Le goût d'apprendre, ça se cultive

Le goût d'apprendre, ça se cultive

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À l’heure où quelques clics sur Internet suffisent pour accéder aux connaissances, comment accompagner les jeunes générations vers une véritable acquisition du savoir ? Comment stimuler leur désir d’apprendre ? Par Amicie Rabourdin

Tout être humain désire apprendre

Tout le monde en est conscient, les défis concernant l’éducation aujourd’hui sont de taille. La maîtrise des compétences de bases et l’accès à la culture restent indispensables, l’adaptation à la mutation numérique l’est tout autant, ainsi que le développement de compétences comme la créativité et la collaboration (1). Comment faire pour préparer les jeunes à une société où 9% des emplois en moyenne présentent un "risque élevé de substitution" par des robots, et où pour 25%, les tâches seront considérablement modifiées par l’automatisation (2) ?

Loin d’être insurmontables, ces défis sont plutôt stimulants si l’on considère, d’une part le désir inné de l’être humain d’apprendre : dès sa naissance, le bébé manifeste une curiosité intense pour son environnement et un vrai besoin de relation avec autrui. Si l'on considère également ses potentialités, comme le souligne Stanislas Dehaene, professeur à la chaire de psychologie cognitive expérimentale du Collège de France : "Les capacités de tous, de tout nouveau-né, sont extrêmement vastes. Le cerveau, intrinsèquement très organisé dès l’enfance, contient ce qu’on peut appeler des algorythmes que l’apprentissage proprement dit ne fera qu’activer et recycler pour des usages culturels et scolaires. La remarquable plasticité du cerveau humain le rend habile à apprendre à tout âge. Encore faut-il savoir en tirer parti…"

Les piliers de l'apprentissage

Tirer parti des capacités du cerveau suppose de connaître son fonctionnement. Quatre facteurs principaux lui permettent d’apprendre et d’assimiler des connaissances, détaille Stanislas Dehaene : l’attention, l’engagement actif, le retour d’information et la consolidation des acquis.
"L’attention est ce mécanisme de filtrage qui permet de sélectionner et de traiter une information. Pour le passeur de connaissances, l’enjeu sera d’attirer l’attention de l’apprenant sur le bon niveau, de bien l’orienter et de faire en sorte qu’elle ne se disperse pas. Un véritable défi !" Deuxième facteur, "l’engagement actif" : "L’enseignant ne peut mobiliser l’enfant que si celui-ci se mobilise. Et ce dernier doit pouvoir se tester, sinon il risque de rester dans une illusion de savoir." Il ne faut pas craindre non plus la difficulté qui, si elle est raisonnable, stimule le cerveau humain.

Troisième facteur, le "retour d’information" et la découverte de ses erreurs : "L’erreur est normale, inévitable et… fertile, à condition d’être activement remarquée par l’apprenant pour la dépasser, et de ne pas être trop sanctionnée, car le stress est inhibiteur d’apprentissage !" Pour tirer parti de ses erreurs et parvenir au succès, rien de tel que la motivation personnelle, elle-même stimulée par l’approbation et l’encouragement d’autrui. Dernier facteur indispensable : "consolider l’acquis". Il s’agit pour le cerveau de passer de l’effort conscient - accompagné du sentiment de ne pas y arriver - à l’automatisme. L’apprentissage de la lecture, du solfège, de la conduite sont de bons exemples de ce transfert de la connaissance de l’explicite vers l’implicite, qui permet de libérer le cerveau pour de nouvelles connaissances.
Enfin, pour apprendre, un rythme régulier et la répétition jouent un grand rôle : un quart d’heure tous les jours vaut mieux qu’un long moment de temps en temps. Rappelons aussi le rôle essentiel du sommeil durant lequel le cerveau travaille !

Questionner et expérimenter

Ces bases étant posées, comment mobiliser l’énergie des élèves en faveur des apprentissages ? Pour François Taddéi, biologiste et chercheur, qui dirige le Centre de recherches interdisciplinaires, la première chose est de ne pas décourager le goût d’apprendre : "Il s’agit plutôt de le développer à partir des domaines que l’élève aime. Et de lui demander, par exemple : " Comment pourrrais-tu faire pour en savoir davantage ?" Le questionnement est effectivement une première clé : "Un jeune qui s’interroge manifeste son envie d’apprendre, de connaître la réponse. C’est une démarche qu’il ne faut pas éteindre mais encourager."
Autre clé, l’expérimentation : "Expérimenter contribue à répondre au questionnement, à tester la qualité d’une hypothèse et à vérifier si nos idées sont alignées avec ce qui se passe dans la réalité. C’est le propre de la démarche scientifique. Or on progresse dans nos connaissances en particulier lorsqu’on démontre qu’une idée est fausse."

À ces deux clés s’ajoute l’indispensable créativité, une compétence qui, une fois libérée, fera naître des hypothèses originales dont les plus pertinentes seront soumises à expérimentation. Et la coopération avec autrui : "Pour qu’une idée s’améliore, il faut bénéficier du regard des autres et accepter la critique, qui, elle, doit être bienveillante et constructive." Selon François Taddéi, le défi pour les enseignants est de passer d’une logique de contrôle à une autre, faite de confiance bienveillante et exigeante. Et de dire aux élèves : "Je sais que vous possédez d’énormes capacités, qui vont au-delà de ce que vous croyez savoir. Ensemble, nous irons de l’avant."

(1) « Compétences globales pour un monde inclusif », rapport du 6 mai 2016, OCDE
(2) « Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique », étude du 18 mai 2016, OCDE

Deux questions à François Taddéi, biologiste et chercheur

Pourquoi encourager le questionnement ?
Aujourd’hui, les réponses à beaucoup de questions sont déjà présentes sur Internet. L’enjeu est donc de savoir poser les bonnes questions, celles qui peuvent aider à faire progresser les connaissances, à reformuler un problème de manière à lui trouver une solution originale. De trouver les questions que la machine ne saura pas poser, ou que d’autres ne se sont pas encore posées.

Comment aider à développer la créativité des élèves ?
La créativité se développe d’autant mieux dans un environnement bienveillant qui permet le droit à l’erreur, car ce qui est nouveau est sujet aux tâtonnements ; et dans un environnement coopératif où on sait s’écouter les uns les autres. Je pense à des élèves d’un lycée professionnel, dans les Alpes qui, soutenus par leur professeur, ont su concevoir ensemble et prototyper un projet de déneigement automatique sans passer par les camions de sel. Enfin, sachons que la créativité est une compétence présente en chacun d’entre nous !

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.