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Echecs et mat
Directeur de l’école primaire Notre-Dame de Lourdes de Civrieux d’Azergues, dans le Rhône, un établissement du réseau d'Apprentis d'Auteuil, lui-même ancien champion, Jean-Jacques Noé a mis en place l’apprentissage du jeu d’échecs dans son établissement, selon une méthode conçue par ses soins. Un atout pour tous les élèves, quel que soit leur niveau.
Jean-Jacques Noé, directeur et promoteur d'une méthode d'échecs enseignée à l'école
Pourquoi proposer les échecs à l’école ?
Les vertus de la pratique des échecs auprès d’un public jeune sont connues (cf. la circulaire du ministère de l’Education nationale, incitant à introduire le jeu d’échecs à l’école, parue en janvier 2012), et nombre d’établissements proposent déjà cette discipline de jeu traditionnel aux enfants en activité périscolaire, après 16 h 30, avec des animateurs formés. A l'école Notre-Dame de Lourdes, dont je suis le directeur depuis septembre 2011, nous allons plus loin, puisque nous avons bâti pour les élèves, en équipe d’enseignants et sur le temps scolaire, notre propre méthode. Aujourd’hui, nous la proposons aux enfants une heure 30 par semaine, au même titre que la grammaire ou le calcul, dans trois classes. Les cinq autres que compte l’établissement commencent le mois prochain. Une spécificité désormais consignée dans notre projet d’école ! Pour ce faire, mes collègues, séduites par le projet, se sont elles mêmes formées en un temps record…
En quoi cette méthode est-elle intéressante ?
Elle conserve les mêmes règles qu’en club, mais elle est enseignée de manière beaucoup plus pédagogique et adaptée. En d’autres termes, elle est davantage axée sur la recherche de questionnement. Les enfants construisent ainsi leurs propres raisonnements pour contourner les difficultés, sans qu’on ne leur impose rien… Autre atout : elle s’adresse à tous les élèves, du dernier au premier. Les plus doués « s’éclatent » intellectuellement, et pour ceux qui sont plus en difficulté, la maîtrise de la technique est extrêmement valorisante, parce qu’elle leur permet de mettre en place une nouvelle image d’eux-mêmes.
Vous voyez des résultats chez vos élèves ?
Dans ma propre classe de CE2/CM1 - puisque directeur d’une petite école, j’ai obligation d’enseigner - j’ai vu une amélioration très nette de la mémoire et de l’attention des enfants. Au fil du temps, l’ensemble de la classe est également devenu plus calme, et des élèves naturellement plus violents ont appris à se maîtriser et ont gagné en sérénité. Plusieurs d’entre eux sont même inscrits aux championnats du département et des premiers résultats, très prometteurs, sont tombés. Je le répète, les échecs sont une discipline extrêmement valorisante pour les enfants peu sûrs d’eux-mêmes !
D’une manière plus générale, et de nombreuses enquêtes le confirment, les chercheurs pensent que les échecs améliorent la mémoire, le raisonnement verbal, la capacité d’organisation ou encore l’imagination. Enseignés méthodologiquement, ils sont même un système d’incitation suffisant pour accélérer l’augmentation du QI chez les enfants d’âge primaire des deux sexes quel que soit leur niveau socio-économique…
Vous êtes vous même un ancien champion : pourquoi partager cette passion ?
Je viens d’un milieu social défavorisé et je suis moi-même le pur produit de la réussite par les échecs. Cette discipline m’a d’abord aidé moi ! Il y avait peu de distractions à mon domicile lorsque j’étais enfant, et j’ai appris à jouer par hasard, avec un petit jeu offert incidemment par mon père. La discipline m’a très vite plu et je m’y suis investi à fond, jusqu’à en devenir champion régional, puis national, et entraîneur. Pour moi, partager cette passion avec les enfants en difficultés accueillis à Apprentis d’Auteuil et la leur enseigner, c’est un peu leur redonner ce que j’ai eu la chance de recevoir !







Marion Bibes- 14 mai 2012