Fondation catholique reconnue d’utilité publique, acteur engagé de la prévention et de la protection de l’enfance, Apprentis d’Auteuil développe en France et à l’international des programmes d’accueil, d’éducation, de formation et d’insertion pour redonner aux jeunes et aux familles fragilisés ce qui leur manque le plus : la confiance.
LA CONFIANCE PEUT SAUVER L’AVENIR.

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Créateur de légèreté

Ancien d’Apprentis d’Auteuil, Junior Fritz Jacquet est internationalement reconnu comme sculpteur de papier et designer d’objets lumineux. Il a exposé ses œuvres au Carrousel du Louvre, à Paris, début décembre 2012.

Junior Fritz Jacquet avec Bonhomme Canelle, son personnage de carton

Le merveilleux univers du sculpteur de papier

Qu’il se lance dans une discussion enflammée ou une course de vitesse, qu’il songe sur le rebord de la fenêtre ou dorme, la tête appuyée sur son bras replié, Bonhomme Canelle respire le bonheur de vivre. Comme son créateur, Junior Fritz Jacquet. Échappé des mains de ce colosse d’1,90 m, le petit être de carton côtoie Sahara ou Atlas, de frêles personnages de papier qui évoluent avec grâce sur des sphères ou des balancelles.

Éclairés par des sculptures lumineuses, d’étonnants masques travaillés à partir de ...simple rouleaux de papier toilette, traduisent la multiplicité des expressions humaines. Dans l'atelier de l'artiste, ils côtoient une mangrove haute de 2 m réalisée avec une seule feuille de 40 m de long et de 80 cm de large…

Bienvenue dans l’univers de papier d’un artiste étonnant, ancien d’Apprentis d’Auteuil, Junior Fritz Jacquet, qui a exposé ses œuvres au Carrousel des Métiers d’Art et de Création, au Louvre, à Paris, début décembre 2012.

 

Masque réalisé à partir d'un simple rouleau de carton 

L’imagination à la barre

Junior Fritz Jacquet a 15 ans lorsqu’un jour, dans la bibliothèque de Saint-Ouen (93), le virus de l’origami le saisit. Depuis, le froissage et le pliage n’ont plus de secret pour lui : « J’aime le papier, son odeur, sa texture, son épaisseur et toutes ses possibilités d’expression. Mais l’origami c’est un moyen, pas une fin en soi. »

Papier à lettres ou papier bible, papier de restauration, carton simple ou double couche…, tous sont prétexte à raconter des histoires, en laissant libre cours à l’imagination. Par exemple, le petit homme qui cherche à sortir de son cadre de papier, est-il un enfant qui devient un homme, ou un homme qui gravit les échelons de son entreprise ?

Bonhomme Canelle se repose

Une seule feuille, sans découpage, ni collage

Ses sources d’inspiration ? « La vie, tout simplement. Je garde les yeux grands ouverts pour être le plus inspiré possible par ce qui m’entoure : une petite plante qui se bat pour survivre, une canette écrasée qui évoque un visage… C’est à partir de ces petits riens que j’essaie de m’exprimer. »

Quand il ne sculpte pas, le chercheur passionné réfléchit : « Le processus est simple. Une idée jaillit et m’accapare. Quand elle se précise, je me demande comment la plier, puis quel papier utiliser. Après, je me lance. » Toutes ses réalisations sont faites à partir d’une seule feuille, sans aucun découpage, ni collage : « Le pliage sculpte la feuille. »

 

Endormi, renfrogné ou moqueur... ?

Adolescence...

Après avoir vécu au gré des récoltes du millet et du maïs, auprès de ses grands-parents à Vieux-Bourg d’Aquin, en Haïti, Junior, sept ans, et ses deux sœurs rejoignent leurs parents en région parisienne par le biais du regroupement familial. 1996, Saint-Ouen.

Son adolescence est « un peu tumultueuse… » Traînant avec des personnes déjà adultes, menacé, il est adressé à Apprentis d’Auteuil par le juge Laffont, alors en poste au tribunal pour enfants de Bobigny, avec ces mots : « T’envoyer loin de chez toi, c’est le seul moyen que j’ai de te sauver ! »

Thierry Rombout, directeur de la Maison Marcel Callo à Cempuis (60), l’accueille : « On sent dans tes yeux que tu es un gentil garçon. On va essayer ensemble. Il faut bien que quelqu’un te tende la main… »

Bonhomme Canelle étonné

À Apprentis d’Auteuil

Dans cet univers à l’opposé de ce qu’il connaît, Junior n’en croit pas ses yeux : « Tous les matins, des gens te sourient et t’accueillent comme si c’était la première fois qu’ils te voyaient, et sans a priori ! » Lorsqu’il fait une bêtise, il est puni à hauteur, pas plus.

Il se sent “obligé” de répondre à la confiance quasi inconditionnelle des adultes. « Tous, professeurs, éducateurs, aumônier…, rayonnaient d’une énergie particulière, explique l’adulte d’aujourd’hui. On pouvait lire dans leurs yeux : “Je suis là pour tout le monde mais, toi, je te vois parce que tu es une entité propre.” Je trouve géniale cette faculté de permettre à l’enfant d’avoir l’impression d’être unique. »

Animateur auprès des jeunes

Côté scolaire, il passe son brevet des collèges et s’oriente vers l’animation, où il se révèle. D’abord “élève-maître”, il aide les éducateurs auprès des plus jeunes et passe son brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (BAFA). Puis il intègre le centre de formation à l’animation créé à Marcel Callo pour préparer un brevet d’aptitude professionnelle d’assistant animateur technicien (BAPAAT, diplôme de niveau V).

Dix-huit ans, diplôme en poche, Junior Fritz Jacquet est embauché par Apprentis d’Auteuil dans différents établissements dont Saint-Philippe, à Meudon (92). Avec l’origami, il aide les jeunes à développer leur créativité et à s’exprimer. « Ils m’ont toujours poussé dans ma recherche car, en tant qu’adulte référent, je devais leur prouver que leur projet était possible. »

Parallèlement, il monte sa première exposition. « Un des jeunes a tapé mon nom sur Internet. C’est comme cela qu’on a su à Saint-Philippe que j’avais une vie d’artiste. Je n’en avais pas parlé parce que j’étais là pour écouter, pas pour me mettre en avant. »

Les sculptures lumineuses de Junior Fritz-Jacquet

Artiste et entrepreneur

2008, le jeune homme décide de se consacrer à temps plein à son art : des galeries l’exposent régulièrement, des collectionneurs suivent son travail. Il participe aux Masters of origami, prestigieuse rencontre internationale de virtuoses. Il est accueilli à la Gallery Origami House à Tokyo et au Mingei International Museum à San Diego (USA), et tout récemment, au Carrousel du Louvre, à Paris.

Entrepreneur-designer avec OZNOON, sa société consacrée à ses sculptures lumineuses, il est représenté dans une centaine de magasins de par le monde, et travaille pour Roche Bobois. « Si on parle de la diffusion de mon travail, oui, j’ai réussi. Mais côté finances, on reconnaît un artiste à sa capacité de galérer jour après jour », précise-t-il dans un éclat de rire.

Transmettre par conviction

Formateur dans l’âme, Junior Fritz Jacquet continue à rencontrer des jeunes, avec le Centre de recherche international de modélisation par le pli (CRIMP), une association qui développe des modèles dans le domaine du pliage et propose des projets pédagogiques dans les écoles et les collèges.

Un autre projet lui tient à cœur : ouvrir un atelier pour des jeunes ou des personnes en difficulté : « On m’a donné. Il faut que je rende. Pas par obligation, mais par envie et par conviction. »