Marc Vaubon, éducateur en Maison des familles

Marc Vaubon, éducateur en Maison des familles

Partager ce contenu sur :

A la Maison des familles de Grenoble, Marc Vaubon, éducateur, accompagne des parents dans leur rôle de pères et de mères. Interview : Agnès Perrot.

Pouvez-vous nous présenter la Maison des Familles de Grenoble ?

C'est le premier lieu d’écoute et d’accompagnement de parents mis en place par Apprentis d'Auteuil, en 2009. Ici, à la Maison des familles de Grenoble, nous sommes deux salariés, Elisabeth Michel la directrice, et moi-même, en cours de validation de mon diplôme d'éducateur spécialisé. Nous travaillons avec une dizaine de bénévoles du Secours catholique, notre partenaire. Des stagiaires d'écoles du secteur social passent aussi très régulièrement et nous avons actuellement une jeune en service civique. Il existe aujourd'hui une petite dizaine de lieux de ce type sur le territoire et une trentaine sont prévues d'ici deux à trois ans, en France mais aussi, avec nos partenaires à l’international. Apprentis d’Auteuil a crée ce réseau dans le cadre de sa stratégie de développement, en partenariat avec des acteurs de terrain déjà impliqués au cœur des quartiers prioritaires. L’objectif est d’accompagner les familles les plus vulnérables dans leur rôle éducatif.

En quoi consiste votre mission ?

Je coordonne les différentes activités que nous avons mises en places, comme des temps collectifs le mercredi après-midi, des ateliers cuisine, des groupes de parole, des temps de conversation en français, etc. Ma mission consiste aussi à organiser le travail des bénévoles et à faire le lien avec nos  partenaires.
Nous nous retrouvons tous une fois par mois pour un point et nous avons des temps réguliers de relecture de pratique avec un thérapeute. Dans nos postures de travail avec les familles, nous nous inspirons des travaux de Guy Ausloos, psychiatre d'origine belge installé au Canada et de Guy Hardy, son homologue en France, sur "le pouvoir d'agir" et "les compétences des familles".

Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

C'est une posture passionnante à découvrir et à mettre en oeuvre ! Pour Guy Ausloos, tout travailleur social devrait rencontrer les familles avec lesquelles il est amené à exercer avec une certaine humilité, et en leur faisant comprendre qu'il a besoin d'elles pour accomplir son travail. Les familles ont essayé de nombreuses solutions, elles ont connu des échecs mais aussi des réussites. Avec leur collaboration, il y a plus de chances de faire du bon travail ! Oui, les familles que nous accueillons sont aptes à résoudre les problèmes auxquels elles sont confrontées, elles ont des "compétences", même si parfois, elles sont empêchées de les utiliser. Cette posture permet aux familles de découvrir par elles-mêmes des solutions auxquelles personne n’aurait pensé. Des changements tout-à-fait imprévisibles peuvent alors survenir !

Existe t-il un profil type de familles accueillies ?

Nous accueillons principalement trois types de familles : des familles en situation d’extrême précarité sans droits administratifs ni revenus ou hébergement, voire le tout ensemble. Des familles en cours de demande de droits, mais qui bénéficient d’un minimum d’aide. Enfin, des familles avec des droits et du travail mais pas assez de revenus. Ce qui réunit tous ces parents, c’est leur isolement, qui impacte leur rôle de pères et de mères. Notre enjeu essentiel consiste à les sécuriser pour leur redonner confiance et leur permettre d’oser pour repartir, pourquoi pas, vers d'autres dispositifs de droit commun. J'ajouterais que nous exerçons dans le contexte de la ville de Grenoble, qui est un important carrefour migratoire, avec 30 % d'enfants sous le seuil de pauvreté recensés dans les crèches de la ville, selon une récente étude de l'INSEE.

Quand avez-vous rejoint Apprentis d’Auteuil ?

Cela s’est fait en deux temps. J’ai d’abord rejoint la fondation en septembre 2005, pour une année de préformation aux métiers du secteur social aux établissements Jean-Marie Vianney, dans l'Isère. Après un bac pro et une expérience de deux ans dans les industries graphiques, je voulais changer d'univers. Les métiers du secteur social m'attiraient. Cette année m'a permis à la fois de préparer les concours d’entrée en écoles du secteur social et d'évaluer ma capacité à travailler avec des populations en difficulté. J'ai alors intégré l’Institut Saint-Laurent d’Ecully où j’ai obtenu mon diplôme d'Etat de moniteur-éducateur, avant de partir un an comme volontaire au Pérou.

Et ensuite ?

A mon retour à l’été 2008, j’ai été embauché comme éducateur chez SOS Villages d’Enfants. J’exerçais dans une petite maison d’enfants sur un plateau du Vercors assez isolé. J’ai quitté mon poste au bout de deux ans, estimant en avoir fait le tour. C’est à ce moment-là que j’ai croisé, par le plus grand des hasards, Elisabeth Michel, directrice de la Maison des familles de Grenoble. Elle cherchait un éducateur à mi-temps pour la  structure qui venait d’ouvrir en partenariat avec le Secours catholique…

Qu'est ce qui vous motive dans votre métier ?

La reconnaissance de l’autre, cette proximité qui se noue, ce retour énorme sur l’investissement que nous posons en tant que professionnels, avec bien entendu la distance nécessaire. C’est un vrai cadeau que ces familles nous font même si tout n'est pas tous les jours facile. Ici, l'accueil est libre, sans inscription préalable et les familles viennent nous trouver de leur plein gré à condition de respecter deux règles de base : tout le monde doit prendre soin de tout le monde et n'importe quel adulte peut intervenir ! Je dis souvent que ce ne sont pas des personnes en difficulté que nous accompagnons, mais que c’est leur vie qui est difficile. Cela change drôlement la donne...

Parfois, on a trop tendance à être dans le jugement sans permettre à l’autre de nous rencontrer. On parle beaucoup partout de notion de fraternité. Mais comment accueillons-nous l’autre en vérité ? Le travail que nous menons ensemble ici est essentiel et trop rare. J’aimerais qu’on puisse élargir cette manière de faire, dans le respect des uns et des autres et dans la confiance, à d’autres structures de travail social...C’est une des leçons essentielles de ce que je vis ici : comment continuer à me laisser toucher par l’autre, lui laisser m’apporter quelque chose. On n’apprend malheureusement pas ce genre de posture en école d’éducateur...

De quoi êtes-vous le plus fier ?

De plein de choses, beaucoup de beaux moments, même petits ou infimes ! Aujourd'hui par exemple, nous allons enregistrer une émission pour la radio chrétienne RCF baptisée Vous avez dit fragile ? Un programme présenté par la journaliste Anne Kerléo sur le thème Parents de double culture, comment transmettre ? Des pères et des mères vont prendre le micro pour expliquer ce qu’ils vivent ici, leur fragilité, leur courage et la force des liens qu'ils nouent en discutant ensemble.

A contrario qu'est-ce qui est pour vous plus difficile ?

L'impuissance face à des situations de vie. C'est parfois très éprouvant d'écouter la colère de parents et de les voir repartir sans rien pouvoir faire pour eux.

Pour finir, pouvez-vous nous témoigner d'un moment marquant vécu avec un parent ?

Le premier accueil qui m’a été confié à mon arrivée dans la structure ! C’était une mère sans droits et aucune source de revenus. Un de nos partenaires lui avait donné notre adresse. A son arrivée, le matin venu, je lui ai fait mon petit discours d’usage de professionnel soi-disant "averti" que j’avais consciencieusement préparé la veille. Au bout d’une demi-heure, cette maman me coupe poliment la parole pour m’expliquer qu’elle est désolée mais qu’elle va devoir me laisser car elle n’a rien à manger pour le repas de midi et qu’il lui faut aller chercher un paquet alimentaire pour nourrir sa famille. Je suis sorti de cet entretien bouleversé...

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.