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DossiersL’école maternelle : les enjeux

Spécificité du système scolaire français, l’école maternelle accueille en France la très grande majorité des enfants avant l’âge scolaire obligatoire de six ans. Un succès dû à sa grande richesse de contenus et à son ambition. C’est une école à part, mais aussi une école à part entière !

À Apprentis d’Auteuil, huit maternelles accueillent 450 petits. Avec, pour ces enfants souvent en grande difficulté familiale ou sociale, une attention toute particulière aux différences et aux besoins de chacun.

A la maternelle Joie de Vivre à Strasbourg, place à l'expression

Aider les élèves à progresser en langage et en expression est un axe de travail prioritaire, pour les enseignantes de la maternelle Joie de Vivre, à Strasbourg.

Ce matin, à la maternelle Joie de Vivre (1), à Strasbourg, sept élèves sur les 25 de la grande section (les 5-6 ans) participent à un atelier de langage organisé en groupes de niveau. Dorothée Venin, professeur des écoles, ouvre l’album Nuno, le petit roi, de Mario Ramos. « Nuno est radieux, qu’est-ce que cela veut dire ? », demande-t-elle. « Qu’il est content », répond Anisé. « Où va-t-il ? », « Au rocher », avance Hassan-Khan, « Sur le rocher », précise la maîtresse qui reprend : « Comment s’appellent les perroquets ? » « Jacquot, Jacot et Jaco ! » Ces noms écrits au tableau, quelques-uns repèrent sans mal les premières lettres semblables ! Les autres suivent à peu près, mais la plus timide reste silencieuse…

Ce groupe rassemble les enfants les plus en difficulté. Vocabulaire, construction des phrases, logique, mémorisation, tout ce qui consolide la compréhension et l’expression orale est sollicité dans cet atelier de langage. « La classe étant très hétérogène, certains qui ne se sentent pas concernés en grand groupe avancent mieux en atelier », souligne Dorothée Venin.

En moyenne section (les 4-5 ans), Betty Hohwald invite les six élèves assis autour d’elle, à la regarder et à ouvrir leurs oreilles pour écouter une comptine, avant de répéter à tour de rôle chaque phrase en faisant le geste approprié. Reprenant le mot d’un élève, la maîtresse interroge : « Est-ce qu’on dit un zyeux ? » Silence, hésitation, tentatives… « Un œil », trouve finalement Nathan. Ouf ! « Un bon tiers des enfants ne comprend pas quand on s’adresse au groupe entier. Il faut leur parler en les regardant et accompagner la parole par le geste afin qu’ils restent concentrés », constate l’enseignante.

L’école maternelle et primaire Joie de Vivre accueille les enfants du quartier, mais aussi des familles qui recherchent un cadre structuré. Myriam Dursus, la directrice, précise : « Nos effectifs comptent environ 20 % de familles défavorisées et 20 % de favorisées. En plus des ateliers de langage pour tous, en grande section, nous avons mis en place, en janvier, une aide personnalisée en dehors du temps scolaire. La maternelle prépare au CP et au CE1. Elle doit aussi prévenir les difficultés et y remédier si nécessaire. Valoriser l’enfant dans un cadre relationnel étroit produit des résultats exponentiels ! » Deux fois par semaine, les élèves les plus fragiles travaillent le vocabulaire ou la structuration de la phrase. En quelques semaines, leur confiance en eux a déjà progressé.

Retour en grande section, cet après-midi, pour un travail mené selon la pédagogie du jésuite Pierre Faure. Dans un premier temps, chacun se concentre personnellement sur l’activité qu’il a choisie : puzzle, dessin, jeu de construction… Dans le temps communautaire qui suit, tous se retrouvent autour du grand tapis pour présenter le fruit de leurs efforts. Victor explique au groupe ce qu’il a fait : « Une activité de construction. C’est aimanté, ça colle… Mais c’est difficile parce que je n’ai pas trouvé une pièce… » La directrice apprécie : « Pour les enfants, c’est un vrai travail d’expression, de reformulation chronologique, d’effort pour se faire comprendre, afin que l’autre puisse réaliser à son tour l’activité. »

(1) 225 élèves dont 77 en maternelle.
Deux classes pour l’inclusion scolaire pour enfants porteurs de handicap moteur.

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