Maîtriser l’orthographe, un défi à relever

Maîtriser l’orthographe, un défi à relever

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D'après les dernières enquêtes, le niveau des jeunes Français en orthographe ne cesse de baisser. Pourquoi ? Constats et analyses après la semaine de la langue française et de la Francophonie.

En novembre dernier, le ministère de l’Éducation nationale a publié une note sur les performances en orthographe des élèves en fin d’école primaire à près de trente ans d’intervalle. Sur la même dictée d’une vingtaine de lignes donnée depuis 1987, les élèves de 2015 font en moyenne 17,8 erreurs contre 14,3 pour les élèves de 2007 et 10,6 pour ceux de 1987. C’est la non-application des règles grammaticales (accords entre le sujet et le verbe, de participe passé et d’adjectif) qui demeure la source principale des difficultés pour les écoliers français. Le phénomène est général et il touche l’ensemble des élèves, quel que soit leur sexe, leur âge ou leur origine sociale. Désormais, même les meilleurs font des fautes ! 

Un mouvement de société

C’est incontestable, la plupart des études récentes indiquent une baisse du niveau général en orthographe des élèves – et donc des jeunes adultes français – depuis les trois dernières décennies. Avec des dommages non négligeables à la clé, comme ceux de se voir retirer des points à un examen ou refuser un emploi ! 

"Souvent les élèves connaissent les règles à l’oral, mais ils ne les transfèrent pas à l’écrit.", précise Julien Soulié, professeur de français en collège, auteur de plusieurs guides d’orthographe et membre du projet Voltaire et de son certificat, devenu un examen de référence en France. "C’est un mouvement de société, poursuit-il, l’exigence a baissé, la façon d’enseigner le français a évolué, avec plus d’accent mis sur la dimension de l’oral et la compréhension de l’écrit... Il faut que les apprentissages soient rentables immédiatement pour que les jeunes se motivent et se les approprient ! "

Enseignante dans un collège ZEP du sud de l’Oise et membre de l’équipe des Cahiers pédagogiques, Florence Castingaud confirme : "Je constate des difficultés liées à une mauvaise maîtrise  de l'orthographe grammaticale chez mes élèves à leur arrivée en sixième. Ils n’ont pas acquis tous les automatismes et leur attention est obnubilée par des tâches simples qui auraient dû être devenues réflexes. Ce qui ne veut pas pour autant dire que c’est une catastrophe. Notre orthographe est l’une des plus difficiles au monde à cause de l’écart très grand qu’elle trace entre le son et la graphie ! En français, les marques du pluriel et du féminin ne s’entendent pas ! Tout un pan de la recherche universitaire réfléchit sur ces questions."

Installer des automatismes

Et l’enseignante de poursuivre : "Notre mission est d’installer des automatismes chez nos élèves et d’en déconstruire d’autres erronés, avec des séances d’orthographe réfléchies, des exercices ciblés, un travail sur la réécriture, des dictées non pas systématiques mais plus courtes et axées sur une thématique, un raisonnement sur l’orthographe, etc., Et ce, jusqu'à la fin du collège. Il faut être patient, d’autant plus que nous bénéficions de moins d’heures de cours en français qu’à un moment ! Nous manquons aussi de formation continue… " 

Pour Pascal Hostachy, fondateur du projet Voltaire : "Les programmes scolaires se sont enrichis de nombreuses autres matières, en primaire, explique-t-il. Au collège, les élèves ont vu leur nombre d'heures de français décroître. Beaucoup n'y arrivent pas, sauf ceux qui ont des facilités. Les enseignants n'ont plus le temps pour approfondir les basiques. C'est pour cela que nous avons développé nos programmes de remédiation en ligne, qui s'adressent désormais également aux enfants de l'école primaire et plus seulement aux lycéens et aux adultes." 

Tout reste possible 

Anne-Marie Gaignard, pédagogue à l’origine d’une méthode de remédiation orthographique et auteure d'un ouvrage dans lequel elle raconte son parcours d' ancienne cancre, incrimine, elle, plusieurs méthodes d’apprentissage de la lecture. N’étant pas adaptées à tous les types de mémoire, elles pénalisent, selon elle, un certain type d' enfants. "L’élève dysorthographique qui n’a pas appris à lire selon le procédé correspondant à son type de mémoire (auditive, visuelle ou kinésique) a du mal à déchiffrer, donc à lire à haute voix. Il est également perdu à l’écrit, ses résultat s’en ressentent… J’en ai été moi-même victime, cela laisse traces énormes sur l'estime de soi !" confie-t-elle.

Pour autant, le constat n’est pas désespéré. Julien Soulié souligne : "Pour l’élève décidé à combler ses lacunes, rien n’est irréversible. S’il lit davantage, s’il est encouragé par ses enseignants, s’il a le réflexe dictionnaire, s’il est décidé à changer la donne, il arrivera à progresser en orthographe."

Même écho chez Florence Castingaud, qui constate de son oeil optimiste. "Tous les élèves peuvent progresser à partir du moment où ils en ont l'envie et la volonté. Leurs lacunes peuvent être récupérées, ce sont toujours les mêmes." 

3 QUESTIONS A...
Danielle Manesse, chercheur et professeur émérite des sciences du langage à Paris III 

Le niveau en orthographe a-t-il baissé à l'école ?

Oui, et pour tous les enfants. C’est dommage, parce que l’orthographe est une discipline passionnante, qui porte le sens de la langue…

Comment en est-on arrivé là ?

On a demandé à l'école primaire de plus en plus de choses, ce qui a engendré du temps en moins pour les fondamentaux, et au collège, les heures consacrées à l’enseignement du français ont diminué. La pédagogie a aussi évolué, l'apprentissage par cœur a été dévalué, tout comme l’enseignement des règles de grammaire avec son corollaire d’exercices qui permettait la mémorisation des règles et leur application sans avoir trop à réfléchir… Or, les enfants  français ont besoin de temps et de travail pour maitriser une orthographe difficile ! 

Que faire pour que les jeunes progressent ?

Il faut consacrer plus de temps en classe à l'apprentissage de l'orthographe grammaticale, en connaître les règles et les appliquer pour arriver à une automatisation grâce à la répétition des exercices, sans pour autant négliger une réflexion sur la langue. Mais là, on est dans la subtilité : où met-on le curseur ? J’insisterais malgré tout sur le fait qu’on apprend à écrire en écrivant. Les élèves doivent écrire et faire face aux règles de très nombreuses fois pour les assimiler. Les nouveaux programmes entrés en vigueur cette année semblent avoir intégré la donne.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.