’autorité ? La chaîne Arte a répondu oui."

Au-delà des clichés

Comment expliquer cette évolution ? "Sans doute par la place plus importante que l’adolescent a prise dans la société, estime Mikaël Ollivier. La psychologie et la pédopsychiatrie se soucient plus de lui et des rapports parents-enfants ou parents-adolescents. Par ailleurs, les marchands ont décelé en lui une vraie valeur commerciale. Il est donc devenu une cible beaucoup plus visible. Ce phénomène de société, comme tous les autres, arrive, un jour, entre les mains des créateurs qui s’inspirent du monde pour mieux le (faire) comprendre. Et, dans un monde dit en crise, l’adolescent en difficulté ne pouvait que devenir un personnage assez récurrent de la littérature, de la télévision et du cinéma."
En France, on compte 290 000 mineurs pris en charge par la protection de l'enfance, soit 19,8 ‰ des moins de 18 ans. Et près de 21 500 jeunes majeurs, soit 9,3 ‰ des 18-21 ans. (1) Qui sont ces mineurs (2) protégés par les dispositifs de la protection de l'enfance dépendant du Ministère des solidarités et de la santé ? Des garçons et des filles dont "la santé, la sécurité ou la moralité, le développement physique, affectif, intellectuel, social et l’éducation se trouvent en danger ou en risque de l’être". Pour eux, avec eux, les services de la protection de l’enfance garantissent leur intérêt, prennent en compte leurs besoins fondamentaux, physiques, intellectuels, sociaux et affectifs, et respectent leurs droits (loi du 14 mars 2016). Ces mêmes services accompagnent les parents qui rencontrent des difficultés dans l'exercice de leurs responsabilités éducatives. Et assurent, le cas échéant, une prise en charge partielle ou totale des enfants ou adolescents qui lui sont confiés par les parents eux-mêmes ou un juge des enfants. Les jeunes majeurs (garçons et filles de moins de 21 ans) ? Ils sont aidés lorsque leur équilibre peut être gravement compromis.


Parfois, la réalité de ces mineurs ou jeunes majeurs en danger dépasse la théorie et nourrit la fiction. Dans Box 27, (téléfilm diffusé sur France 2, le 1er février 2017, ndlr), Mikaël Ollivier et Viviane Moore, co-auteure, racontent la vie d’un père sans emploi qui élève son fils de 10 ans, dans le box d’un parking sous-terrain. "Nous sommes documentés auprès d’assistantes sociales pour nous inscrire dans la réalité, en nous autorisant des petites libertés puisqu’il s’agissait d’une fiction, précise Mikaël Ollivier. Avec comme sujet de débat : faut-il, avant toute chose, mettre l’enfant en sécurité, en le séparant de son ou de ses parents ? France télévisions, soucieuse de son public et de son audience (3), nous a laissé une totale liberté pour donner à voir la réalité, dire la vérité au-delà des clichés… en sachant que, dans ce domaine de la protection de l’enfance, il n’y a pas une réponse. Tout se joue au cas par cas."

Une réelle prise de conscience

Aujourd’hui, face à la violence faite aux enfants, le regard du grand public change. "La manière dont une société protège les enfants est capitale, c’est un acte républicain ! estime Jean-Xavier de Lestrade. À travers mes films je donne la parole à ceux qui ne l’ont pas et qui, pourtant, ont des choses essentielles à dire. Enfant, Manon, mon héroïne de 3xManon, a manqué de sécurité affective. Jeune adulte dans Manon 20 ans (diffusé sur Arte, le 1er juin 2017, ndlr), elle doit prendre sa place dans le monde du travail. Au fil du temps, elle a rencontré des adultes droits, qui ne trichaient pas, des adultes sur lesquels elle s’est appuyée pour se construire. Même si la (re)construction d’un jeune est parfois difficile, il n’y a pas de fatalité, il y a toujours un espoir. Dans un parcours d’émancipation, chacun peut trouver sa valeur, sa richesse. À travers mes films, je veux faire (re)bondir le jeune héros ainsi que le (télé)spectateur dans le registre émotionnel. Bouleverser, émouvoir, faire dire à quelqu’un : "Je m’y reconnais" pour aider à reprendre confiance en soi, en la vie."

(1) Source : Office national de la protection de l’enfance (ONPE), 31 décembre 2014.   
(2) Réformant la protection de l’enfance, la loi du 5 mars 2007 a remplacé le mot "maltraité" par le mot "en danger".
(3) France 2 a connu, avec Box 27, un vrai succès d’audience en rassemblant 4 005 000 téléspectateurs, soit 16.2% du public !

Faites le plein de ciné !

Du dimanche 25 au mercredi 28 juin 2017, le cinéma sera au tarif unique de 4 € dans toute la France, dans toutes les salles participantes, pour tous les films et à toutes les séances ! feteducinema.com

2 questions à Monique Dagnaud, sociologue, directrice de recherche au CNRS

Pourquoi, selon vous, le cinéma et la télévision se saisissent-ils de la jeunesse en difficulté ?

La question de la jeunesse malheureuse, délinquante, interpelle en soi la population. De même que le débat sur la majorité pénale, certains estimant que la maturité des jeunes arrive plus tôt. Ce sujet de société très difficile, pas toujours bien résolu, devient lancinant. Même si l’on n’est pas directement concerné dans son entourage proche, il  accroche, provoque de l’empathie, suscite des interrogations sur les difficultés sociales, familiales, scolaires - les trois formant un cocktail détonnant - que certains jeunes rencontrent. Comment sortir chaque adolescent de l’ornière dans laquelle il se trouve ? Il n’est pas étonnant que des cinéastes ou des documentaristes s’emparent de ce sujet à multiples facettes. En montrant que chaque jeune peut, à un moment, trouver et saisir ou non sa chance

Leurs films peuvent-ils marquer voire engager les citoyens ?

Oui ! Que ce soient des films de fiction ou des documentaires, ils ont beaucoup de résonance dans la société. Tout le monde sait que pour être résolu, ce problème grave où l’avenir de certains jeunes est incertain, engage une très forte mobilisation de la société par des moyens humains, financiers, structurels. Il est essentiel que des hommes et des femmes portent à l’écran les jeunes qui s’en sortent.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.