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Attention aux bavardages

Votre enfant parle beaucoup en classe, a tendance à ne pas écouter et du coup se concentre peut-être avec difficulté. Que cache cette réalité ? Que faire pour y remédier ? Explications et conseils.

Le bavardage en classe ? Une question de société

Après des années de silence, elle a osé. Osé dire – ou plutôt écrire – tout haut, ce que ses collègues pensaient tout bas. Elle, c’est Florence Ehnuel, prof de philo depuis presque vingt ans et auteur d’un livre et d'un blog sur le bavardage. "Aujourd’hui, les adolescents ne savent plus se taire. Ou plutôt, ils écoutent dans le bruit. Cela ne les gêne aucunement. Tout au long de leurs journées, ils ne cessent de parler », lance l’ancienne élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, en poste dans un lycée bordelais. 

Enseignante en collège à la retraite, Magdeleine de Guilhermier confirme. « J’ai eu à vivre cette réalité durant toute ma carrière, confie-t-elle. En même temps, c’est inéluctable ! Pour y faire face, j’avais décidé de laisser les élèves échanger cinq minutes entre eux en début de cours, après c’était fini. Si on voulait la parole, à laquelle on avait légitimement droit, on la demandait… En primaire et au collège, je pense que cette formation à l’écoute et au respect fait partie intégrante des apprentissages fondamentaux. »

Une question de société

Mais pourquoi bavardent-ils donc ? La question mérite d’être posée d'abord aux intéressés. « Surtout parce que je m’ennuie en classe, rétorque Myriam, bientôt 13 ans. Certains cours au collège  sont vraiment démotivants. Pourquoi, dans ce cas, écouter bêtement ? Parfois aussi, parce que je n’ai pas compris les explications du prof. De peur de me faire mal voir par l’adulte, j’ai tendance à m’adresser à un voisin de mon âge. »

Pour beaucoup d’adultes interrogés, dont bien des parents concernés, le bavardage renvoie plutôt à une question de société. On est en permanence dans l’urgence du temps, la culture du “tout, tout de suite”… « Aujourd’hui, tout le monde parle en même temps, raconte Anne, mère de quatre enfants âgés de 8 à 20 ans. Il n’y a qu’à voir sur le petit écran. Lors des débats, les invités ne cessent de se couper la parole. C’est affligeant, les gens ne savent plus s’écouter ! »
Une réalité liée au mode de vie des adolescents : téléphones portables, consoles de jeux, ordinateurs, réseaux sociaux… Autant de  nouvelles technologies qui, utilisées en excès, favorisent une prise de parole permanente, mais pour ne rien dire.

Apprendre à écouter

Résultat ? Ce bavardage à haute dose déconcentre, comme l’explique la pédiatre Edwige Antier, dans un de ses livres paru il y a quelques années (1) : « À haute dose, les jeux vidéo représentent une concentration négative qui consomme de l’énergie au détriment de la concentration positive, celle qui vous pousse à comprendre, à créer. (…) L’état second dans lequel est l’enfant après être resté une heure devant sa console, ne le rend pas réceptif à son environnement. »
Autre effet pervers, il dérange. « Il y a du beau à être bavard. La parole, c’est la vie, elle permet la rencontre et l’échange, précise Christine Brunet, psychologue, psychothérapeute et auteur de Petits tracas et gros soucis de 1 à 7 ans et de 8 à 12 ans, et d'un récent ouvrage sur la politesse (2). Mais le bavardage permanent, ce clavardage (contraction des mots clavier et bavardage) intempestif si cher aux Canadiens, n’est pas un véritable échange. Au contraire, en mode continu, à la télévision, sur les portables ou à l’école, il peut devenir gênant pour l’autre et pour soi, le sujet bavard ne se mettant pas en valeur et dérangeant ses pairs. Souvent, parce qu’il cherche à se sentir davantage reconnu, qu’il souhaite se faire remarquer, braver l’autorité. Ou pour vaincre sa timidité. Je tempérerais cependant les inquiétudes des enseignants – ou de certains parents – en soulignant qu’à mes yeux la question n’est pas préoccupante en soi, et que je ne reçois jamais d’enfant en consultation pour ce seul motif. »

Il s’agirait plutôt d’un tout. L’enfant bavard n’aurait pas bien intégré les règles, ce qu’on a le droit de faire et ce qui est interdit. « S’il occupe en permanence toute la place, s’il dérange et ne laisse jamais la parole à l’autre, souligne encore la psychologue, le risque serait qu’il se retrouve en retard dans les apprentissages scolaires. »
Que faire alors ? Quelle attitude adopter ? « Si l’enfant ou l’adolescent persiste, c’est évident qu’il y a des mesures à prendre en classe. L’isoler, le changer de table, en parler en heure de vie scolaire, prendre un rendez-vous avec l’enseignant, conseille Christine Brunet. S'il agit de même en famille ou en société, lui rappeler, sans se lasser, les règles de politesse basiques du respect dû à autrui, en l’occurrence ses frères et sœurs, voire ses parents ou ses amis… »  
L’apprentissage de l’écoute, comme tout ce qui relève de l’éducation, ne se construit -il pas, en grande partie, à la maison ?


(1) J’aide mon enfant à se concentrer,  éd. Robert Laffont
(2) Dis bonjour à la dame,  éd. Albin Michel

 

Question à Florence Ehnuel, prof de philo et auteur de Le bavardage, Parlons-en enfin, éd. Fayard

Pourquoi un livre sur le bavardage ?  

J’ai décidé d’écrire un livre sur cette question pour décrire au grand public ce que les professeurs vivent au quotidien. Et lancer du coup, le débat. Le bavardage, qui n’a rien à voir avec la participation en classe – les parents confondent souvent – ne favorise ni l’attention ni la diffusion de l’information… On ne peut pas soutenir qu’il soit anodin. On vit dans une culture du bruit. C’est valable pour les élèves mais tout autant pour les adultes. Dans les réunions, aujourd’hui, personne ne s’écoute. La parole à tout prix est une forme d’incontinence. Il y a de la musique partout, dans les foyers, les téléviseurs sont constamment allumés… Le bavardage n’est peut-être pas intentionnellement irrespectueux ou agressif, mais il l’est dans ses effets. C’est peut-être en somme, le symptôme d’une école à réinventer. "

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Les réactions à cet article (1 commentaires)

Brigitte Vigouroux- 15 mai 2012

Une école à réinventer ? certainement ! Une école adaptée aux enfants d'aujourd'hui... hyper-stimulés, stressés, angoissés, opprimés, diabolisés : une école de la libre expression, de la liberté, de l'épanouissement personnel... Il y a fort à faire...

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