Prévenir le décrochage scolaire

Prévenir le décrochage scolaire

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Apprentis d’Auteuil a fait de la prévention du décrochage scolaire un des axes majeurs de son action, dans de multiples dispositifs. L’enjeu : l’insertion future des jeunes dans la société. Notre dossier.

Les constats

Lors d'un séminaire sur le décrochage scolaire le 14 novembre, la ministre de l’Éducation nationale a annoncé : "nous passons enfin sous le seuil des 100 000 jeunes qui sortent annuellement du système de formation initiale sans aucun diplôme". Ils étaient 136 000, il y a cinq ans. Cette baisse s'explique par les différents plans de lutte contre le décrochage scolaire mis en oeuvre depuis quatre ans, mais ce chiffre demeure très important. De nombreuses études le montrent, un parcours scolaire chaotique et l’absence de diplôme ont des conséquences majeures sur l’avenir professionnel des jeunes concernés.

Accueillant des jeunes en situation scolaire fragile, Apprentis d’Auteuil connaît bien cette problématique complexe, comme le montre un article du journal La Croix. "Pour l’élève qui décroche lors d’un cours ou plus largement, de l’école, il existe des solutions pédagogiques, explique Christine Rossignol, directrice du pôle Scolarité et Prévention du décrochage scolaire. Si les symptômes de décrochage ont des causes multiples – pas seulement scolaires – il faut une approche pluridisciplinaire, en alliance avec la famille. Enfin, quand un jeune a déjà un pied et demi dehors, la réponse est aussi sociétale : il faut lui donner envie de grandir, lui donner foi en l’avenir. C’est ainsi qu’il arrivera à se remobiliser et se réinscrire dans les apprentissages."

Accrocher dès la maternelle

 

"Une grande part du décrochage s’enracine dès la grande section de maternelle, poursuit Christine Rossignol. Au cœur de la problématique, la question du langage, le manque de vocabulaire, les difficultés d’inclusion au sein d’un groupe, mais également l’histoire de la famille par rapport à l’école, ses difficultés par rapport à la langue. Il faut donc accrocher l’enfant et sa famille."
À l’école Saint-Pierre (Villeneuve-le-Comte, 77), les enseignants sont attentifs à ceux qui ne font pas des phrases complètes ou ne disposent pas d’un lexique suffisamment large pour pouvoir exprimer des sentiments ou des demandes… "Quand les enfants cumulent problèmes de graphomotricité, de langage et d’abstraction, des prises en charge multiples sont proposées aux parents, qu’il faut convaincre, explique Marie-George Rocton, la directrice. Cela prend du temps…" Il y a pourtant urgence : un enfant qui entre en CP avec des bases fragiles ne pourra pas apprendre à lire en un an.

Au primaire, dépasser les difficultés

 

Palier suivant, l’école primaire. "La plupart de nos élèves ont déjà vécu un retard pouvant aller jusqu’à deux ans", explique Maxime Michel, directeur et enseignant à l’école primaire Giorgio Frassati (anciennement Saint-Charles dans Le Vésinet, 78). L’équipe pédagogique a créé des groupes de besoins en français et en maths, avec bilans réguliers. Elle a également mis en place un emploi du temps individualisé pour reprendre confiance en soi.
Le décloisonnement est également pratiqué dans d'autres établissements d'Apprentis d'Auteuil, comme l'école Vitagliano, à Marseille, ainsi que le souligne un reportage du journal La Croix.
Les Services d’accueil de jour éducatifs répondent aussi aux besoins d’élèves décrocheurs ou en risque. Exemple, Janusz Korczak, le seul du genre à Paris à accompagner des enfants âgés de 5 à 13 ans, et leur famille. "Mon petit garçon a huit ans. Le SAJE l’aide à se poser en classe, à se concentrer, à se comporter comme un élève, explique Mme D. Maintenant en CE2, il a fait de gros progrès. Beaucoup reste à faire, mais il a déjà acquis les bases du comportement face à la scolarité."

Au collège, redonner le goût d'apprendre

 

Au collège, le processus de décrochage devient visible. "Il y a ceux qui s’ennuient et mettent le bazar, et les autres au fond de la classe, silencieux. Dans nos établissements, l’alliance éducateurs/enseignants est primordiale, ainsi que les solutions intra- et extrascolaires", explique Cécile Lognoné, chargée de l’école à Apprentis d’Auteuil.

Ouvert depuis 2005, l’atelier relais Osée (Toulouse, 31) accueille à chaque session 14 jeunes de la 6e à la 3e. "Ce sont des absentéistes chroniques, explique Marie-Claude Vié, la directrice, des jeunes souffrant de troubles du comportement ou d’addictions, parfois en conflit avec leur famille. Nous avons une remise à niveau en français et maths, par petits groupes, ainsi que diverses activités pour redonner goût à l’univers scolaire … Nous associons la famille à cette dynamique qui doit déboucher sur un retour dans le collège d’origine."

À la Maison d’enfants Sainte-Thérèse (75), la plateforme de remobilisation ouverte aux 13-16 ans a adopté une grande souplesse de fonctionnement : "Les éducateurs s’appuient sur les compétences des élèves, et mettent en place des ateliers individuels et collectifs, raconte Rose-Aimée Dequidt, la directrice. C’est un mixte entre pédagogie et éducatif qui nécessite une grande capacité d’innovation."

 

Le dispositif de raccrochage et de préparation à  l’apprentissage (DRPA) du collège ressources Saint-Jacques (Fournes-en-Weppes, 59), propose aux jeunes en voie de déscolarisation un parcours individualisé et une alternance cours et stage en entreprise. "Il allie accueil, expérimentation, sécurisation et insertion, avec un dispositif renforcé pour les 4e-3e", résume Mohamed Masrouhi, le responsable, également formateur. "Avant, raconte Nicolas, 16 ans, je ne me levais plus pour aller en cours. Et quand j’y allais, j’avais la boule au ventre. Maintenant, je suis content d’y aller. Les profs sont à l’écoute. C’est intéressant d’apprendre des connaissances." Ce dispositif, financé à 75% par l'Europe, vient d'obtenir l'avis favorable de la Commission européenne.

Yacine, 14 ans, suit le Programme d’accompagnement des adolescents Step by Step destinés aux 13-16 ans scolarisés en 4e ou en 3e,(Meudon, 92) : "Elève de 5ème, je venais en classe sans envie, je séchais parfois, je parlais mal aux professeurs et je me bagarrais. Mon collège m’a envoyé dans une classe-relais. Pire encore ! En septembre 2015, un juge m’a placé ici et à l’internat. Je devais arrêter d’insulter les professeurs et travailler en classe. Au début, je n’ai pas trop accepté. Et puis j’ai vu que l’ambiance entre jeunes était bonne et qu’il y avait une grande solidarité entre les professeurs et les éducateurs qui voulaient tous nous aider. C’était ma dernière chance. Je l’ai saisie ! Si je devais donner un conseil à d’autres jeunes comme moi, je leur dirais : arrêtez de faire des bêtises ! À force, vous ne trouverez ni d’école ni de travail."

Bruno Suchaut, professeur à l'université de Lausanne

Comment expliquez-vous l’ampleur du décrochage scolaire en France ?
Chaque année, ce sont environ 110 000 jeunes qui quittent l’école sans avoir obtenu de diplôme et donc sans avoir validé leur parcours de formation. C’est un échec, à la fois pour les jeunes concernés et pour le système éducatif, qui ne peut alors remplir son rôle pour tous les élèves.
Les dispositifs mis en place à l’attention des décrocheurs avec comme objectif principal un retour à la formation ne sont sans doute pas des solutions suffisantes. Il est nécessaire de réfléchir et d’agir en amont des parcours scolaires en s’assurant que tous les élèves maîtrisent les compétences de base à la sortie de l’école primaire et bénéficient d’un fort soutien et d’un accompagnement durant les années de collège.

Que pouvons-nous apprendre d’autres systèmes éducatifs qui font réussir les plus fragiles ?
Le système éducatif français a beaucoup évolué ces dernières décennies avec un nombre important de réformes, mais cette évolution est insuffisante au regard de celles du public d’élèves. Notre système reste encore trop marqué par une vision élitiste de la réussite scolaire, et les filières professionnelles restent bien souvent un choix par défaut pour les élèves qui ne réussissent pas dans la voie générale. Certains pays comme l’Allemagne ou la Suisse valorisent beaucoup plus les formations technologiques et professionnelles et de nombreuses passerelles existent pour permettre aux élèves de réaliser des parcours diversifiés et mieux adaptés à leurs besoins. C’est donc principalement les questions de l’orientation, de la transition entre les cycles et de la formation professionnelle sur lesquelles il faut mettre des moyens, sans pour autant négliger, en amont, les mesures qui favorisent la maîtrise des outils fondamentaux, l’apprentissage de la langue notamment.


Quelques chiffres

Nombre de jeunes accueillis à Apprentis d'Auteuil (chiffres 2015)
À l’école primaire : 2 500
Au collège : 4 300
Dans les dispositifs : environ 120 jeunes
56%, c’est la proportion de collégiens élèves à Apprentis d’Auteuil qui ont au moins un an de retard dans leur scolarité, contre 14% en moyenne dans l’Éducation nationale (chiffre mai 2016).

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.