Droits de l'enfant, qu'en est-il aujourd'hui ?

Droits de l'enfant, qu'en est-il aujourd'hui ?

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Nicolas Truelle, directeur général d'Apprentis d'Auteuil et Véronique Fayet, présidente du Secours catholique, s'interrogent sur les actions menées depuis la création de la Convention internationale des Droits de l’enfant (CIDE) par l’Assemblée générale des Nations Unies, il y a 28 ans, le 20 novembre 1989.

Ce traité, aboutissement de décennies de réflexion sur les droits des enfants, consacre leur passage « d’objet de droit » à « sujet de droit ». La France la ratifiait un an plus tard.La ratification par un pays comme la France n’était pas qu’un symbole. Les actions devaient suivre. Or qu’en est-il 28 ans plus tard ? 

Un enfant pauvre, à quatre ans, a entendu 30 millions de mots de moins qu’un enfant issu d’un milieu favorisé (1). Plus tard dans la scolarité, 76% des enfants de cadres obtiennent un baccalauréat général, contre 31% des enfants d’ouvriers, surreprésentés dans les filières professionnelles, encore considérées à tort comme « des voies de garage ». Quand nous constatons que l’origine socioéconomique des enfants continue à jouer aujourd’hui encore en France un rôle déterminant dans la réussite scolaire : il y a application incomplète dans notre pays des droits de l’enfant.

Des droits non respectés

À Mayotte, en Nouvelle-Calédonie, en Guyane, les enfants rencontrent de graves difficultés de scolarisation, liées à des conditions de vie difficiles, à un manque de moyens et d’infrastructures et dans 80% des cas, ne peuvent pas suivre d’études supérieures (2) . Sur le territoire métropolitain, le droit à la scolarisation des enfants en bidonvilles ou dans les hôtels n’est pas respecté : il y a application incomplète des droits de l’enfant.
Quand la protection et la prise en charge d’enfants vulnérables, éprouvés par des parcours migratoires traumatisants, victimes de la traite et d’exploitation forcée, fuyant la guerre et la misère pour une vie meilleure dans notre pays, font l’objet de débats politiques : il y a application incomplète des droits de l’enfant.
Les droits de l’enfant et la prise en compte de son intérêt supérieur dans toutes les décisions politiques qui le concernent, doivent constituer une réalité concrète pour les pouvoirs publics français et notre Gouvernement, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. En 2016, les recommandations principales faites à la France par le Comité des Droits de l’enfant de l’ONU portaient sur… l’application des recommandations déjà formulées en 2009 !

La France doit agir

Différents Gouvernements se sont succédé depuis, le constat, lui, est toujours le même et inlassablement répété. Il est aujourd’hui impératif que la France mette en œuvre les recommandations qui lui ont été faites pour l’éducation, la protection et le bien-être de ses enfants et de sa jeunesse. Ces recommandations ne constituent pas seulement un rappel au Droit, mais à une réalité concrète : à cette Déclaration des Droits de l’enfant, il faut superposer les visages de ces 25 000 mineurs non accompagnés qui seraient présents sur le territoire, de ces 3 millions d’enfants qui vivent dans une famille pauvre, de ces enfants des rues ou en situation d’errance, dormant dans des bidonvilles que l’on imagine à l’autre bout du monde et qui se développe de l’autre côté du périphérique de nos villes.
Des enfants qui sont aussi les nôtres

Des enfants qui sont aussi les nôtres

La France sera auditionnée en janvier 2018 par les Nations Unies sur son respect des Droits de l’Homme, et sa capacité à les faire appliquer. Nos deux organisations appellent d’ici là à un engagement fort et concret du Gouvernement pour la mise en œuvre des droits des enfants pour leur assurer, à tous, un avenir juste et un présent décent.

Le Gouvernement vient de lancer une concertation sur la stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. Nous demandons qu’elle réponde prioritairement à ces enjeux.

Tribune parue sur la-croix.com

(1) Terra Nova "Investissons dans la petite enfance" Mai 2017
(2) Avis sur l'effectivité du droit à l'éducation dans les Outre-mer (CNCDH) 6 octobre 2017

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.